Exercice de philosophie de l'éducation: proposez une définition du concept d'endoctrinement.
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mardi, mai 04, 2010
mardi, avril 13, 2010
ÇA VOUS INTÉRESSERA PEUT-ÊTRE VOUS AUSSI...
Le libre-arbitre n'existe probablement pas, disent des scientifiques, mais ne le répétez pas et n'allez pas désespérer le 'Billancourt de la liberté'.
Une campagne pour faire arrêter le Pape pour crimes contre l'humanité lors de son prochain voyage en G.B.? R. Dawkins est bien d'accord.(En français ici) Que diront les quelque 68% d'Américains qui croient au diable (sic!) ? Que c'est un détail, je suppose...Il est vrai que le diable a été identifié: c'est C. Hitchens.
Les Simpsons sont avec moi!
Le rôle de intellectuel radical selon un certain Chomsky. Une vidéo, ici.
Sam Harris sur la science, les faits et la moralité. Réponse critique de Massimo Pigliucci. Réplique de Sam Harris.
Lise Bissonnette sur le journalisme, le web, les blogues et tout ceci-cela.
Ned Block et Philip Kitcher recensent de manière très critique le récent livre de Jerry Fodor et de Massimo Piattellli-Palmarni sur Darwin, qui fait énormément jaser. C'est ici.
Une campagne pour faire arrêter le Pape pour crimes contre l'humanité lors de son prochain voyage en G.B.? R. Dawkins est bien d'accord.(En français ici) Que diront les quelque 68% d'Américains qui croient au diable (sic!) ? Que c'est un détail, je suppose...Il est vrai que le diable a été identifié: c'est C. Hitchens.
Les Simpsons sont avec moi!
Le rôle de intellectuel radical selon un certain Chomsky. Une vidéo, ici.
Sam Harris sur la science, les faits et la moralité. Réponse critique de Massimo Pigliucci. Réplique de Sam Harris.
Lise Bissonnette sur le journalisme, le web, les blogues et tout ceci-cela.
Ned Block et Philip Kitcher recensent de manière très critique le récent livre de Jerry Fodor et de Massimo Piattellli-Palmarni sur Darwin, qui fait énormément jaser. C'est ici.
dimanche, avril 11, 2010
DEUX RECENSIONS
(Billet paru dans Le Libraire)
L’AVENIR DE LA GLOBALISATION DU MONDE
L’économie est une science sociale singulière.
On y trouve pour commencer des modèles mathématiques sophistiqués et d’une énorme complexité qui donnent à ses analyses et prédictions une précision inégalée parmi les sciences sociales.
L’ennui, et c’est là un petit secret bien mal gradé puisque chacun peut vite le découvrir, l’ennui est que ces modèles reposent souvent sur des hypothèses et idéalisations qui font qu’analyses et prédictions n’entretiennent parfois qu’un lien bien ténu avec la réalité.
Par ailleurs, dans l’espace public, il arrive que le discours tenu au nom de l’économie soit profondément idéologique et serve ni plus ni moins d’arme au service de certains intérêts, qu’il serait superflu de nommer ici.
Devant ce qui est avancé au nom de la science économique, une saine prudence s’impose donc.
Ce que signifiera la fin du pétrole
Ceci rappelé, j’en viens au livre de Jeff Rubin.
Celui-ci est un économiste qui a travaillé dans les plus hautes sphères (nommément à la CIBC) et qui s’est rendu célèbre pour quelques prédictions qui se sont réalisées (notamment la chute du marché immobilier de Toronto). Il est à présent auteur et conférencier spécialisé sur la question du pétrole et sur l’impact qu’aura la flambée annoncée de son prix — Rubin prédisait dès 2000 un baril à 100$; il prédit qu’il sera bientôt à 200$, voire plus.
Sa thèse est simple. La demande pour du pétrole continue de croître, alimentée comme chacun sait par des pays comme la Chine et l’Inde, mais aussi par les pays de l’OPEP, le Mexique, la Russie. Le pétrole qui reste, car il en reste, va coûter de plus en plus cher à extraire (pensons aux sables bitumineux de l’Alberta).
Or, c’est le pétrole qui a servi de combustible à la globalisation et qui a permis, par le faible coût du transport, la course vers les endroits où se trouvent des ressources et de la main d’oeuvre bon marché. Ces possibilités se fermant, le monde va bientôt radicalement changer.
M. Rubin est un auteur agréable à lire et qui sait raconter une histoire, ce qui est assez rare chez les auteurs d’essais : on n’a aucun mal à comprendre pourquoi il est un orateur énormément sollicité sur le circuit où il y a une forte demande pour des propos comme les siens. Avec lui, problématiques et concepts économiques deviennent clairs et incarnés.
Il faut lire par exemple ces pages où il raconte le circuit économique que fait un saumon pêché en Norvège, transporté en Chine pour y être mis en filets puis envoyé à votre supermarché avant d’aboutir dans votre assiette au restaurant (pp. 12-14) : ça en fait des kilomètres et des litres de pétrole et ce que Rubin soutient se comprend alors parfaitement.
La meilleure partie du livre me paraît se trouver dans les derniers chapitres, où l’auteur argue que notre monde va rapetisser puisque nous vivrons et consommerons plus localement. J’avoue que j’aurais aimé qu’il s’attarde plus longuement à cet aspect des choses. En tout cas, c’en serait fini des fraises du bout du monde en janvier, fini d’habiter loin de son travail, et les voyages en avion seraient drastiquement réduits. En ce sens, notre monde, en rapetissant, redeviendrait aussi immense. «C’est le retour à un nouveau monde […] beaucoup plus vaste, dans lequel nous sommes beaucoup plus petits», écrit-il. (p. 368)
Les possibles limites d’une thèse
Toutefois, et outre que cette thèse de la fin du pétrole n’est absolument pas neuve, les principaux défauts de l’ouvrage, à mon sens, sont ceux de la profession de leur auteur que j’évoquais en commençant. La globalisation du monde est en effet un phénomène politique, historique, idéologique et social qui ne se réduit absolument pas à l’économie, encore moins au pétrole et à son prix.
Son combustible fut aussi et reste une idéologie mortifère mise aux services d’institutions d’une puissance inouïe, parfois occultes et à la légitimité démocratique douteuse ou inexistante. Dans le cas du pétrole, ce furent par exemple ces multinationales s’appropriant illégitimement des ressources, cela dans le cadre d’un ordre international maintenu par la force.
Si le propos de M. Rubin fait trop massivement l’impasse sur tout cela, c’est qu’il accepte d’emblée les cadres idéologiques où se déploie notre économie et n’imagine pas qu’on pourrait en changer.
L’auteur du deuxième livre dont je veux parler ne partage absolument pas les a priori de l’économiste.
Le pari de Chomsky
Les personnes qui me lisent ailleurs qu’en ces pages le savent, mais je le précise par honnêteté : je suis un grand admirateur de Noam Chomsky.
Scientifique éminent, l’homme a été au cœur de la création des sciences cognitives, un événement scientifique majeur du siècle dernier. Il a renouvelé la linguistique et apporté à la philosophie des contributions incontournables, notamment en ravivant les traditions rationaliste et innéiste. Qui le lit, ou discute avec lui, ce que j’ai eu la chance de faire récemment, ne doute pas être devant un esprit d’une puissance hors de l’ordinaire. Et cela tout le monde en convient, du moins quand il s’agit de sciences cognitives, de linguistique ou de philosophie.
Mais il y a un deuxième Chomsky, ouvertement anarchiste et lui aussi auteur d’une œuvre majeure, mais cette fois souvent reçue avec hostilité, et dans laquelle il n’a cessé de dénoncer la politique étrangère américaine et la globalisation du monde menée par les institutions dominantes et à leur profit.
Si vous ne connaissez pas bien l’un ou l’autre de ces Chomsky, ces entretiens entre lui et Jean Bricmont (il s’agit bien de celui de la célèbre affaire Sokal) sont une occasion idéale de faire connaissance.
Bricmont interroge donc Chomsky, habilement et sans craindre de le pousser parfois dans ses derniers retranchements. En deux entretiens, le territoire couvert est vaste : philosophie, science, changement social, nature humaine, impérialisme, histoire politique récente, anarchisme et quelques autres.
Chomsky est parfaitement lucide sur ce qu’a signifié la globalisation du monde des vingt dernières années et ce qui l’a alimentée. Ce qu’il a à en dire converge vers ce qu’il appelle un «pari de Pascal», celui qu’il a fait sa vie durant : «Si nous abandonnons l’espoir et que nous nous résignons à la passivité, nous faisons en sorte que le pire adviendra; si nous conservons l’espoir et travaillons dur pour que ces promesses se réalisent, la situation peut s’améliorer». (pp. 29-30)
Sitôt qu’on se place dans la perspective qu’ouvre Chomsky, on se met à imaginer d’autres avenues pour la globalisation et on se dit, entre tant d’exemples, que l’abolition ou la diminution des dépenses militaires (et de mille autres activités économiques destructrices) seraient aussi des manières toute simples de changer l’économie…
Ouvrages recensés
RUBIN, Jeff, Demain, un tout petit monde. Comment le pétrole entraînera la fin de la mondialisation, Éditions Hurtubise, Montréal, 2010.
