mardi, janvier 29, 2008

VOUS VOULEZ RIRE?/RÉFLEXIONS SUR L'HUMOUR

[Avertissement : L’histoire qui suit est entièrement fausse. Seuls les noms ont été conservés, afin de mettre tout le monde en cause.]

Cela s’est passé le 1er janvier 2008, vers deux heures du matin, au paradis. Un groupe de philosophes venait de regarder Bye Bye 2007 à la télévision et l’un d’entre eux dit tout à coup :

— Tout de même, ils aiment ça l’humour, ces Québécois! Ils ont non seulement des humoristes à la pelle et des émissions d’humour, mais aussi un festival de l’humour et même un musée de l’humour. En plus de cette rétrospective de l’année humoristique. Je l’ai d’ailleurs bien aimé, moi, ce Bye Bye : il était réussi puisqu’il m’a fait rire.

Un autre reprit :

— Attention, cependant. Il arrive qu’on rit même si ce n’est pas drôle. On me dit qu’un certain gaz fait rire. Et puis il y a le rire nerveux. Ou encore le rire vengeur, comme celui de Side Show Bob quand il pense à assassiner Bart Simpson.

Socrate passait par là et flaira aussitôt un de ces problèmes conceptuels dont il raffole.

— Mes amis, commença-t-il, je ne suis auprès de vous qu’un pauvre ignorant. Mais je désire m’instruire. Me permettrez-vous de me joindre à votre conversation?

Il y eut un léger soupir parmi l’assistance. L’ironie socratique, ils connaissent! Après tout, cela fait maintenant près de 2500 ans que Socrate leur fait le coup de se dire ignorant pour mieux mettre en évidence l’ignorance de ceux qui prétendent savoir. Mais une conversation avec lui est un spectacle que personne ne veut rater et toutes les personnes présentes se rassemblèrent donc autour du vieil homme.

— Dis-moi, dit-il en s’adressant au dernier philosophe qui avait parlé : quel lien vois-tu donc entre le rire (ou le sourire) et l’humour, le comique, ou si tu préfères, ce qui est drôle?
— Je dirais, mon cher Socrate, en me rappelant mes exemples du gaz, du rire nerveux ou vengeur, que le rire (ou le sourire) est quelque chose qui peut, dans certaines circonstances, être provoqué par un élément drôle chez les personnes qui en prennent connaissance.
— À la bonne heure, dit Socrate. Comme tu es savant. Je vais rapporter ta réponse à un de mes amis. Cependant, comme je le connais, il va aussitôt me dire : Socrate, pauvre balourd, pour éclaircir le mystère de la nature du rire, tu l’as enveloppé dans le mystère de la nature de l’humour. Le rire est ce qui est provoqué par l’humour, dis-tu? Fort bien, mais dis-moi maintenant ce qu’est l’humour, sinon je repartirai les mains vides de ta petite boutique à idées. Que devrais-je répondre à mon ami?

Il y eut quelques rires dans l’assistance et le pauvre philosophe répondit :

— Mais j’avoue n’en rien savoir, Socrate.
— Et pourtant, je suis certain que tu as en toi des réponses et qu’en dialoguant ensemble sérieusement nous pourrions les mettre à jour.
— Hélas, Socrate, je n’ai rien à dire et je me sens maintenant tout engourdi, comme si j’avais été frappé par une raie électrique.
— Laisse-moi t’aider. Durant ce Bye Bye, tu as bien ri?
— Oui, bien sûr. Par exemple, l’imitation de Pauline Marois était hilarante.
— Alors dis-moi pourquoi tu en as ri. Qu’est-ce qui était drôle et pourquoi était-ce drôle?
— J’ai bien une idée ou deux, Socrate, mais tu vas les mettre en pièces. Je ne veux plus que tu m’interroges.

Un homme s’avança.

— Socrate, dit-il, je m’appelle Thomas Hobbes et j’ai vécu longtemps après toi. Avec Aristote et bien d’autres, j’ai soutenu une célèbre théorie de l’humour : l’humour comme supériorité.
— Parle, mon bon ami, je t’écoute.
— C’est tout simple. Selon ma théorie, l’humour naît quand une personne éprouve un sentiment de supériorité devant une autre. On éprouve alors une sorte de soudain moment de gloire qui nous fait nous sentir bien : ce qu’on exprime par le rire ou le sourire. C’est exactement ce qui se passait quand Guy-A imitait Mme Marois : on se sentait grandi devant son ridicule et c’est pourquoi on riait! Le rire sert à ponctuer la victoire narcissique que nous procure le spectacle des faiblesses d’autrui. Mais attention : il faut pour que ce soit drôle que ce ne soit pas grave. On rira d’un homme qui trébuche, mais pas d’un homme qui meurt d’une chute.

