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dimanche, décembre 21, 2008

UNE MINUTE DE SILENCE

[Billet Amère Amérique, pour Siné-Hebdo]

«Ces gens-là n’ont jamais entendu de Heavy Metal : alors ils ne peuvent pas le supporter».

C’était en mai 2003 et le Sergent Mark Hadsell expliquait au magazine Newsweek le nouvel instrument de torture imaginé par des psys travaillant pour la CIA et utilisé en Irak, en Afghanistan, à Cuba et ailleurs.

Eh oui : il s’agit de la musique.

La révélation a quelque chose d’un peu surréaliste, qui invite d’abord à la rigolade, du genre : «Moi aussi, forcé d’écouter Chantal Goya durant plus de trente secondes, j’avoue tout ce qu’on veut et même le reste.» Ou encore : «Si on veut me torturer de la sorte, au moins que ce soit avec du Coltrane, qui est comme chacun sait le plus grand musicien de tous les temps : j’en redemanderai.»

Mais la réalité est terrifiante et il n’y a vraiment pas de quoi rire. Le sergent Hadsell continuait : «Vous leur faites jouer de la musique pendant 24 heures : le cerveau et le corps deviennent alors dysfonctionnels, la pensée ralentit, la volonté se brise. C’est à ce moment là qu’on arrive et qu’on leur parle».

Ces programmes de «bombardement acoustique» ont été développés par la CIA en complicité avec la Grande Bretagne et le Canada — en partie à Montréal même. On les appelle «No touch torture», la torture sans toucher. Ceux qui ont goûté à ces heures interminables durant lesquelles, privés de sommeil, ils ont dû écouter de la musique jouée à fond la caisse, disent que c’est pire que tout. Binyam Mohamed, par exemple, trouvait moins pénible de se faire couper le pénis avec une lame de rasoir.

Certains musiciens dont les œuvres sont utilisées de la sorte s’en félicitent. Pour un peu ils attendraient la compil : Ze Best of the CIA, en s’inquiétant de savoir si leurs droits d’auteur ont bien été payés.

D’autres se taisent, lâchement.

Mais d’autres, heureusement, protestent. En attendant de trouver un band punk progressiste irakien dont on pourrait jouer l’album à tue-tête devant la Maison Blanche ou d’avoir la chance de lancer une chaussure sur un psy mélomane ou un tortionnaire, il est possible de joindre sa signature à celles des nombreux protestataires qui ont déjà signé une pétition qui a été mis en ligne. Ça se trouve à : http://www.zerodb.org/

Les musiciens sensibles à cette cause peuvent aussi faire observer une minute de silence en concert.

Il reste que réussir à faire une pince à arracher le cerveau avec de la musique, c’est un peu comme transformer la pluie en acide, la planète en serre, les océans en dépotoir et des civils vivants en soldats morts.

Hélas : on sait faire tout ça.