CHOMSKY, Noam et BRICMONT, Jean, Raison contre pouvoir, le pari de Pascal, L’herne, Collection Carnets, Paris, 2009.
L’AVENIR DE LA GLOBALISATION DU MONDE
L’économie est une science sociale singulière.
On y trouve pour commencer des modèles mathématiques sophistiqués et d’une énorme complexité qui donnent à ses analyses et prédictions une précision inégalée parmi les sciences sociales.
L’ennui, et c’est là un petit secret bien mal gradé puisque chacun peut vite le découvrir, l’ennui est que ces modèles reposent souvent sur des hypothèses et idéalisations qui font qu’analyses et prédictions n’entretiennent parfois qu’un lien bien ténu avec la réalité.
Par ailleurs, dans l’espace public, il arrive que le discours tenu au nom de l’économie soit profondément idéologique et serve ni plus ni moins d’arme au service de certains intérêts, qu’il serait superflu de nommer ici.
Devant ce qui est avancé au nom de la science économique, une saine prudence s’impose donc.
Ce que signifiera la fin du pétrole
Ceci rappelé, j’en viens au livre de Jeff Rubin.
Celui-ci est un économiste qui a travaillé dans les plus hautes sphères (nommément à la CIBC) et qui s’est rendu célèbre pour quelques prédictions qui se sont réalisées (notamment la chute du marché immobilier de Toronto). Il est à présent auteur et conférencier spécialisé sur la question du pétrole et sur l’impact qu’aura la flambée annoncée de son prix — Rubin prédisait dès 2000 un baril à 100$; il prédit qu’il sera bientôt à 200$, voire plus.
Sa thèse est simple. La demande pour du pétrole continue de croître, alimentée comme chacun sait par des pays comme la Chine et l’Inde, mais aussi par les pays de l’OPEP, le Mexique, la Russie. Le pétrole qui reste, car il en reste, va coûter de plus en plus cher à extraire (pensons aux sables bitumineux de l’Alberta).
Or, c’est le pétrole qui a servi de combustible à la globalisation et qui a permis, par le faible coût du transport, la course vers les endroits où se trouvent des ressources et de la main d’oeuvre bon marché. Ces possibilités se fermant, le monde va bientôt radicalement changer.
M. Rubin est un auteur agréable à lire et qui sait raconter une histoire, ce qui est assez rare chez les auteurs d’essais : on n’a aucun mal à comprendre pourquoi il est un orateur énormément sollicité sur le circuit où il y a une forte demande pour des propos comme les siens. Avec lui, problématiques et concepts économiques deviennent clairs et incarnés.
Il faut lire par exemple ces pages où il raconte le circuit économique que fait un saumon pêché en Norvège, transporté en Chine pour y être mis en filets puis envoyé à votre supermarché avant d’aboutir dans votre assiette au restaurant (pp. 12-14) : ça en fait des kilomètres et des litres de pétrole et ce que Rubin soutient se comprend alors parfaitement.
La meilleure partie du livre me paraît se trouver dans les derniers chapitres, où l’auteur argue que notre monde va rapetisser puisque nous vivrons et consommerons plus localement. J’avoue que j’aurais aimé qu’il s’attarde plus longuement à cet aspect des choses. En tout cas, c’en serait fini des fraises du bout du monde en janvier, fini d’habiter loin de son travail, et les voyages en avion seraient drastiquement réduits. En ce sens, notre monde, en rapetissant, redeviendrait aussi immense. «C’est le retour à un nouveau monde […] beaucoup plus vaste, dans lequel nous sommes beaucoup plus petits», écrit-il. (p. 368)
Les possibles limites d’une thèse
Toutefois, et outre que cette thèse de la fin du pétrole n’est absolument pas neuve, les principaux défauts de l’ouvrage, à mon sens, sont ceux de la profession de leur auteur que j’évoquais en commençant. La globalisation du monde est en effet un phénomène politique, historique, idéologique et social qui ne se réduit absolument pas à l’économie, encore moins au pétrole et à son prix.
Son combustible fut aussi et reste une idéologie mortifère mise aux services d’institutions d’une puissance inouïe, parfois occultes et à la légitimité démocratique douteuse ou inexistante. Dans le cas du pétrole, ce furent par exemple ces multinationales s’appropriant illégitimement des ressources, cela dans le cadre d’un ordre international maintenu par la force.
Si le propos de M. Rubin fait trop massivement l’impasse sur tout cela, c’est qu’il accepte d’emblée les cadres idéologiques où se déploie notre économie et n’imagine pas qu’on pourrait en changer.
L’auteur du deuxième livre dont je veux parler ne partage absolument pas les a priori de l’économiste.
Le pari de Chomsky
Les personnes qui me lisent ailleurs qu’en ces pages le savent, mais je le précise par honnêteté : je suis un grand admirateur de Noam Chomsky.
Scientifique éminent, l’homme a été au cœur de la création des sciences cognitives, un événement scientifique majeur du siècle dernier. Il a renouvelé la linguistique et apporté à la philosophie des contributions incontournables, notamment en ravivant les traditions rationaliste et innéiste. Qui le lit, ou discute avec lui, ce que j’ai eu la chance de faire récemment, ne doute pas être devant un esprit d’une puissance hors de l’ordinaire. Et cela tout le monde en convient, du moins quand il s’agit de sciences cognitives, de linguistique ou de philosophie.
Mais il y a un deuxième Chomsky, ouvertement anarchiste et lui aussi auteur d’une œuvre majeure, mais cette fois souvent reçue avec hostilité, et dans laquelle il n’a cessé de dénoncer la politique étrangère américaine et la globalisation du monde menée par les institutions dominantes et à leur profit.
Si vous ne connaissez pas bien l’un ou l’autre de ces Chomsky, ces entretiens entre lui et Jean Bricmont (il s’agit bien de celui de la célèbre affaire Sokal) sont une occasion idéale de faire connaissance.
Bricmont interroge donc Chomsky, habilement et sans craindre de le pousser parfois dans ses derniers retranchements. En deux entretiens, le territoire couvert est vaste : philosophie, science, changement social, nature humaine, impérialisme, histoire politique récente, anarchisme et quelques autres.
Chomsky est parfaitement lucide sur ce qu’a signifié la globalisation du monde des vingt dernières années et ce qui l’a alimentée. Ce qu’il a à en dire converge vers ce qu’il appelle un «pari de Pascal», celui qu’il a fait sa vie durant : «Si nous abandonnons l’espoir et que nous nous résignons à la passivité, nous faisons en sorte que le pire adviendra; si nous conservons l’espoir et travaillons dur pour que ces promesses se réalisent, la situation peut s’améliorer». (pp. 29-30)
Sitôt qu’on se place dans la perspective qu’ouvre Chomsky, on se met à imaginer d’autres avenues pour la globalisation et on se dit, entre tant d’exemples, que l’abolition ou la diminution des dépenses militaires (et de mille autres activités économiques destructrices) seraient aussi des manières toute simples de changer l’économie…
Ouvrages recensés
RUBIN, Jeff, Demain, un tout petit monde. Comment le pétrole entraînera la fin de la mondialisation, Éditions Hurtubise, Montréal, 2010.
CHOMSKY, Noam et BRICMONT, Jean, Raison contre pouvoir, le pari de Pascal, L’herne, Collection Carnets, Paris, 2009.
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Normand Baillageon
mercredi, janvier 20, 2010
L'ÉNIGME D'EINSTEIN
[Jeu pour le prochain numéro d'À Bâbord]
Il y a cinq maisons peintes de 5 couleurs différentes. Dans chaque maison vit une personne de nationalité différente. Chacun des 5 propriétaires boit un certain type de boisson, joue à un certain sport et garde un certain animal domestique. Aucun propriétaire ne boit la même boisson qu’un autre, ne joue au même sport qu’un autre ou n’a le même animal domestique qu’un autre.
La question qu’on vous pose est : À qui appartient le poisson?
***
On ne prête qu’aux riches, dit-on. Comme on a dû attribuer d’idées à Einstein, si tel est le cas!
Prenez justement l’énigme que vous venez de lire.
La légende veut que ce soit le célèbre physicien qui l’ait inventée, et cela durant son enfance; elle veut aussi qu’il s’agisse de l’énigme du genre la plus difficile au monde; et que seulement 2 personnes sur cent soient capables de la résoudre.
Tout cela est douteux. Mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une bien belle énigme, qui se résout avec pour seuls outils de la patience et de la logique.
Pour y parvenir, vous devrez créer un tableau où vous mettrez en colonnes les maisons (1 à 5) et, en rangées, la nationalité, la couleur de la maison, la boisson, le sport et l’animal domestique. Il ne vous restera plus qu’à remplir les cases vides.
Pour vous aider, voici les faits qui sont connus :
1. Le Britannique habite la maison rouge.
2. Le Suédois possède un chien comme animal domestique.
3. Le Danois boit du thé.
4. La maison verte est à gauche de la maison blanche.
5. Le propriétaire de la maison verte boit du café.
6. La personne qui joue au football élève des oiseaux.
7. Le propriétaire de la maison jaune joue au baseball.
8. La personne qui habite la maison du milieu boit du lait.
9. Le Norvégien habite la première maison.
10. L’homme qui joue au volleyball est le voisin de la personne qui possède des chats.
11. L’homme qui possède un cheval est le voisin de l’homme qui joue au baseball.
12. Le propriétaire qui joue au tennis boit de la bière.
13. L’allemand joue au hockey.
14. Le Norvégien habite à côté de la maison bleue.
15. L’homme qui joue au volleyball a un voisin qui boit de l’eau.
Comme vous le voyez, vous pouvez déjà inscrire dans votre tableau que le propriétaire de la troisième maison boit du lait (en vertu du fait #8); que le propriétaire de la maison 1 est Norvégien (fait # 9); et ainsi de suite.