Un homme intervint là-dessus.

— Ta théorie est intéressante, Thomas et elle s’appliquera à bien des cas où on rit. Mais elle ne s’applique pas à de nombreux autres. Pour ceux-là, il faut invoquer la théorie de l’humour comme perception d’incongruités. C’est notre ami Emmanuel Kant qui l’a avancée. Mais il est 17h 42 et il est donc en train de prendre son bain, comme tous les jours entre 17h 25 et 17h 45. Je vais donc parler pour lui.
— Nous t’écoutons, dit Socrate.
— Voici donc l’idée de Kant et de nombreux autres philosophes. L’humour naît quand l’esprit perçoit un fait anormal, inattendu, bizarre : incongru, quoi! qui rompt avec l’ordre normal des choses. Alors, on rit. Dans ces cas, il arrive aussi qu’une tension soit créée et, si elle est résolue et que nous sommes ramenés à l’ordre normal des choses, là encore on rira. Ces moutons qu’on comptait au Bye Bye et qui finissaient par donner 2008 en sont un exemple.
— C’est éclairant pour des tas de cas où j’ai ri, dit quelqu’un. Par exemple, pour cette blague que m’a contée hier Épicure. Un homme entre dans une brasserie. Le garçon qui demande ce qu’il désire. Il répond : Une Heineken. Le garçon la lui apporte, mais le client refuse alors de payer, prétextant que c’est le garçon qui l’ayant approché lui a demandé ce qu’il voulait prendre! Le lendemain, le même client fait le même coup au deuxième garçon de la brasserie. Le troisième jour, il revient et les deux garçons l’attendent de pied ferme, décidés à ne pas le servir. Le client s’installe à une table, sort un couteau et un concombre qu’il entreprend de soigneusement découper en très fines rondelles. Intrigués, les garçons s’approchent et lui demandent ce qu’il fait. Je me prépare à aller pêcher, dit le client. Et qu’est-ce que vous allez prendre avec ça, demande un des garçons? Une Heineken, répond le client!
— Bien vu, dit Socrate. Le rire naît ici de ce qu’on retrouve du sens dans ce qui semblait du non-sens. Et je crois savoir que Sigmund Freud a repris cette théorie et l’a reformulée dans le cadre de la psychanalyse. Il existe d’autres théories de l’humour, mais ces deux-là sont les plus adoptées. Il me semble cependant qu’on ne fait pas assez de place à la dimension sociale du rire. Après tout, on ne rit pas tout seul : on rit en groupe et en riant, on se constitue comme groupe. Et voyez : on regarde justement le Bye Bye en famille, puis tout le monde en parle le lendemain.

Un homme intervient.

— Pour ma part, Socrate, j’ai justement parlé de cette dimension sociale du rire. Je m’appelle Henri Bergson et dans mon livre Le Rire, j’ai soutenu deux choses. D’abord, que le rire survient quand du mécanique est plaqué sur du vivant — ce qui est au fond une variante de la théorie de la supériorité. Voyez cette homme marcher. Sa démarche est souple, harmonieuse : voilà le vivant. Voyez le maintenant trébucher sur une pelure de bananes : il est devenu un pantin désarticulé et on est en présence de mécanique plaqué sur du vivant : c’est cela qui fait rire. Mais j’ai aussi ajouté que le rire joue socialement un rôle important: il sert à identifier en les conspuant des défauts qu’il tente de corriger. Pensez au sketch sur Hérouxville durant le Bye Bye: il était exactement de cet ordre.
— Mes amis, dit Socrate, il se fait tard et nous devrons nous arrêter ici. Je suggère que nous conclurons sagement si nous disons que nous avons diverses théories philosophiques intéressantes sur l’humour, mais qu’aucune, à elle seule, n’en rend entièrement compte.
— Avant de nous quitter Socrate, dit une femme, il y a une question que j’ai toujours voulu te poser. Dans tous les dialogues de Platon, tu ne ris qu’une seule fois et c’est au moment où tu t’apprêtes à mourir! Peux-tu m’expliquer?
— Ma chère, voilà une question dont discutent depuis toujours les historiens de la philosophie : ne m’en veux pas, mais je ne voudrais pas les priver du plaisir de forger des hypothèses et c’est pourquoi je ne te répondrai pas.

Et Socrate partit en souriant.

4 commentaires:

vero a dit…

Tout le long c'est des philosophes qui questionnent Socrate et à la fin c'est une femme. Est-ce que c'est une "femme professionnelle"?

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Normand Baillargeon a dit…

Bonjour,

C'est une femme qui a une bonne idée.


Normand B.

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