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samedi, mars 13, 2010

OBAMA, UN AN PLUS TARD

[À paraître ou paru dans le Monde Libertaire]

Il y a un peu plus d’un an, le 20 janvier 2009, Barack Obama prêtait serment et devenait le 44e président des Etats-Unis.

L’Obamamanie était alors à son comble et malheur à qui ne partageait pas l’enthousiasme général des «progressistes».

Ce mois-là, j’avais écrit ceci, que plusieurs d’entre eux me reprochèrent vertement aussitôt: «Pour éviter de trop amères désillusions, je recommande de plonger un instant la tête dans les eaux glacées d’une minimale lucidité. Sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes et obtenu leur assentiment. Par ailleurs, son gain, minimal (près de la moitié des votards (46%) ont choisi le tandem McCain-Palin), il le doit en partie au fait d’avoir su se présenter comme une sorte de tableau vierge sur lequel chacun a été invité à écrire ce qu’il voulait. À ces mots pouvant recouvrir à peu près tout ce qu’on voudra (par exemple : «espoir», «changement», «on le peut»), chacun a entendu ce qu’il voulait bien entendre. Des interprétations bien divergentes ont d’ailleurs déjà été données de ce que ces mots signifient en matière de relations internationales, d’économie, de justice sociale, de droits humains et de politiques environnementales, qui sont parmi les plus importants chantiers qui attendent Obama. Le moment des gestes est arrivé. C’est celui sur lequel on juge un politicien.»

Une popularité en déclin


On peut connaître ce que les Américains ont jugé au vu de ces sondages qui sont faits à chaque jour sur la popularité d’Obama depuis janvier 2009. Ils en montrent la chute vertigineuse et étonnamment rapide. 70% approuvaient ses décisions en février 2009 : ce nombre a à présent chuté à moins de 50%. Le nombre d’insatisfaits de la présidence d’Obama a pendant ce temps fait lui aussi un bond spectaculaire, passant de 10 à près de 50% des Américains.

Les raisons de cette insatisfaction tiennent en partie à ce dont Obama a hérité, en particulier une crise économique majeure et deux guerres impérialistes — mais il faut rappeler qu’il avait lui-même appuyé avec enthousiasme celle en Afghanistan.
Mais elle tient aussi aux décisions prises par Obama et son administration dans ces grands dossiers où il avait suscité un certain espoir.

Ses échecs ici sont ceux d’une administration faite sinon toujours mêmes personnes, du moins des mêmes types de personnes que celles qui composaient l’administration Bush : des amis des institutions dominantes de la société américaine, en particulier du monde de la finance et des affaires. La chose n’était pas difficile à prévoir et ses effets, eux aussi aisément prévisibles, se sont bel et bien produits.


Politique étrangère : du pareil au même ou peu s’en faut


En politique internationale, il a, comme le prédisait Condoleezza Rice, bien placée pour le savoir, continué les politiques poursuivies sous l’administration Bush II.
Les deux guerres se poursuivent. La prison de Guantanamo n’est toujours pas fermée. Le génocide arménien n’est toujours pas reconnu. Le réchauffement planétaire n’a pas pu être pris au sérieux comme il devait l’être. La politique menée à l’endroit d’Israël reste la même — et la manière dont a été enterré aux Nations Unies le rapport Goldstone sur les crimes de guerre à Gaza en 2008 et 2009 le rappelle éloquemment.

Le principe dominant qui guide un très grand nombre de ces politiques reste encore et toujours de maintenir le contrôle sur le pétrole, cette «prodigieuse source de puissance stratégique» et «une des plus immenses richesse matérielle de toute l’histoire de l’humanité», comme le disaient déjà les planificateurs de la politique étrangère américaine au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale.

Mais on ne peut pas reprocher à Obama de ne pas tenir certaines promesses : il s’était par exemple engagé à accroître les dépenses pour de la haute technologie militaire aéronautique, et il a tenu parole! En fait, les dépenses déjà pharaoniques du budget militaire sont à la hausse, pendant que le taux de chômage, selon les moyens de le calculer, oscille entre 10 et possiblement 20 % et que d’innombrables personnes ont perdu et perdent encore leur maison. Ce qui nous amène au deuxième sujet du bulletin d’Obama.

Politique intérieure : ou peu s’en faut du pareil au même

Excluons la réforme des soins de santé dont nous reparlerons : deux catégories de promesses faites par Obama avaient retenu l’attention. La première, celles visant à assainir quelque peu les délirantes politiques fiscales et en particulier d’éliminer certaines échappatoires dont bénéficient les entreprises et les très haut salariés et de créer un organisme de surveillance des paradis fiscaux. La deuxième était d’exercer un certain contrôle sur les lobbyistes et les ex-élus exerçant des pressions sur les élus : même s’ils n’étaient le plus souvent que cosmétiques, ces changements se font encore attendre.