Alors? À qui appartient le poisson?
La réponse sera dans le prochain numéro de la revue...
Il y a cinq maisons peintes de 5 couleurs différentes. Dans chaque maison vit une personne de nationalité différente. Chacun des 5 propriétaires boit un certain type de boisson, joue à un certain sport et garde un certain animal domestique. Aucun propriétaire ne boit la même boisson qu’un autre, ne joue au même sport qu’un autre ou n’a le même animal domestique qu’un autre.
La question qu’on vous pose est : À qui appartient le poisson?
***
On ne prête qu’aux riches, dit-on. Comme on a dû attribuer d’idées à Einstein, si tel est le cas!
Prenez justement l’énigme que vous venez de lire.
La légende veut que ce soit le célèbre physicien qui l’ait inventée, et cela durant son enfance; elle veut aussi qu’il s’agisse de l’énigme du genre la plus difficile au monde; et que seulement 2 personnes sur cent soient capables de la résoudre.
Tout cela est douteux. Mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une bien belle énigme, qui se résout avec pour seuls outils de la patience et de la logique.
Pour y parvenir, vous devrez créer un tableau où vous mettrez en colonnes les maisons (1 à 5) et, en rangées, la nationalité, la couleur de la maison, la boisson, le sport et l’animal domestique. Il ne vous restera plus qu’à remplir les cases vides.
Pour vous aider, voici les faits qui sont connus :
1. Le Britannique habite la maison rouge.
2. Le Suédois possède un chien comme animal domestique.
3. Le Danois boit du thé.
4. La maison verte est à gauche de la maison blanche.
5. Le propriétaire de la maison verte boit du café.
6. La personne qui joue au football élève des oiseaux.
7. Le propriétaire de la maison jaune joue au baseball.
8. La personne qui habite la maison du milieu boit du lait.
9. Le Norvégien habite la première maison.
10. L’homme qui joue au volleyball est le voisin de la personne qui possède des chats.
11. L’homme qui possède un cheval est le voisin de l’homme qui joue au baseball.
12. Le propriétaire qui joue au tennis boit de la bière.
13. L’allemand joue au hockey.
14. Le Norvégien habite à côté de la maison bleue.
15. L’homme qui joue au volleyball a un voisin qui boit de l’eau.
Comme vous le voyez, vous pouvez déjà inscrire dans votre tableau que le propriétaire de la troisième maison boit du lait (en vertu du fait #8); que le propriétaire de la maison 1 est Norvégien (fait # 9); et ainsi de suite.
Alors? À qui appartient le poisson?
La réponse sera dans le prochain numéro de la revue...
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Normand Baillageon
dimanche, janvier 17, 2010
dimanche, décembre 13, 2009
LANCEMENT À MONTRÉAL
Nous lançons le numéro 32 de la revue À Bâbord. Il contient un dossier sur Le Québec en quête de laïcité que j'ai eu le plaisir de diriger et auquel de nombreux collaborateurs et de nombreuses collaboratrices de grand talent ont contribué. Certaines d'entre elles seront de la partie et prendront la parole.[On peut lire ici mon introduction au dossier] Après quoi on fait la fête, de la musique et on fait tirer des livres — j'en amène quatre.
Et rien que pour les personnes qui fréquentent ce blogue, un cinquième: j'offre à la première personne qui me salue avec le code secret : (disons que ce sera :Prévert) un exemplaire de La Chasse au Snark.
Le lancement-party a lieu le:
Mardi 15 décembre 19 h.30 à minuit
Où : Broue Pub
5860 de Lorimier (coin des Carrières - une rue au sud de la rue Rosemont)
Montréal
Au menu : Lancement, animation, bouffe et bière artisanale
Musique avec le À bâbord Jazz Band
Prix de présence (tirage) : livres, CD et œuvres picturales
Discussions, palabres, échanges et rires....
Bienvenue à toutes et tous.
Et rien que pour les personnes qui fréquentent ce blogue, un cinquième: j'offre à la première personne qui me salue avec le code secret : (disons que ce sera :Prévert) un exemplaire de La Chasse au Snark.
Le lancement-party a lieu le:
Mardi 15 décembre 19 h.30 à minuit
Où : Broue Pub
5860 de Lorimier (coin des Carrières - une rue au sud de la rue Rosemont)
Montréal
Au menu : Lancement, animation, bouffe et bière artisanale
Musique avec le À bâbord Jazz Band
Prix de présence (tirage) : livres, CD et œuvres picturales
Discussions, palabres, échanges et rires....
Bienvenue à toutes et tous.
dimanche, octobre 18, 2009
mercredi, septembre 30, 2009
EN ATTENDANT COPENHAGUE
[Pour le prochain Monde Libertaire. Les notes sont absentes de cette pré-publication]
En décembre prochain, ceux qu’Adam Smith appelait ‘les Maîtres’ vont se réunir à Copenhague dans le but de parvenir à un accord sur le réchauffement planétaire, accord qui doit faire le suivi du Protocole de Kyoto, de 1997.
Certes, bien des données pointues restent discutables dans le dossier du réchauffement climatique et les spécialistes ont aujourd’hui et auront encore demain bien des occasions de débattre : la science est ainsi faite. Mais il n’y a plus guère de gens crédibles et désintéressés pour remettre en doute la réalité de la situation et son caractère des plus urgent est de moins en moins mis en doute.
Une situation alarmante
Un des documents jugés important par la plupart des observateurs compétents dans ce dossier est le Stern Review on the Economics of Climate Change , qui a été publié en 2006. L’an dernier, il a été mis à jour. À cette occasion, Stern rappelait que le rapport de 2006 avait «sous-estimé les risques [liées au réchauffement climatique] et sous-estimé les dommages associés à des accroissement de températures ». Stern concluait que le 1% du PIB qu’on croyait auparavant nécessaire pour atténuer les effets du changement climatique devrait donc être doublé.
Pire encore : il ne manque désormais pas de gens pour soutenir que la situation est maintenant si grave que le moment où il sera trop tard approche dangereusement. Quand en sera-t-on là?
Le Groupe d’expert international sur le climat (GIEC) fixe à 2015 le moment où les émissions planétaires doivent absolument plafonner avant de décroître — si on veut éviter le pire.
De son côté, Bill McKibben, une voix crédible et pondérée, ouvrait en juin dernier par ces mots terrifiants sa recension dans la prestigieuse New York Review of Books d’un livre de Stern: «L’année 2009 pourrait bien être l’année décisive en ce qui a trait à la relation de l’espèce humaine avec la planète qui l’abrite». 350 parties par million (ppm) de gaz carbonique dans l'atmosphère étant selon McKibben «le seuil de sécurité climatique pour l'humanité» (nous en sommes à quelque chose comme à 387), il a nommé son mouvement : 350.org . McKibben appelle à une journée d’action sur le climat le 24 octobre prochain.
Chomsky, de son côté, cite un rapport d’un très sérieux groupe de travail du MIT qui conclut lui aussi que la situation est encore plus grave qu’on ne le pensait : selon ce rapport, les modèles les plus crédibles montrent à présent que sans une intervention rapide et massive, le problème sera bientôt deux fois plus sévère qu’on ne l’estimait il y a six ans et peut-être pire encore. Ce rapport permet, à l’aide de roulettes colorées, de visualiser les risques que court l’espèce : en les dévoilant, le chercheur principal a déclaré qu’il était hors de question que l’humanité prenne de tels risques — et joue à la roulette, si on ose dire.
C’est pourtant ce qu’on fait. Et les perspectives pour la conclusion de l’indispensable accord minimal que d’aucuns attendaient de la conférence de Copenhague sont bien mauvaises, mauvaises au point où, au moment où je rédige ces lignes, Ban Ki-moon, en désespoir de cause, a convoqué 100 chefs d’États à une séance extraordinaire et en a appelé à leur conscience. Peine perdue. La conférence n’a pas été un succès. Le premier ministre du Canada ne s’y est carrément pas présenté — mon pays est un des pires en matière de contribution au réchauffement de la planète.
La situation, on le voit, est tragique. Mais cette gravissime crise est aussi, il me semble, une occasion en or de faire valoir nos idées, une sorte de Klondike pour tous les chercheurs de l’or de la révolution.
Les causes de cette démente course vers l’abîme
Il y a longtemps que nous autres anarchistes avons déployé, sur de nombreux plans, une forte critique de l’économie de marché. Le moment est propice à rappeler que les événements en cours non seulement confirment ces analyses, mais que celles-ci permettent aussi, hélas, de prédire qu’il y a de fortes chances qu’à en rester dans le cadre de cette économie, nos actuels problèmes sont insolubles.
