lundi, décembre 08, 2008

KHADR À GUANTANAMO

[Chronique Amère Amérique pour Siné Hebdo]
Quel est le dernier pays occidental à abandonner un de ses citoyens au système illégal de Guantanamo où sont allégrement violées les conventions de Genève?
Si vous avez répondu le Canada, vous gagnez un costume d’enfant Afghan. C’est que le prisonnier en question est un canadien né de parents afghans, arrivé à Guantanamo à … 15 ans!
Il s’appelle Omar Khadr. Son père, réputé proche de Ben Laden, l’aurait élevé pour être un martyr du Jihad. En 2002, il est en Afghanistan dans un bâtiment que bombarde l’armée américaine. Quand tout est fini, un soldat y pénètre et est accueilli par une grenade. On découvre l’enfant vivant.
Il est sérieusement blessé et supplie, sans succès, qu’on l’achève. On le soigne plutôt et on l’interroge. Voilà la version officielle.
Mais on y a récemment ouvert de sérieuses brèches. Pour commencer, Khadr a toujours soutenuavoir été torturé en Afghanistan. Or cet automne, Damien Corcetti, le soldat qui l’a « interrogé », a confirmé les propos de l’enfant.
Il faut dire que la notion de torture est bien élastique chez les Ricains. On vient même, Guantanamo oblige, de la re-peaufiner pour permettre de retenir en preuve des aveux obtenus par des interrogatoires dits musclés. La douleur que cause la torture, mais pas l’interrogatoire, entraîne soit une mort appréhendée, soit la défaillance d’un organe. Sic.
Deuxio, les autorités ont toujours soutenu que Khadr était le dernier survivant dans l’édifice bombardé et que c’est donc nécessairement lui qui a lancé la grenade qui a tué le soldait qui y pénétrait. Or un rapport militaire exhumé par la télé canadienne indique qu’un autre homme vivait encore et que c’est lui qui aurait lancé la grenade
Reste que l’enfer de Khadr ne faisait que commencer. On aurait dû le traiter comme un enfant soldat. Il est plutôt transféré à la prison de Guantanamo, à Cuba. Il y est depuis 2002. Il a aujourd’hui 22 ans. Il a été torturé, privé de sommeil, psychologiquement et physiquement supplicié, privé d’assistance juridique, comme en fait foi une terrifiante vidéo rendue publique cet été. Khadr avait 16 ans lors de son tournage.
La cause est pourtant entendue : le droit international aurait voulu qu’il soit traité en mineur et donc ou rapatrié dans son pays pour y être jugé ou libéré. Le Canada, par lâcheté devant son puissant voisin du Sud, par aveuglement volontaire devant ses assurances répétées que Khadr est traité humainement n’a, depuis six ans, rien fait pour faire respecter le droit international.
Amnistie International mène en ce moment une importante campagne pour faire rapatrier Khadr. Le temps presse. Vous pouvez aider.
En attendant, si Obama ferme Guantanamo en janvier, comme il dit vouloir le faire, le Canada aura l’air malin avec ce jeune homme qui, sortant de là mais n’ayant nulle part où aller, demandera l’asile politique à Cuba.

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