Le chantier majeur d’Obama en politique intérieure était et reste celui de la santé. Le nombre d’Américains sans couverture médicale s’élève à près de 50 millions, ce qui donne le vertige et les soins de santé coûtent des fortunes. Elles sont responsables d’océans de souffrances dont a du mal à se rendre pleinement compte quand on habite des pays où existent des soins de santé universels. Il faut d’ailleurs prendre bonne note du fait que les mêmes intérêts qui empêchent que ces soins universels existent aux États-Unis travaillent fort à démanteler ceux qui existent dans les autres pays. Au Canada, le fait est patent et le système public de soins de santé est déjà sérieusement érodé.

Le pourtant très centriste magazine Atlantic Monthly a récemment décrit ce qui se déroule à Washington comme une «coup d’État silencieux» par lequel l’ «élite de gens d’affaire […] use de toute son influence pour empêcher qu’on fasse des réformes qui sont pourtant nécessaires». L’Empire en est donc à peu près au même point, le sauveur annoncé s’en est tenu cette fois encore au programme des corporations et des milieux d’affaire et le complexe militaro-industriel est plus solide que jamais. Les élites ont tout fait pour cela, et elles travaillent remarquablement bien.

Propagandistes déchainés

Ils ont aussi pour parvenir à leurs fins ces médias de masse qu’ils possèdent et contrôlent dans leur quasi totalité et qui sont déchaînés depuis un an, notamment contre toute velléité de modifier, même modestement, le régime fiscal ou le statu quo en santé. Les fameux Tea Parties, démagogues, populistes et anti-fiscalistes, en sont la partie la plus visible : c’est là où les pauvres affirment avec ferveur qu’ils ont l’intention de continuer à voter pour les riches, que les exclus se félicitent de leur exclusion et où tous affirment avec enthousiasme qu’ils ne vont pas arrêter de sitôt de forger les chaînes dans lesquelles il se réjouissent par avance d’être enferrés.

Je suggère qu’on ne peut avoir une réelle et juste perspective sur tout cela qu’en se frottant un peu à un des plus efficaces organes de cette propagande : les émissions d’information diffusées sur la chaine de télévision Fox. Allez sur You Tube et mettez dans le moteur de recherche, par exemple, Terry O’Reilly ou encore Glenn Beck. Dépaysement garanti. Obama est couramment décrit comme un socialiste, et même assimilé à Hitler ou à Staline. Vous aurez la certitude d’être sur une autre planète. Elle s’appelle les Etats-Unis et c’est pourtant la même planète où se trouve le MIT ou l’université Princeton et mille autres lieux où fleurissent des intelligences parmi les plus remarquables sur Terre. C’est aussi celle sur laquelle, cette année, on a remis cette année le Nobel de la Paix à Obama, le souillant de sang une fois de plus.

Il y a un an, je pensais qu’Obama ne pourrait accomplir certaines des choses qu’attendaient de lui les personnes qui ont voté pour lui que si ces dernières et les groupes auxquels elles appartiennent parvenaient à exercer une pression assez forte pour contrecarrer celle de son entourage et des intérêts corporatistes qu’il représente. Convenons-en : ce ne fut pas le cas. J’avoue que j’aurais bien aimé avoir eu tort.

Normand Baillargeon
(Baillargeon.normand@uqam.ca)

dimanche, mars 22, 2009

OBAMA AU POUVOIR

[Article pour Le Monde Libertaire.]

Il était bien difficile d’être plus radicalement à droite que le gouvernement Bush ne l’a été et, en ce sens, il était prévisible que l’élection d’Obama ramènerait la politique américain quelque peu vers le centre. Mais il faut en convenir : ce sera très, très légèrement vers le centre.

C’est ainsi qu’alors que retombe la poussière après l’effervescence — en partie réelle, mais aussi en partie artificiellement entretenue par les médias — de son arrivée au pouvoir, tout, depuis les nominations qu’il a faites jusqu’aux gestes qu’il a posés, indique qu’Obama sera un démocrate plutôt très centriste, un peu à la manière de Clinton avant lui. En d’autres termes, Obama sera ce qu’il était prévisible qu’il allait être, à savoir un président infiniment plus sensible aux intérêts dominants qui l’ont porté au pouvoir qu’aux aspirations du peuple américain qu’il avait habilement entretenues.