Je ne veux pas m’étendre ici sur ces thèmes, que tous et toutes ici connaissent bien. Mais n’est-ce pas, plus que jamais en ces heures où la planète surchauffe, le moment de rappeler que le mécanisme du marché incorpore des déficiences unanimement reconnues qui rendent extrêmement problématique la prise en charge de questions comme celle du changement climatique? D’autant qu’il est centré sur les effets à court terme des interactions, ces effets étant eux-mêmes largement réduits à une question de profits ou de pertes? Et encore que le marché tend immanquablement à négliger les effets d’un contrat sur les non-contractants et à en faire ainsi porter par des tiers les effets négatifs (ce qu’on appelle pieusement les «externalités»)? D’expliquer qu’il devient extrêmement difficile dans ce cadre de penser à long terme et de prendre en compte nos petits-enfants (sans rien dire des plus pauvres de nos contemporains, eux qui ont fait le moins pour causer la calamité en cours, mais dont ils souffrent et souffriront le plus)? Et qu’en conséquence, il faut sortir de ce cadre pour espérer éviter le pire?
Considérez Kyoto. Les plus gros pollueurs ayant historiquement été les pays les plus riches, c’est à eux que les plus importants sacrifices (si on peut dire) étaient demandés en 1997 : par exemple, ils devaient en 2012 avoir réduit de 6 à 8%, en moyenne, leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, en 2007, les Etats-Unis les avaient … augmentées de 16% par rapport à 1990!
Considérez encore ce marché du carbone, imaginé à Kyoto, qui se met en place depuis quelques années et qui permet aux pays industrialisés d’obtenir et d’échanger leur quota d’émissions (des crédits-carbones) : en bout de piste, loin d’être un outil de réduction des émissions, ils permettent aux pays riches de continuer à polluer à leur guise . Vadana Shina, qui rapporte les analyses du mécanisme effectuées par le Breakthrough Institute , dit avec raison que l’élaboration de ce marché revient à jouer du violon pendant que Rome flambe.
Tout cela doit être dit, expliqué, diffusé.
Mais nous devons aussi avoir quelque chose de sain et de crédible à proposer en lieu et place : or, j’ai souvent argué qu’une des grandes faiblesses de nos mouvements, qui ont par ailleurs tant d’indéniables qualités, se situe à ce niveau précis. Je redis donc qu’à mon sens, plus que jamais il nous faut travailler à de telles propositions d’alternatives libertaires à mettre en avant.
Par contre, sur ce qu’il convient de faire face aux périls qui nous guettent, notre histoire montre clairement la voie à suivre, loin de tout attentisme et de toute délégation : l’action directe. Et bonne nouvelle: elle qui n’est jamais disparu fait même en ce moment un retour en force. Nous devrions être aux premiers rangs.
L’action directe
Il faut en convenir : les anarchistes n’ont pas le monopole de l’action directe. Mais elle reste bien, selon les mots d’Emma Goldman, « la conséquence logique et consistante » de leurs positions fondatrices. Et c’est pourquoi lorsque j’observe une pratique d’action directe dirigée contre un objectif légitime et menée de manière efficace, festive, inclusive et pédagogique, quelque chose en moi se réjouit et me murmure que tout n’est pas perdu.
En parlant d’action directe, on songera peut-être d’abord à ces multiples cas d’occupation d’usine et de séquestrations de patrons qui ont agité le printemps et l’été français. C’est juste. Mais on songera aussi à des actions comme celle de ces jeunes Anglais qui, cet été, se sont littéralement collés, avec de la vraie colle, au sol de la Royal Bank of Scotland pour protester contre les investissements de l’institution dans les combustibles fossiles.
Car sur le terrain de la lutte contre le réchauffement planétaire, de vastes actions collectives inspirantes ont en effet commencé et un authentique activisme climatique se met en branle. Considérez ce qui se passe en ce moment en Grande Bretagne et qui est en train d’essaimer ailleurs, et notamment au Canada, au Danemark, en France et au Pays-Bas ,à savoir ces diverses actions menées depuis 2006 contre le réchauffement planétaire dans le cadre des Camps for Climate Action.
Longuement préparés par des volontaires opérant sur une base consensuelle, financés par des dons, ces camps se tiennent sur un lieu choisi pour ce qu’il représente sur le plan environnemental et que ciblera en bout de piste l’action principale de la rencontre — tentative de fermeture ou occupation.
Un camp est l’occasion de la tenue de nombreux ateliers d’information et de démonstration, en pratique, de la possibilité d’un mode de vie infiniment moins dommageable pour l’environnement : on y utilise l’énergie solaire, de l’huile de cuisson et des matériaux recyclés, et ainsi de suite. L’action directe donne ainsi à ceux qui agissent de précieux aperçus sur le monde qui pourrait être.
C’est le cas aujourd’hui et ce l’était hier. L’historien Howard Zinn rapporte à ce sujet les propos du maire de Seattle qui, en 1919, fut confronté à une grève générale paralysant la ville : « Il est vrai qu’il n’y a eu ni coups de feu ni bombes ni morts. La révolution peut se passer de violence. La grève générale, telle qu’elle est pratiquée à Seattle est en elle-même l’arme de la révolution, d’autant plus dangereuse qu’elle est pacifique. […] elle met hors service le Gouvernement et c’est là l’élément essentiel de toute révolte, peu importe comment on y parvient ».
Prendre part à tous ces mouvements et à toute cette agitation qui s’annonce en cet automne militant, y être présent en évoquant nos analyses, nos idéaux et nos solutions de rechange est une tâche plus urgente que jamais.
Mais je sais bien que je n’apprends rien à personne en le rappelant. Et pour terminer sur une note d’espoir, on me permettra de citer Voltairine de Cleyre, si chère à mon cœur :«La guerre sociale se poursuivra, malgré toutes les déclarations hystériques de tous ces individus bien intentionnés qui ne comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer ; malgré la peur de tous ces dirigeants timorés ; malgré toutes les revanches que prendront les réactionnaires ; malgré tous les bénéfices matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne se soumet pas. Et que la Vie ne se soumettra pas.»
En décembre prochain, ceux qu’Adam Smith appelait ‘les Maîtres’ vont se réunir à Copenhague dans le but de parvenir à un accord sur le réchauffement planétaire, accord qui doit faire le suivi du Protocole de Kyoto, de 1997.
Certes, bien des données pointues restent discutables dans le dossier du réchauffement climatique et les spécialistes ont aujourd’hui et auront encore demain bien des occasions de débattre : la science est ainsi faite. Mais il n’y a plus guère de gens crédibles et désintéressés pour remettre en doute la réalité de la situation et son caractère des plus urgent est de moins en moins mis en doute.
Une situation alarmante
Un des documents jugés important par la plupart des observateurs compétents dans ce dossier est le Stern Review on the Economics of Climate Change , qui a été publié en 2006. L’an dernier, il a été mis à jour. À cette occasion, Stern rappelait que le rapport de 2006 avait «sous-estimé les risques [liées au réchauffement climatique] et sous-estimé les dommages associés à des accroissement de températures ». Stern concluait que le 1% du PIB qu’on croyait auparavant nécessaire pour atténuer les effets du changement climatique devrait donc être doublé.
Pire encore : il ne manque désormais pas de gens pour soutenir que la situation est maintenant si grave que le moment où il sera trop tard approche dangereusement. Quand en sera-t-on là?
Le Groupe d’expert international sur le climat (GIEC) fixe à 2015 le moment où les émissions planétaires doivent absolument plafonner avant de décroître — si on veut éviter le pire.
De son côté, Bill McKibben, une voix crédible et pondérée, ouvrait en juin dernier par ces mots terrifiants sa recension dans la prestigieuse New York Review of Books d’un livre de Stern: «L’année 2009 pourrait bien être l’année décisive en ce qui a trait à la relation de l’espèce humaine avec la planète qui l’abrite». 350 parties par million (ppm) de gaz carbonique dans l'atmosphère étant selon McKibben «le seuil de sécurité climatique pour l'humanité» (nous en sommes à quelque chose comme à 387), il a nommé son mouvement : 350.org . McKibben appelle à une journée d’action sur le climat le 24 octobre prochain.
Chomsky, de son côté, cite un rapport d’un très sérieux groupe de travail du MIT qui conclut lui aussi que la situation est encore plus grave qu’on ne le pensait : selon ce rapport, les modèles les plus crédibles montrent à présent que sans une intervention rapide et massive, le problème sera bientôt deux fois plus sévère qu’on ne l’estimait il y a six ans et peut-être pire encore. Ce rapport permet, à l’aide de roulettes colorées, de visualiser les risques que court l’espèce : en les dévoilant, le chercheur principal a déclaré qu’il était hors de question que l’humanité prenne de tels risques — et joue à la roulette, si on ose dire.
C’est pourtant ce qu’on fait. Et les perspectives pour la conclusion de l’indispensable accord minimal que d’aucuns attendaient de la conférence de Copenhague sont bien mauvaises, mauvaises au point où, au moment où je rédige ces lignes, Ban Ki-moon, en désespoir de cause, a convoqué 100 chefs d’États à une séance extraordinaire et en a appelé à leur conscience. Peine perdue. La conférence n’a pas été un succès. Le premier ministre du Canada ne s’y est carrément pas présenté — mon pays est un des pires en matière de contribution au réchauffement de la planète.
La situation, on le voit, est tragique. Mais cette gravissime crise est aussi, il me semble, une occasion en or de faire valoir nos idées, une sorte de Klondike pour tous les chercheurs de l’or de la révolution.