La question du système de soins de santé, si importante aux Etats-Unis où des millions de personnes sont sans aucune protection médicale, est à ce sujet éclairante.
En juin 2003, Obama déclarait : «Il se trouve que je suis partisan d’un programme de couverture médicale universelle et payée par le gouvernement. Je ne vois aucune raison pour laquelle les Etats-Unis, le pays le plus riche de toute l’histoire du monde et qui dépense 14% de son produit intérieur brut pour des soins médicaux — 14% !— ne pourrait pas offrir une assurance médicale à tous les Américains (1) ».

C’était clair, c’état vrai et c’était et ça reste ce qu’il faut faire. Des millions de gens l’ont cru. Mais depuis, Obama a été élu et il pense désormais que c’est aller trop loin, trop rapidement et qu’il faut plutôt construire à partir du système en place.

Il y a une explication évidente à ce retournement : ses amis, ceux qui ont largement financé sa campagne et auxquels il doit en grande partie son élection, tous ceux-là à qui il est si grandement redevable, ne veulent pas d’un tel système de soins de santé et il est donc aujourd’hui hors de question, comme ce l’était hier, d’envisager sérieusement cette hypothèse.

Ce qui se dessine sur l’Iraq illustre aussi, hélas, et parfaitement, comment et pourquoi il faut s’attendre à de pareils «retournements». C’est ce que je voudrais montrer ici.

Auparavant, je voudrais prendre le temps de rappeler que bien des gestes posés et de décisions prises par Obama depuis son élection (4 novembre 2008) et sa nomination (20 janvier 2009) ont de quoi inquiéter et confirment l’étroite alliance entre sa présidence et le monde des affaires et l’establishment militaire.


Les nominations et les exclusions


C’est ainsi, pour commencer, que des faucons notoires sont aux commandes de la politique étrangère. En particulier, Obama a choisi Hilary Clinton (qui envisageait récemment rien de moins que la destruction totale de l’Iran), Richard Holbrooke et Robert Gates, qui était le secrétaire à la Défense de Bush et qui est maintenu à ce poste. De ce point de vue, la réaction de l’administration Obama au massacre de Gaza était tout à fait prévisible.

En économie, cette fois, il est très significatif de constater qu’Obama a fait du terrifiant Lawrence Summers son premier conseiller économique : car le fait est que les politiques de déréglementation de celui-ci ont joué un très grand rôle dans le déclenchement de la crise économique actuelle, qu’il est pourtant appelé à contribuer à combattre — ce qui donne à voir à l’œuvre un très singulier pompier-pyromane.
On se souviendra aussi que c’est ce même Summers qui suggérait, dans un mémo interne rédigé alors qu’il dirigeait la Banque Mondiale, d’exporter en Afrique la pollution des pays riches : les Africains ayant une espérance de vie plus courte que celle de Occidentaux et leur continent étant sous pollué (sic), cette décision était, ipso facto, présumée être économiquement rationnelle.

Le très important poste de Chef de cabinet de la Maison Blanche a été confié par Obama à Rahm Emanuel, à qui revient le double titre d’être à la fois un des responsables de la débâcle économique actuelle (il a été directeur de la banque Dresner et membre du conseil d'administration de Freddie Mac) et un impitoyable faucon (il est pour cette raison surnommé «Rahm-bo»), qui a bien entendu approuvé toutes les politiques martiales de Bush contre l’Iraq.

La liste des personnes écartées par Obama confirme la désagréable impression que laissent ses nominations: il s’agit de toutes ces personnes de son entourage qui auraient pu implanter des politiques légèrement plus progressistes (par exemple, Joseph Stiglitz, James Glabraith ou Paul Krugman).

Tout cela conduit aux politiques qu’on devine. Montrons-en donc le vrai visage, d’abord sur l’exemple des politiques économiques, puis sur celui de l’Iraq.

La sécurité sociale pour les riches


Un spectacle tout à fait remarquable, ces temps-ci, et pas seulement aux Etats-Unis, est de voir tous ces apôtres du libre marché, de la privatisation et de la déréglementation, se muer soudainement en partisans de garanties gouvernementales, d’interventions de l’État, de subventions et de cadeaux de toutes sortes aux entreprises, aux banques et aux institutions financières : en un mot de les voir tout d’un coup devenir des keynésiens interventionnistes bon chic bon genre — le public, bien entendu, étant de son côté supposé ne rien remarquer et surtout pas le fait que les riches, les puissants et les institutions dominantes ne s’appliquent surtout pas à eux-mêmes le remède qu’ils n’ont cessé, à travers la Banque Mondiale et le FMI, de prescrire aux pays du Tiers-Monde, où elles ont, comme on pouvait le prédire, engendré des montagnes de souffrances.

Avec aux commandes, bien souvent, les mêmes individus qui ont causé la crise actuelle ou qui n’ont pas su la prévoir, l’administration Obama adopte donc globalement les mêmes politiques que l’administration Bush préconisait et qui consistent à renflouer avec des fonds publics les mêmes institutions et les mêmes entreprises, mais sans aller jusqu’à les transformer en institutions appartenant au public, qui les finance, ce qui serait un minimum.

Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor de Barack Obama, le principal architecte des politiques économiques, s’est donc assuré que le Gouvernement ne se mêlerait pas trop des affaires des banques et des corporations et n’irait pas imposer de trop sévères limites aux rémunérations de leurs cadres — pendant que le président haussait théâtralement la voix pour rassurer le public. Paul Krugman a plaisamment résumé la situation comme suit:

Question : Que se passe-t-il si vous perdez des sommes faramineuses qui ne vous appartenaient pas?
Réponse : Le Gouvernement vous fait un gros cadeau — mais le Président vous lance quelques gros mots avant de vous fourguer le fric.

On voit ces temps-ci, en Californie, des campements de tentes où logent des familles ayant tout perdu; et on risque d’en voir longtemps encore et de plus en plus, au rythme où se multiplient les faillites et où augmente le chômage. Ces personnes seront sans doute enchantées d’apprendre que les premiers 350$ milliards qu’elles ont contribué à donner aux banques ont déjà été englouties par ces dernières pour leur propre enrichissement et sans qu’on se préoccupe de savoir où l’argent allait ou si les conditions qu’on avait posées à ce don étaient satisfaites.
Ce qui se dessine sur l’Iraq, hélas, est du même tonneau.

L’Iraq



En campagne électorale, Obama avait promis de retirer les troupes américaines d’Iraq dans les 16 mois suivant son accession à la présidence. Avec Robert Gates, l’Amiral Mike Mullen et de nombreuses autres voix, il a ensuite décrit ce scenario comme étant simplement l’une des options envisageables.

Lesquelles ? En février dernier, il parlait plutôt de 19 mois — le retrait des troupes devant être complété en août 2010. Puis, il y a quelques jours, lors d’une discours à Camp Lejeune (Caroline du Nord), la date était reportée encore, cette fois à la fin 2011.

Cette date est fort intéressante puisque, selon une entente signée par l’administration Bush avec le gouvernement de l’Iraq (le Status of Force Agreement, ou SOFA), il était déjà convenu que les troupes américaines se retirent d’Iraq … à la fin décembre 2011.

Il y aurait en Iraq quelque 150 000 soldats, plus de cinquante bases militaires, mais aussi des dizaines de milliers de mercenaires, et un grand nombre de compagnies et d’entrepreneurs (Blackwater, Dyncorp, Bechtel, notamment) ainsi que des milliers de «fonctionnaires» oeuvrant dans la plus gargantuesque ambassade qui soit: toutes ces personnes exercent ensemble le contrôle sur le pétrole de la région : sortir d’Iraq, c’est retirer tout ce monde.

Mais déjà, l’administration Obama parle d’y laisser des ‘troupes de non-combattants’ même après 2010 ou 2011, pour, dit-on, protéger les intérêts américains dans le pays, poursuivre des opérations de ‘contre-terrorisme’, de surveillance et de protection et, bien entendu, aider au renforcement de la démocratie.

Qu’on parle ici de ‘troupes de non-combattants’ laisse bien évidemment songeur et Phylis Bennis attire à ce propos l’attention sur une fort intéressante confidence du Pentagone au Times : «[le but du Président] de retirer les troupes de combattants pourrait être atteint en renommant des unités, de sortes que celles qui sont aujourd’hui comptabilisés comme étant de combat seraient rebaptisées et leurs efforts réorientées vers de l’aide au Iraquiens».

Bref : il resterait donc, après 2011, des dizaines de milliers de soldats dans ce pays où il ne devait plus y en avoir aucun à la mi-2010. Le correspondant en Iraq de la NBC (une chaîne de télévision) a d’ailleurs rapporté que «le commandement américain en Iraq élabore des plans qui prévoient qu’un nombre significatif de soldats resteront en Iraq après 2011» et qu’ils prévoient d’ailleurs déjà que «le Status of Force Agreement sera renégocié», puisque, selon eux, «un grand nombre de soldats américains vont demeurer postés en Iraq pour encore 15 ou 20 ans ».