Les causes de cette démente course vers l’abîme
Il y a longtemps que nous autres anarchistes avons déployé, sur de nombreux plans, une forte critique de l’économie de marché. Le moment est propice à rappeler que les événements en cours non seulement confirment ces analyses, mais que celles-ci permettent aussi, hélas, de prédire qu’il y a de fortes chances qu’à en rester dans le cadre de cette économie, nos actuels problèmes sont insolubles.
Je ne veux pas m’étendre ici sur ces thèmes, que tous et toutes ici connaissent bien. Mais n’est-ce pas, plus que jamais en ces heures où la planète surchauffe, le moment de rappeler que le mécanisme du marché incorpore des déficiences unanimement reconnues qui rendent extrêmement problématique la prise en charge de questions comme celle du changement climatique? D’autant qu’il est centré sur les effets à court terme des interactions, ces effets étant eux-mêmes largement réduits à une question de profits ou de pertes? Et encore que le marché tend immanquablement à négliger les effets d’un contrat sur les non-contractants et à en faire ainsi porter par des tiers les effets négatifs (ce qu’on appelle pieusement les «externalités»)? D’expliquer qu’il devient extrêmement difficile dans ce cadre de penser à long terme et de prendre en compte nos petits-enfants (sans rien dire des plus pauvres de nos contemporains, eux qui ont fait le moins pour causer la calamité en cours, mais dont ils souffrent et souffriront le plus)? Et qu’en conséquence, il faut sortir de ce cadre pour espérer éviter le pire?
Considérez Kyoto. Les plus gros pollueurs ayant historiquement été les pays les plus riches, c’est à eux que les plus importants sacrifices (si on peut dire) étaient demandés en 1997 : par exemple, ils devaient en 2012 avoir réduit de 6 à 8%, en moyenne, leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, en 2007, les Etats-Unis les avaient … augmentées de 16% par rapport à 1990!
Considérez encore ce marché du carbone, imaginé à Kyoto, qui se met en place depuis quelques années et qui permet aux pays industrialisés d’obtenir et d’échanger leur quota d’émissions (des crédits-carbones) : en bout de piste, loin d’être un outil de réduction des émissions, ils permettent aux pays riches de continuer à polluer à leur guise . Vadana Shina, qui rapporte les analyses du mécanisme effectuées par le Breakthrough Institute , dit avec raison que l’élaboration de ce marché revient à jouer du violon pendant que Rome flambe.
Tout cela doit être dit, expliqué, diffusé.
Mais nous devons aussi avoir quelque chose de sain et de crédible à proposer en lieu et place : or, j’ai souvent argué qu’une des grandes faiblesses de nos mouvements, qui ont par ailleurs tant d’indéniables qualités, se situe à ce niveau précis. Je redis donc qu’à mon sens, plus que jamais il nous faut travailler à de telles propositions d’alternatives libertaires à mettre en avant.
Par contre, sur ce qu’il convient de faire face aux périls qui nous guettent, notre histoire montre clairement la voie à suivre, loin de tout attentisme et de toute délégation : l’action directe. Et bonne nouvelle: elle qui n’est jamais disparu fait même en ce moment un retour en force. Nous devrions être aux premiers rangs.
L’action directe
Il faut en convenir : les anarchistes n’ont pas le monopole de l’action directe. Mais elle reste bien, selon les mots d’Emma Goldman, « la conséquence logique et consistante » de leurs positions fondatrices. Et c’est pourquoi lorsque j’observe une pratique d’action directe dirigée contre un objectif légitime et menée de manière efficace, festive, inclusive et pédagogique, quelque chose en moi se réjouit et me murmure que tout n’est pas perdu.
En parlant d’action directe, on songera peut-être d’abord à ces multiples cas d’occupation d’usine et de séquestrations de patrons qui ont agité le printemps et l’été français. C’est juste. Mais on songera aussi à des actions comme celle de ces jeunes Anglais qui, cet été, se sont littéralement collés, avec de la vraie colle, au sol de la Royal Bank of Scotland pour protester contre les investissements de l’institution dans les combustibles fossiles.
Car sur le terrain de la lutte contre le réchauffement planétaire, de vastes actions collectives inspirantes ont en effet commencé et un authentique activisme climatique se met en branle. Considérez ce qui se passe en ce moment en Grande Bretagne et qui est en train d’essaimer ailleurs, et notamment au Canada, au Danemark, en France et au Pays-Bas ,à savoir ces diverses actions menées depuis 2006 contre le réchauffement planétaire dans le cadre des Camps for Climate Action.
Longuement préparés par des volontaires opérant sur une base consensuelle, financés par des dons, ces camps se tiennent sur un lieu choisi pour ce qu’il représente sur le plan environnemental et que ciblera en bout de piste l’action principale de la rencontre — tentative de fermeture ou occupation.
Un camp est l’occasion de la tenue de nombreux ateliers d’information et de démonstration, en pratique, de la possibilité d’un mode de vie infiniment moins dommageable pour l’environnement : on y utilise l’énergie solaire, de l’huile de cuisson et des matériaux recyclés, et ainsi de suite. L’action directe donne ainsi à ceux qui agissent de précieux aperçus sur le monde qui pourrait être.
C’est le cas aujourd’hui et ce l’était hier. L’historien Howard Zinn rapporte à ce sujet les propos du maire de Seattle qui, en 1919, fut confronté à une grève générale paralysant la ville : « Il est vrai qu’il n’y a eu ni coups de feu ni bombes ni morts. La révolution peut se passer de violence. La grève générale, telle qu’elle est pratiquée à Seattle est en elle-même l’arme de la révolution, d’autant plus dangereuse qu’elle est pacifique. […] elle met hors service le Gouvernement et c’est là l’élément essentiel de toute révolte, peu importe comment on y parvient ».
Prendre part à tous ces mouvements et à toute cette agitation qui s’annonce en cet automne militant, y être présent en évoquant nos analyses, nos idéaux et nos solutions de rechange est une tâche plus urgente que jamais.
Mais je sais bien que je n’apprends rien à personne en le rappelant. Et pour terminer sur une note d’espoir, on me permettra de citer Voltairine de Cleyre, si chère à mon cœur :«La guerre sociale se poursuivra, malgré toutes les déclarations hystériques de tous ces individus bien intentionnés qui ne comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer ; malgré la peur de tous ces dirigeants timorés ; malgré toutes les revanches que prendront les réactionnaires ; malgré tous les bénéfices matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne se soumet pas. Et que la Vie ne se soumettra pas.»
Libellés :
Monde Libertaire,
Normand Baillageon
lundi, août 17, 2009
JEUX MATHÉMATIQUES
[Toujours pour À Bâbord.]
Trois problèmes de pesées avec une balance à deux plateaux
Vous disposez d’une balance à deux plateaux comme celle-ci et hyper-précise!

1. On vous demande d’y peser des objets lourds de 1 à 40 grammes.
a) Supposons que vous ne pouvez mettre des poids que sur un seul des plateaux de la balance. Quel est le nombre minimal de poids dont vous aurez besoin et combien pèsera chacun d’eux?
b) Supposons cette fois qu’il vous est permis de mettre des poids sur chacun des deux plateaux de la balance. Quel est alors le nombre minimal de poids dont vous aurez besoin et combien pèsera chacun d’eux?
2. On vous montre neuf perles. L’une d’elles est fausse et est légèrement plus lourde que les autres. En combien de pesées au minimum pouvez-vous identifier la fausse perle?
Trois problèmes de pesées avec une balance à deux plateaux
Vous disposez d’une balance à deux plateaux comme celle-ci et hyper-précise!

1. On vous demande d’y peser des objets lourds de 1 à 40 grammes.
a) Supposons que vous ne pouvez mettre des poids que sur un seul des plateaux de la balance. Quel est le nombre minimal de poids dont vous aurez besoin et combien pèsera chacun d’eux?
b) Supposons cette fois qu’il vous est permis de mettre des poids sur chacun des deux plateaux de la balance. Quel est alors le nombre minimal de poids dont vous aurez besoin et combien pèsera chacun d’eux?
2. On vous montre neuf perles. L’une d’elles est fausse et est légèrement plus lourde que les autres. En combien de pesées au minimum pouvez-vous identifier la fausse perle?
Libellés :
À bâbord,
jeu mathématique,
Normand Baillageon
lundi, juillet 27, 2009
vendredi, juin 19, 2009
L’ATHÉISME ET LA LIBRE-PENSÉE … EN VERVE - 3
• La religion est à mes yeux une affaire à prendre au sérieux: elle est une mixture de non sens imposé d’autorité, de misogynie et d’humilité, l’éternelle ennemie de la liberté et du bonheur des êtres humains.
Katha Pollitt (1949-)
• Ils sont arrivés avec une Bible et leur religion, ont volé notre territoire et mutilé nos esprits; à présent ils nous disent que nous devrions les remercier de nous avoir sauvés.
Chef Pontiac (1718-1769)
• Foi : Croyance sans preuve en ce qui est raconté par quelqu’un qui parle sans savoir de ce qu’il ne comprend pas.
• Infidèle : à New York, qui ne croit pas à la religion chrétienne. À Constantinople, qui y croit.
• Prêtre : un homme qui prend en charge notre vie spirituelle afin d’améliorer sa vie matérielle.