Et il y a pire encore, peut-être, puisque ce scénario ne dit rien des frappes aériennes sur l’Iraq, qui se poursuivent inlassablement depuis 1991 et qui pourront se poursuivre après le «retrait» des troupes de «combattants».

Lors du discours au Camp Lejeune évoqué plus haut, Obama a déclaré : «Nous avons envoyé nos troupes en Iraq pour mettre un terme au régime de Saddam Hussein — et la tâche a été accomplie. Nous avons envoyé nos troupes en Iraq pour y établir un gouvernement démocratique — et la tâche a été accomplie.» Ces deux phrases, qui sont autant de grossiers mensonges, auraient parfaitement pu être prononcées par Bush II : ceux et celles qui ont mis tant d’espoir en Obama devraient en prendre note.

En attendant, la justice exigerait non seulement le retrait complet d’Iraq de toutes les troupes et de tous les mercenaires qui s’y trouvent, de toutes les compagnies qui s’y trouvent, la fermeture de toutes les bases militaires et la restitution aux iraquiens du contrôle sur leur pays et son pétrole, mais aussi qu’on leur verse de fortes réparations et compensations pour les incalculables dommages et souffrances qui leur ont été infligés à eux ainsi qu’ à leur pays.

Sur chacun de ces plans, les mouvements militants auront, il faut l’espérer, la sagesse de ne rien attendre du gouvernement d’Obama et surtout celle de ne pas perdre de vue ces objectifs.


(1) Cité par Amy Goodman, Entrevue avec le Dr Quentin Young, 16 mars 2009. [http://www.zcommunications.org/znet/viewArticle/20889] Lien consulté le 16 mars 2009.

mercredi, janvier 21, 2009

RICK WARREN PARLE ...

... et c'est franchement débile autant que terrifiant.

Il s'agit bien entendu du pasteur qui a prononcé le «sermon» lors de l'investiture d'Obama.


mardi, janvier 20, 2009

OBAMA : L’HEURE DE VÉRITÉ APROCHE

[Billet pour Alternatives]
L’euphorique investiture d’Obama a porté à son comble les espoirs suscités par sa campagne.
On se félicite, avec raison et moi le premier, de l’élection d’un Noir qui défend quelques idées progressistes à la Maison Blanche — même si cette élection a été l’occasion pour une certaine intelligentsia de promouvoir une bien niaise américanophilie.
Que fera à présent Obama?
Pour éviter de trop amères désillusions, je recommande de plonger un instant la tête dans les eaux glacées d’une minimale lucidité.
Sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui — j’y reviendrai —, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes et obtenu leur assentiment.
Par ailleurs, son gain, minimal (près de la moitié des votards (46%) ont choisi le tandem McCain-Palin), il le doit en partie au fait d’avoir su se présenter comme une sorte de tableau vierge sur lequel chacun a été invité à écrire ce qu’il voulait. À ces mots pouvant recouvrir à peu près tout ce qu’on voudra (par exemple : «espoir», «changement», «on le peut»), chacun a entendu ce qu’il voulait bien entendre. Des interprétations bien divergentes ont d’ailleurs déjà été données de ce que ces mots signifient en matière de relations internationales, d’économie, de justice sociale, de droits humains et de politiques environnementales, qui sont parmi les plus importants chantiers qui attendent Obama.
Le moment des gestes est arrivé. C’est celui sur lequel on juge un politicien. En fait, il a commencé avec les nominations faites par Obama.
Considérons l’économie.
L’ex-professeur de l’Université de Chicago, a annoncé dès novembre dernier des choix que ne renieraient pas les curés fanatiques du tout-au-marché qui y prêchent. Qu’on en juge.
Thimothy Geitner, principal architecte des récents renflouements d’innombrables institutions financières, sera Secrétaire du Trésor.
Lawrence Summer, ex-conseiller de Reagan, sera le principal conseiller économique d’Obama, qui l’a aussi mis à la tête du National Economic Council. On lui doit la déréglementation des marchés des années 90. Lors de son passage comme économiste en chef à la Banque Mondiale, il a déclaré qu’il était raisonnable de déverser nos déchets toxiques dans les pays pauvres.
Paul Volker, trilatéraliste, anti-travailleurs, ex-conseiller de Carter et de Reagan, est à la tête de l’unité spéciale qui supervisera la stabilisation des marchés financiers. On lui doit, alors qu’il présidait la Fed, la récession de 81-82 et les taux d’intérêts (jusqu’à 20%) de cette époque.
Arrêtons-là. Les institutions dominantes se sont dit rassurées par ces nominations. On les comprend: la banque de sang est confiée à Dracula.
L’économie américaine est pourtant dans une situation «pire que quiconque ne l’aurait imaginé», assurait récemment Paul Krugman. Obama semble conscient de la dure partie qui s’annonce: «Tout le monde devra y laisser de la peau», déclarait-il à ABC. Avec de tels conseillers économiques, on soupçonne d’où elle proviendra.
***
A contrario de ce romantisme qu’on nous serine ces jours-ci, le changement social ne s’effectue pas par des héros charismatiques. Il s’effectue par des mouvements sociaux luttant dans la durée et qui arrachent des victoires aux institutions dominantes. Il arrive certes que de tels mouvements portent un héros charismatique : mais lui n’est rien sans elles.
L’assurance santé universelle, des salaires décents, un impôt progressiste, l’assainissement et le contrôle des institutions financières, la lutte contre le réchauffement planétaire : ces promesses d’Obama sont bien minimales pour le pays le plus riche du monde. Elles ne se concrétiseront que si, dans les cruciales semaines à venir, progressistes, pacifistes mobilisés contre les guerres en cours, syndicats et mouvements communautaires maintiennent vivante la mobilisation populaire qui a contribué à faire élire Obama et exercent sur lui une pression qui contre-balance celle qu’exercent les Maîtres.
Loin d’être l’aboutissement de la lutte politique, l’élection d’Obama doit en marquer la poursuite et l’intensification.

samedi, décembre 06, 2008

CHOMSKY SUR LES RÉCENTES ÉLECTIONS AMÉRICAINES

Une contribution à la discussion, parfois enflammée, qui se poursuit ici.

mercredi, novembre 19, 2008

OBAMA: PAR-DELÀ L'EUPHORIE

[Ce texte paraîtra dans Le Monde Libertaire, auquel je collaborerai dorénavant une fois par mois.]

Tout le mode a pu constater qu’une véritable «obamamanie» déferle sur le monde depuis l’élection de Barak Hussein Obama au poste de 44e président des Etats-Unis.
On peut dans une certaine mesure comprendre la grande euphorie avec laquelle cette victoire a été accueillie dans divers milieux.

Elle trouve sa source à la fois dans les immenses espoirs suscités par la campagne menée par ce charismatique orateur; dans le fort taux de participation à l’élection, en particulier au sein des communautés autres que blanches et parmi les jeunes; dans le soupir de soulagement lancé par tous ceux qui redoutaient l’élection du sordide candidat républicain et de sa délirante co-listière, tous deux d’une ignorance et d’une imbécillité à faire frémir; du bonheur, enfin, pour tous les progressistes, de voir un afro-américain porté aux «plus hautes fonctions» (si on peut dire) — et cela quarante ans seulement après les combats menés dans le cadre du mouvement pour les droits civils.

«C’est un moment historique», ont aussitôt décrété de nombreux observateurs, pendant que de son côté le documentariste Michael Moore avouait, comme d’innombrables autres progressistes, avoir pleuré de joie à l’annonce de cette victoire.

Cette belle unanimité est néanmoins bien suspecte et par-delà la vive émotion et le réel bonheur qu’on ressent inévitablement devant l’élection d’un membre d’une minorité qui a si longtemps été outrageusement discriminée, humiliée et brimée, la question se pose : que peut-on raisonnablement attendre de la présidence d’Obama?
Il est crucial pour tout le monde de répondre à cette question froidement et sans s’illusionner.

Mon avis est que de nombreux facteurs invitent à très fortement tempérer — pour ne pas dire plus — les espoirs que d’aucuns mettent dans le nouveau président.
Je voudrais ici exposer certains de ces facteurs qui me paraissent les plus significatifs. Je les présenterai sous deux rubriques, selon qu’ils concernent le processus électoral américain lui-même ou plus spécifiquement le contenu de la compagne menée par Obama ainsi que les premiers gestes qu’il a posés après son élection.

Après quoi, je suggérerai quelques principes et orientations dont j’estime qu’elles devraient guider l’action des forces progressistes aux Etats-Unis et ailleurs durant l’ère Obama, si du moins elles veulent faire mentir mes sombres prédictions — je l’avoue sans ambages : je serais enchanté que cela se produise.