• Prier : Demander que les lois de l'univers soient abrogées en faveur d'un suppliant particulier qui, de son propre aveu, est sans mérite.
• Religion : Une fille de l’Espoir et de la Peur qui explique à l’Ignorance la nature de l’Inconnaissable.
Ambrose Gwinett Bierce (1842-1914)
• Le clergé est une compagnie qui a le privilège exclusif de voler par séduction
Helvétius (1715-1771)
• Avant d’aller communier, si vous sucez quelqu’un, n’avalez pas le foutre, vous ne seriez plus à jeun.
• Si vous baisez l’après-midi dans une église de campagne, ne vous lavez pas le cul dans le bénitier. Loin de purifier votre péché, vous l’aggraveriez.
Pierre Louys (1870-1925)
• Si Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser.
Bakounine (1814-1876)
• Le casque aussi bien que la calotte amoindrit le cerveau.
• Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. À croire que Dieu est né rôtisseur.
Victor Hugo (1802-1885)
• Faut pas croire : en comptant tous les dieux, les demi-dieux, quarts de dieux, etc., il y a déjà eu 62 millions de dieux depuis les débuts de l’humanité! Alors les mecs qui pensent que le leur est le seul bon … Ça craint un max!
• Le pape ne croit pas en Dieu; vous avez déjà vu un prestidigitateur qui croit à la magie, vous?
• C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison!
• Y a-t-il une vie après la mort? Seulement Jésus pourrait répondre à cette question. Malheureusement il est mort.
• Un jour, Dieu à dit : Je partage en deux : les riches auront de la nourriture, les pauvres auront de l'appétit.
Coluche (1944-1986)
• Dieu est un fourbe : il donne le double exemple de la fécondation artificielle et de l’adultère en engrossant la femme d’un autre par l’entremise d’un ange messager, et après il interdit l’usage de l’une et de l’autre.
• Dieu est un taquin sadique : il crée les hommes faillibles et il les punit s’ils pêchent.
Cavanna (1923)
• Tout homme sensé ne peut croire ni Dieu, ni enfer, ni esprit, ni diable de la manière qu’on en parle communément.
D’Holbach (1723-1789)
• Croire en dieu équivaut à se tuer. La foi n’est qu’un mode de suicide.
Louis Scutenaire (1905-1987)
• Des siècles durant, les mystiques de l’esprit ont gagné leur vie par un racket de protection : ils ont rendu la vie sur Terre intolérable, puis ont facturé la consolation et le répit.
Ayn Rand (1905-1982)
• La Foi est assez puissante pour immuniser contre la tendance à pardonner, à prendre en pitié et à ressentir des sentiments humains décents. Elle immunise même contre la peur, pour autant que les croyants croient qu’une mort de martyr les enverra directement au paradis. Quelle arme! La Foi religieuse mérite qu’un chapitre lui soit consacré dans les annales de la technologie martiale, au même titre que l’arc, le cheval de guerre, le tank ou la bombe à hydrogène.
Richard Dawkins (1941)
• L’idée de Dieu fut jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence... Nous nions Dieu, nous nions la responsabilité en Dieu : par là seulement nous sauvons le monde.
F. Nietzsche (1844-1900)
• Si vous priez assez longtemps pour de la pluie, elle finira par arriver. La même chose se produit si on ne prie pas.
Steve Allen (1921-2000)
• Pour être bien certain que mon blasphème est entièrement exprimé, j’affirme ici mon opinion que la notion de dieu est un superstition, que rien ne permet d’affirmer l’existence d’un dieu ou de dieux, que les diables, les démons, les anges et les saints sont des mythes, qu’il n’y a pas de vie après la mort, qu’il n’y a pas d’enfer ou de paradis, que le pape est un bigot et un dangereux dinosaure du Moyen Âge et que le Saint esprit est un personnage de bande dessinée qui devrait susciter le rire et la dérision. J’accuse le dieu des chrétiens de meurtre parce qu’il a permis l’holocauste, sans rien dire des nettoyages ethniques qui sont en ce moment même accomplis par des chrétiens dans notre monde, et je condamne et calomnie cette mythique divinité pour son appui au racisme et pour la dégradation des femmes.
James Randi (1928)
• J’ai prié pendant des années et n’ai reçu aucune réponse. Jusqu’au jour où j’ai prié avec mes jambes.
Frederick Douglass, (1818-1895), esclave en fuite
• Deux mains à l’ouvrage font plus que mille qu’on rapproche pour prier.
Anonyme
• Je suis athée parce que rien ne prouve que dieu existe. Et c’est tout ce qu’on devrait avoir à dire : pas de preuve, pas de foi.
Dan Barker (1949)
• Ce qu’on affirme sans preuve peut être nié sans preuve.
Euclide (IV e siècle av. J.C.)
• Je suis athée. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir le dire. Je suis athée depuis des années, mais je trouvais qu’il était en quelque sorte intellectuellement peu respectable de se dire athée puisqu’on faisait alors comme si on était en possession d’un savoir qu’on ne possédait pas. Il était donc préférable de se dire agnostique ou humaniste. Je n’ai toujours pas ce qu’il faudrait pour prouver que dieu n’existe pas, mais je soupçonne fortement que c’est le cas et je ne veux pas perdre mon temps.
Isaac Asimov (1920-1992)
• L'école est la vraie concurrence du temple.
• L'islam est contraire à l'esprit scientifique, hostile au progrès ; il a fait des pays qu'il a conquis un champ fermé à la culture rationnelle de l'esprit.
• Seigneur, s'il y a un Seigneur ; sauvez mon âme, si j'ai une âme.
Ernest Renan (1823-1892)
• Dieu, celui que tout le monde connaît … de nom.
Jules Renard (1864-1910)
• Judaïsme : n.m. religion des juifs, fondée sur la croyance en un Dieu unique, ce qui la distingue de la religion chrétienne, qui s’appuie sur la foi en un seul Dieu, et plus encore de la religion musulmane, résolument monothéiste.
• Si j'étais Dieu, je ferais croire que j'existe.
• Faute avouée est à moitié pardonnée, disait Pie XII à Himmler.
• L’oeil humain est une mécanique merveilleuse dont la réussite parfaite nous conforte dans notre foi en dieu. On regrettera seulement que l’oeil du cochon d’Inde ou du verrat périgourdin bénéficie de la même géniale complexité
Pierre Desproges (1939-1988)
• Allô allô Saint-Père vous m'entendez
athée
A comme absolument athée
T comme totalement athée
H comme hermétiquement athée
E accent aigu comme étonnement athée
E comme entièrement athée
• Les religions ne sont que les trusts des superstitions.
• La théologie, c’est simple comme dieu et dieu font trois.
• Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.
• Une foi est coutume.
• Il y a des gens qui dansent sans entrer en transe et il y en a d'autres qui entrent en transe sans danser. Ce phénomène s'appelle la Transcendance et dans nos régions il est fort apprécié.
Jacques Prévert (1900-1977)
• On n’arrive pas à imaginer des théoriciens évolutionnistes signant un document dans lequel ils promettraient de ne jamais dévier de l’interprétation littérale du texte de De l’origine des espèces, de Charles Darwin.
Michael Ruse (1940-)
• Quiconque me parle de Dieu en veut à ma bourse ou à ma liberté.
Pierre Joseph Proudhon (1809-1865)
• Si j’étais omnipotent et que je disposais de millions d’années pour mener des expérimentations, je ne considèrerais pas que l’Homme, le résultat final de mes efforts, soit une raison de se vanter.
• Mon point de vue sur la religion est le même que Lucrèce. Je la tiens pour une maladie née de la peur et pour une indicible source de misère pour l'espèce humaine. Je ne peux cependant nier qu'elle a contribué à la civilisation. Elle a aidé, il y a longtemps, à établir le calendrier et elle a amené les prêtres égyptiens à rapporter les éclipses avec tant de soins qu'ils devinrent capables de les prédire. Je suis disposé à reconnaître ces deux contributions : mais je n'en connais pas d'autres.
• Si mon souvenir est bon, il n'y a pas dans les Évangiles un seul mot qui vante les vertus de l'intelligence ; sur ce sujet, plus encore que sur bien d'autres, les ministres du culte restent fidèles à l'enseignement des Évangiles.
• On dit souvent que c'est un grand mal de s'attaquer aux religions parce que la religion rend l'homme vertueux. C'est ce qu'on dit ; je ne l'ai jamais observé.
• Si je suggérais qu'entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j'aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j'affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n'est pas tolérable pour la raison humaine d'en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l'existence de cette théière était décrite dans d'anciens livres, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l'école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d'excentricité et vaudrait au sceptique les soins d'un psychiatre à une époque éclairée ou de l'Inquisition en des temps plus anciens.
Bertrand Russell (1872-1970)
Katha Pollitt (1949-)
• Ils sont arrivés avec une Bible et leur religion, ont volé notre territoire et mutilé nos esprits; à présent ils nous disent que nous devrions les remercier de nous avoir sauvés.
Chef Pontiac (1718-1769)
• Foi : Croyance sans preuve en ce qui est raconté par quelqu’un qui parle sans savoir de ce qu’il ne comprend pas.
• Infidèle : à New York, qui ne croit pas à la religion chrétienne. À Constantinople, qui y croit.
• Prêtre : un homme qui prend en charge notre vie spirituelle afin d’améliorer sa vie matérielle.