Le mirage électoraliste

Rappelons d’abord aux Obamaphiles que si Obama a été élu, il n’en demeure pas moins que près de la moitié des votards (46%) ont choisi le tandem McCain-Palin.
De plus, et surtout, Obama a non seulement été élu, ce qui est déjà problématique, mais il l’a été par un système électoral qui a été spécifiquement conçu, comme le disait déjà James Madison, un des pères fondateurs du pays, «afin de protéger la riche minorité de la majorité». Il est crucial de s’en souvenir.

C’est ainsi que les élections américaines proposent essentiellement aux gens de choisir entre deux partis qui représentent deux interprétations largement similaires des intérêts des institutions économiques dominantes. Certes, des différences existent et il arrive qu’elles fassent une différence. Mais pour l’essentiel, on retrouve bien cette large uniformité de points de vue, de valeurs et de préoccupations.

Ceux-ci étant par définition très éloignés des points de vue, valeurs et préoccupations de l’immense majorité de la population, ces derniers sont dès lors ignorés ou marginalisés durant le processus électoral, les élections américaines devenant donc, dans une très substantielle mesure, des opérations de relations publiques, s’efforçant de garder à la marge le public tout en lui faisant croire que ce qui est discuté est néanmoins important et le concerne. Ce n’est pas une mince tâche.

En bout de piste, les candidats sont vendus et présentés selon les mêmes techniques et procédés qui servent à vendre du savon à lessive.

Obama a-t-il changé tout cela? Si on regarde par-delà l’habile rhéteur et le formatage auquel on l’a soumis, rien ne permet de penser qu’il a échappé aux effets déterminants qu’imposent les conditions structurelles d’une campagne électorale aux Etats-Unis. Pour s’en convaincre, on peut examiner la campagne qu’il a menée et les gestes qu’il a posés depuis qu’elle s’est terminée.

L’écran à fantasmes

Noam Chomsky a décrit la campagne d’Obama comme une «blanck slate», c’est-à-dire comme un tableau vierge sur lequel chacun a été invité à écrire ce qu’il voulait.
C’est ainsi que des mots pouvant recouvrir à peu près tout ce qu’on voudra ont été ainsi lancés (par exemple : «espoir», «changement», «on le peut») par lesquels, puisque ce pouvait être n’importe quoi, chacun a entendu ce qu’il voulait bien y entendre. La campagne d’Obama, — certes pas entièrement mais dans une substantielle mesure surtout pour des enjeux cruciaux et polémiques en matière de politique étrangère et intérieure — a ainsi consisté à présenter une sorte d’ «écran à fantasmes» sur lequel chacun a pu projeter ce qu’il a voulu.

Il est d’ailleurs frappant de constater combien sont diverses et parfois diamétralement opposées les interprétations de ce qu’il a défendu ou soutenu et des politiques qu’il disait entendre suivre s’il était élu.

Certains ont vu en lui le président qui assurera la continuité des politiques unilatéralistes, tandis que des progressistes ont vu un beau risque; des pacifistes le voient comme la chance de terminer la guerre en Irak, mais des faucons comme celle de continuer celle en Afghânistân; on lui a attribué l’ambition de mettre fin aux pires excès du réjectionnisme de la politique américaine envers Israël, mais aussi celle de n’y rien changer; on a vu en lui ici le nouveau Kennedy, là le nouveau Bush première version, ailleurs encore le nouveau Reagan.

En attendant que la realpolitik ne tranche, ce qui ne saurait tarder, des faits têtus persistent.

C’est ainsi que les Etats-Unis ne sont pas soudainement entrés dans une phase post-raciste et que l’arrivée d’un couple Noir à la Maison-Blanche ne change pas le fait que les Noirs sont toujours sous-représentés dans tous les postes décisionnels et qu’ils forment toujours une part disproportionnée de la population carcérale — près d'un homme Noir entre 20 et 34 ans sur 20 est en prison aux Etats-Unis — où avec quelque 2 320 000 prisonniers, c’est près de 1% de la population qui est incarcérée.

C’est encore ainsi que Etats-Unis ne sont pas soudainement entrés dans une phase plus démocratique de leur histoire et que le gouvernement reste encore «cette ombre projetée sur la société par les grandes corporations» dont paraît John Dewey. (Le caractère profondément anti-démocratique en a été une fois de plus mis en évidence dans le récent renflouement à hauteur de 700$ milliards des banques et autres institutions financières : massivement rejeté par l’immense majorité de la population, les mesures préconisées ont néanmoins été mises en place.)

C’est à des réalités comme celles-là que les promesses d’Obama doivent être rapportées. Considérez par exemple ce modeste projet qu’il a annoncé et qui permettrait d’assurer une couverture en santé à des millions d’Américains qui en sont privés : ce projet est loin d’être mis en marche et plus encore d’être implanté. Mais on peut être certain que la «grande ombre» des corporations pharmaceutiques et des compagnies d’assurance (avec d’autres) vont exercer d’énormes pressions pour qu’il n’aboutisse pas.

De même, la fin de la guerre en Afghanistan n’est absolument pas une chose acquise, bien au contraire, et Obama a même parlé d’augmenter le nombre de soldats qui y sont déployés. Quant à la promesse du retrait des troupes américaines d’Iraq à l’été 2010, absolument rien ne garantit qu’elle sera tenue.

Ce n’est qu’en janvier qu’Obama annoncera la composition de son équipe et les grandes orientations de sa politique. Mais ce qu’on en devine déjà n’est guère encourageant.
Au moment où j’écris ces lignes, on annonce la nomination de Rahm Emanuel comme secrétaire général de la Maison Blanche : le choix pour ce poste crucial de cet ex conseiller politique de Bill Clinton n’annonce rien de bon. Emanuel est en effet un néolibéral bon teint qui a joué un rôle crucial dans l’imposition de l’accord de libre échange nord-américain (ALENA) aux environnementalistes et aux syndicats, un partisan de la «guerre au terrorisme» et de la présence américaine en Afghanistan : bref, un faucon doublé d’un ardent défenseur de l’hégémonie des corporations.

De même pour les autres personnes dont il s’entoure déjà : le Président élu vient ainsi de se présenter à sa première conférence de presse avec une équipe de conseillers économiques qu’aucun de ses prédécesseurs n’aurait reniée — on n’y trouve d’ailleurs personne qui soit issu du monde du travail. Parmi elles, Paul Volcker, qui pourrait être appelé à jouer un rôle significatif, peut-être même celui de Treasury Secreteray : incarnation des pires excès néolibéraux, si on peut se permettre ce pléonasme, il a été un des personnages clés de l’administration Reagan et on lui doit notamment la croissance démente des taux d’intérêts durant les années 80.

Au poste de secrétaire à la défense, le nom de Richard Holbrooke circule, dont on se souviendra comme la personne qui, sous l’administration Carter, a autorisé l’envoi d’armes à l’Indonésie pour lui permettre de continuer l’Occupation du Timor Oriental qui avait fait 200 000 victimes. Circule aussi celui de Madeleine Albright, celle-là même qui affirmait en 2001 que la mort d’un demi-million d’enfants en Irak suite aux sanctions imposées par les Etats-Unis est quelque chose qui «valait le coût».
À la défense, la rumeur place en ce moment Robert Gates : cette fois encore, ce sera «business as usual».

Que va-t-il arriver en janvier et février prochains? La question reste ouverte. De son côté, Michael Albert, de Z Magazine, s’est risqué à une prédiction: «Je soupçonne, écrivait-il, qu’hélas, dès la première semaine de son entrée en fonction — littéralement : dès la première semaine — les choix de collaborateurs et de personnel que fera Obama vont très clairement montrer que sans un militantisme massif contraignant à des actions différentes, le changement ne sera que superficiel».
Des événements récents comme ceux que j’ai rapportés lui donnent pour l’instant raison. Mais c’est la condition qu’Albert introduit dans sa prédiction qui est me semble capitale : «sans un militantisme massif contraignant à des actions différentes».


Au-delà des élections

L’histoire nous a inlassablement appris que le pouvoir n’a jamais rien cédé et ne cèdera jamais rien si ce n’est par la force.

Cette fois encore, il ne cèdera rien sans elle et l’ère Obama sera donc, dans une substantielle mesure, ce que par leur action sur le terrain les militantes et les militants en feront. Les pressions qu’ils et elles exerceront pourront seules faire en sorte qu’Obama, comme n’importe quel autre élu aux Etats-Unis ou ailleurs, tienne les promesses faites au peuple plutôt que celles faites aux corporations, aux élites et à tous ceux qu’Adam Smith appelait déjà «les maîtres».

Dans les cruciales semaines à venir il va donc s’agir, pour les progressistes américains, pour les pacifistes, pour les activistes mobilisés contre les guerres en cours, pour les syndicats et les mouvements liés au monde du travail et aux regroupements communautaires, de maintenir vivante et même d’accroître la mobilisation populaire qui a fait élire Obama et de rappeler, surtout à tous ceux-là pour qui voter est l’aboutissement de leur engagement politique, qu’avec cette élection, les combats, loin de se terminer, commencent. Réussiront-ils?

Je l’ignore. Mais entre pessimisme de la raison et optimisme de la volonté, je le souhaite ardemment.