• Prier : Demander que les lois de l'univers soient abrogées en faveur d'un suppliant particulier qui, de son propre aveu, est sans mérite.
• Religion : Une fille de l’Espoir et de la Peur qui explique à l’Ignorance la nature de l’Inconnaissable.
Ambrose Gwinett Bierce (1842-1914)
• Le clergé est une compagnie qui a le privilège exclusif de voler par séduction
Helvétius (1715-1771)
• Avant d’aller communier, si vous sucez quelqu’un, n’avalez pas le foutre, vous ne seriez plus à jeun.
• Si vous baisez l’après-midi dans une église de campagne, ne vous lavez pas le cul dans le bénitier. Loin de purifier votre péché, vous l’aggraveriez.
Pierre Louys (1870-1925)
• Si Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser.
Bakounine (1814-1876)
• Le casque aussi bien que la calotte amoindrit le cerveau.
• Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. À croire que Dieu est né rôtisseur.
Victor Hugo (1802-1885)
• Faut pas croire : en comptant tous les dieux, les demi-dieux, quarts de dieux, etc., il y a déjà eu 62 millions de dieux depuis les débuts de l’humanité! Alors les mecs qui pensent que le leur est le seul bon … Ça craint un max!
• Le pape ne croit pas en Dieu; vous avez déjà vu un prestidigitateur qui croit à la magie, vous?
• C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison!
• Y a-t-il une vie après la mort? Seulement Jésus pourrait répondre à cette question. Malheureusement il est mort.
• Un jour, Dieu à dit : Je partage en deux : les riches auront de la nourriture, les pauvres auront de l'appétit.
Coluche (1944-1986)
• Dieu est un fourbe : il donne le double exemple de la fécondation artificielle et de l’adultère en engrossant la femme d’un autre par l’entremise d’un ange messager, et après il interdit l’usage de l’une et de l’autre.
• Dieu est un taquin sadique : il crée les hommes faillibles et il les punit s’ils pêchent.
Cavanna (1923)
• Tout homme sensé ne peut croire ni Dieu, ni enfer, ni esprit, ni diable de la manière qu’on en parle communément.
D’Holbach (1723-1789)
• Croire en dieu équivaut à se tuer. La foi n’est qu’un mode de suicide.
Louis Scutenaire (1905-1987)
• Des siècles durant, les mystiques de l’esprit ont gagné leur vie par un racket de protection : ils ont rendu la vie sur Terre intolérable, puis ont facturé la consolation et le répit.
Ayn Rand (1905-1982)
• La Foi est assez puissante pour immuniser contre la tendance à pardonner, à prendre en pitié et à ressentir des sentiments humains décents. Elle immunise même contre la peur, pour autant que les croyants croient qu’une mort de martyr les enverra directement au paradis. Quelle arme! La Foi religieuse mérite qu’un chapitre lui soit consacré dans les annales de la technologie martiale, au même titre que l’arc, le cheval de guerre, le tank ou la bombe à hydrogène.
Richard Dawkins (1941)
• L’idée de Dieu fut jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence... Nous nions Dieu, nous nions la responsabilité en Dieu : par là seulement nous sauvons le monde.
F. Nietzsche (1844-1900)
• Si vous priez assez longtemps pour de la pluie, elle finira par arriver. La même chose se produit si on ne prie pas.
Steve Allen (1921-2000)
• Pour être bien certain que mon blasphème est entièrement exprimé, j’affirme ici mon opinion que la notion de dieu est un superstition, que rien ne permet d’affirmer l’existence d’un dieu ou de dieux, que les diables, les démons, les anges et les saints sont des mythes, qu’il n’y a pas de vie après la mort, qu’il n’y a pas d’enfer ou de paradis, que le pape est un bigot et un dangereux dinosaure du Moyen Âge et que le Saint esprit est un personnage de bande dessinée qui devrait susciter le rire et la dérision. J’accuse le dieu des chrétiens de meurtre parce qu’il a permis l’holocauste, sans rien dire des nettoyages ethniques qui sont en ce moment même accomplis par des chrétiens dans notre monde, et je condamne et calomnie cette mythique divinité pour son appui au racisme et pour la dégradation des femmes.
James Randi (1928)
• J’ai prié pendant des années et n’ai reçu aucune réponse. Jusqu’au jour où j’ai prié avec mes jambes.
Frederick Douglass, (1818-1895), esclave en fuite
• Deux mains à l’ouvrage font plus que mille qu’on rapproche pour prier.
Anonyme
• Je suis athée parce que rien ne prouve que dieu existe. Et c’est tout ce qu’on devrait avoir à dire : pas de preuve, pas de foi.
Dan Barker (1949)
• Ce qu’on affirme sans preuve peut être nié sans preuve.
Euclide (IV e siècle av. J.C.)
• Je suis athée. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir le dire. Je suis athée depuis des années, mais je trouvais qu’il était en quelque sorte intellectuellement peu respectable de se dire athée puisqu’on faisait alors comme si on était en possession d’un savoir qu’on ne possédait pas. Il était donc préférable de se dire agnostique ou humaniste. Je n’ai toujours pas ce qu’il faudrait pour prouver que dieu n’existe pas, mais je soupçonne fortement que c’est le cas et je ne veux pas perdre mon temps.
Isaac Asimov (1920-1992)
• L'école est la vraie concurrence du temple.
• L'islam est contraire à l'esprit scientifique, hostile au progrès ; il a fait des pays qu'il a conquis un champ fermé à la culture rationnelle de l'esprit.
• Seigneur, s'il y a un Seigneur ; sauvez mon âme, si j'ai une âme.
Ernest Renan (1823-1892)
• Dieu, celui que tout le monde connaît … de nom.
Jules Renard (1864-1910)
• Judaïsme : n.m. religion des juifs, fondée sur la croyance en un Dieu unique, ce qui la distingue de la religion chrétienne, qui s’appuie sur la foi en un seul Dieu, et plus encore de la religion musulmane, résolument monothéiste.
• Si j'étais Dieu, je ferais croire que j'existe.
• Faute avouée est à moitié pardonnée, disait Pie XII à Himmler.
• L’oeil humain est une mécanique merveilleuse dont la réussite parfaite nous conforte dans notre foi en dieu. On regrettera seulement que l’oeil du cochon d’Inde ou du verrat périgourdin bénéficie de la même géniale complexité
Pierre Desproges (1939-1988)
• Allô allô Saint-Père vous m'entendez
athée
A comme absolument athée
T comme totalement athée
H comme hermétiquement athée
E accent aigu comme étonnement athée
E comme entièrement athée
• Les religions ne sont que les trusts des superstitions.
• La théologie, c’est simple comme dieu et dieu font trois.
• Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.
• Une foi est coutume.
• Il y a des gens qui dansent sans entrer en transe et il y en a d'autres qui entrent en transe sans danser. Ce phénomène s'appelle la Transcendance et dans nos régions il est fort apprécié.
Jacques Prévert (1900-1977)
• On n’arrive pas à imaginer des théoriciens évolutionnistes signant un document dans lequel ils promettraient de ne jamais dévier de l’interprétation littérale du texte de De l’origine des espèces, de Charles Darwin.
Michael Ruse (1940-)
• Quiconque me parle de Dieu en veut à ma bourse ou à ma liberté.
Pierre Joseph Proudhon (1809-1865)
• Si j’étais omnipotent et que je disposais de millions d’années pour mener des expérimentations, je ne considèrerais pas que l’Homme, le résultat final de mes efforts, soit une raison de se vanter.
• Mon point de vue sur la religion est le même que Lucrèce. Je la tiens pour une maladie née de la peur et pour une indicible source de misère pour l'espèce humaine. Je ne peux cependant nier qu'elle a contribué à la civilisation. Elle a aidé, il y a longtemps, à établir le calendrier et elle a amené les prêtres égyptiens à rapporter les éclipses avec tant de soins qu'ils devinrent capables de les prédire. Je suis disposé à reconnaître ces deux contributions : mais je n'en connais pas d'autres.
• Si mon souvenir est bon, il n'y a pas dans les Évangiles un seul mot qui vante les vertus de l'intelligence ; sur ce sujet, plus encore que sur bien d'autres, les ministres du culte restent fidèles à l'enseignement des Évangiles.
• On dit souvent que c'est un grand mal de s'attaquer aux religions parce que la religion rend l'homme vertueux. C'est ce qu'on dit ; je ne l'ai jamais observé.
• Si je suggérais qu'entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j'aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j'affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n'est pas tolérable pour la raison humaine d'en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l'existence de cette théière était décrite dans d'anciens livres, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l'école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d'excentricité et vaudrait au sceptique les soins d'un psychiatre à une époque éclairée ou de l'Inquisition en des temps plus anciens.
Bertrand Russell (1872-1970)
samedi, juin 06, 2009
INTRODUCTION À L'ÉTHIQUE: LA SCIENCE ET L'ÉTHIQUE (SUITE)
Grues et crochets célestes
Le philosophe Daniel C. Dennett aidera à y voir clair.
Dans l’important livre qu’il a consacré à Darwin (2000), il a proposé de distinguer entre deux paradigmes ou modèles. Le premier repose sur la conviction naturaliste que Darwin a fourni un modèle théorique qui constitue un très singulier «renversement des modes de pensée habituels» et qui permet de comprendre comment, par exemple, il n’est pas nécessaire d’avoir de l’intelligence pour construire une belle machine; qu’un processus qui n’est pas lui-même intelligent et qui ne se fixe pas de but peut néanmoins générer quelque chose qui est intelligent et créatif; ou encore que la conscience, loin d’être l’origine de toute création, en est en fait la résultante, et même une résultante récente.
Ce modèle, qui s’appliquerait bien entendu à l’éthique, peut être pensé comme une accumulation de grues : certes, l’art, la conscience ou l’éthique, pour en rester à ces exemples, sont des réalités qui nous semblent bien éloignées des processus biologiques élémentaires et en ce sens être situés « tout là-haut, dans le ciel »: mais on parvient bien à cette hauteur en partant du sol et en élevant peu à peu, sur des durées très longues, de simples grues montées les unes sur les autres.
Les défenseurs de l’autre modèle constatent eux aussi la présence de ces objets «très haut dans le ciel» : mais ils refusent l’explication par des grues. Dennett suggère qu’ils en sont réduits ou bien à arguer que la naturalisation darwinienne est impossible pour tel ou tel objet ou, pire, à invoquer ce que Dennett appelle des «crochets célestes», des crochets auxquels ces objets sont suspendus — mais en ce cas, évidemment, la question se pose aussitôt de savoir à quoi ces crochets sont eux mêmes rattachés.

La confrontation entre les deux groupes joue simultanément sur de nombreux plans, à la fois scientifiques et idéologiques et concerne notamment la question de l’impact des idéologies sociales et politiques sur, sinon toujours la valeur cognitive des résultats de la science, du moins sur la détermination de ses objets d’étude et l’utilisation qui est faite de ses résultats (1
Elle s’est poursuivie jusqu’à nos jours, chaque camp pouvant avancer des noms prestigieux.
C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, les plus célèbres partisans d’une biologisation des sciences humaines en général, et notamment de l’éthique, sont probablement, de nos jours, E.O. Wilson (1929), le créateur de la sociobiologie et Robert Trivers (1943), à qui on doit le concept d’altruisme réciproque (nous y reviendrons dans le prochain texte de cette série); mais qu’on trouve parmi les opposants à ce programme — ou du moins parmi ses plus sévères critiques — le biologiste et généticien Richard Lewontin (1929), le paléontologiste et créateur de la théorie de l’équilibre intermittent Stephen Jay Gould (1941-2002), ainsi que l’écologiste et mathématicien Richard Levins.
Au Royaume-Uni, l’éthologiste et biologiste Richard Dawkins (1942), connu pour avoir proposé le concept de «gène égoïste», compte parmi les plus célèbres partisans de ce qu’on appelle plus volontiers là-bas la «psychologie évolutionniste»; parmi ses défenseurs, on compte encore W.D. Hamilton (1936-2000), un biologiste qui a mis en évidence le phénomène de la sélection de parentèle (kin selection) et énoncé la célèbre loi qui porte son nom (nous reviendrons également sur ces concepts dans le prochain texte de cette série), ainsi que le biologiste et généticien John Maynard Smith (1920 –2004). Mais leur position a des opposants très en vue, au nombre desquels figure le biologiste Steven Rose (1938) ainsi que l’éthologiste Patrick Bateson (1938).
******************************************************************************************

E.O. Wilson (1929)
Un des moments mémorables de cette guerre des idées s’est produit en 1978, lors d’une réunion de l’American Association for the Advancement of Science durant laquelle E.O . Wilson donne une conférence sur la sociobiologie, cette discipline alors encore toute récente dont il est le créateur.
Dès qu’il commence à parler, une dizaine de membres de l’International Comitee Against Racism s’avance sur la scène en scandant: «Racist Wilson, you can’t hide; we charge you with génocide!» [Wilson le raciste : tu ne peux pas te cacher; nous t’accusons de génocide]. Une femme s’approche alors du conférencier et lui déverse de l’eau sur sa tête.
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Pour mesurer à quel point l’application à l’être humain des idées darwiniennes a pu être et peut encore être polémique, il suffira de se rappeler de cet épisode qu’on a pu appeler le premier péché originel de la biologisation de l’éthique : le darwinisme social.
( À suivre)
Le philosophe Daniel C. Dennett aidera à y voir clair.
Dans l’important livre qu’il a consacré à Darwin (2000), il a proposé de distinguer entre deux paradigmes ou modèles. Le premier repose sur la conviction naturaliste que Darwin a fourni un modèle théorique qui constitue un très singulier «renversement des modes de pensée habituels» et qui permet de comprendre comment, par exemple, il n’est pas nécessaire d’avoir de l’intelligence pour construire une belle machine; qu’un processus qui n’est pas lui-même intelligent et qui ne se fixe pas de but peut néanmoins générer quelque chose qui est intelligent et créatif; ou encore que la conscience, loin d’être l’origine de toute création, en est en fait la résultante, et même une résultante récente.
Ce modèle, qui s’appliquerait bien entendu à l’éthique, peut être pensé comme une accumulation de grues : certes, l’art, la conscience ou l’éthique, pour en rester à ces exemples, sont des réalités qui nous semblent bien éloignées des processus biologiques élémentaires et en ce sens être situés « tout là-haut, dans le ciel »: mais on parvient bien à cette hauteur en partant du sol et en élevant peu à peu, sur des durées très longues, de simples grues montées les unes sur les autres.
Les défenseurs de l’autre modèle constatent eux aussi la présence de ces objets «très haut dans le ciel» : mais ils refusent l’explication par des grues. Dennett suggère qu’ils en sont réduits ou bien à arguer que la naturalisation darwinienne est impossible pour tel ou tel objet ou, pire, à invoquer ce que Dennett appelle des «crochets célestes», des crochets auxquels ces objets sont suspendus — mais en ce cas, évidemment, la question se pose aussitôt de savoir à quoi ces crochets sont eux mêmes rattachés.
La confrontation entre les deux groupes joue simultanément sur de nombreux plans, à la fois scientifiques et idéologiques et concerne notamment la question de l’impact des idéologies sociales et politiques sur, sinon toujours la valeur cognitive des résultats de la science, du moins sur la détermination de ses objets d’étude et l’utilisation qui est faite de ses résultats (1
Elle s’est poursuivie jusqu’à nos jours, chaque camp pouvant avancer des noms prestigieux.
C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, les plus célèbres partisans d’une biologisation des sciences humaines en général, et notamment de l’éthique, sont probablement, de nos jours, E.O. Wilson (1929), le créateur de la sociobiologie et Robert Trivers (1943), à qui on doit le concept d’altruisme réciproque (nous y reviendrons dans le prochain texte de cette série); mais qu’on trouve parmi les opposants à ce programme — ou du moins parmi ses plus sévères critiques — le biologiste et généticien Richard Lewontin (1929), le paléontologiste et créateur de la théorie de l’équilibre intermittent Stephen Jay Gould (1941-2002), ainsi que l’écologiste et mathématicien Richard Levins.
Au Royaume-Uni, l’éthologiste et biologiste Richard Dawkins (1942), connu pour avoir proposé le concept de «gène égoïste», compte parmi les plus célèbres partisans de ce qu’on appelle plus volontiers là-bas la «psychologie évolutionniste»; parmi ses défenseurs, on compte encore W.D. Hamilton (1936-2000), un biologiste qui a mis en évidence le phénomène de la sélection de parentèle (kin selection) et énoncé la célèbre loi qui porte son nom (nous reviendrons également sur ces concepts dans le prochain texte de cette série), ainsi que le biologiste et généticien John Maynard Smith (1920 –2004). Mais leur position a des opposants très en vue, au nombre desquels figure le biologiste Steven Rose (1938) ainsi que l’éthologiste Patrick Bateson (1938).
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E.O. Wilson (1929)
Un des moments mémorables de cette guerre des idées s’est produit en 1978, lors d’une réunion de l’American Association for the Advancement of Science durant laquelle E.O . Wilson donne une conférence sur la sociobiologie, cette discipline alors encore toute récente dont il est le créateur.
Dès qu’il commence à parler, une dizaine de membres de l’International Comitee Against Racism s’avance sur la scène en scandant: «Racist Wilson, you can’t hide; we charge you with génocide!» [Wilson le raciste : tu ne peux pas te cacher; nous t’accusons de génocide]. Une femme s’approche alors du conférencier et lui déverse de l’eau sur sa tête.
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Pour mesurer à quel point l’application à l’être humain des idées darwiniennes a pu être et peut encore être polémique, il suffira de se rappeler de cet épisode qu’on a pu appeler le premier péché originel de la biologisation de l’éthique : le darwinisme social.
( À suivre)
Libellés :
Normand Baillageon,
Québec sceptique,
science et éthique
vendredi, juin 05, 2009
BLAGUES PAR AUTORÉFÉRENCE CONTRADICTOIRE
[Un possible encadré pour mon texte sur Humour et mathématiques. Est-ce le bon titre? Sont-elles bonnes et pertinentes? En connaissez-vous d'autres?Commentaires bienvenus.]
***
Des problèmes avec les mathématiques?
Appelez :
1-800-[(10x)(13i)^2]-[sin(xy)/2.362x].
***
Le saviez-vous? 87, 22369% des données statistiques prétendent parvenir à un degré de précision que les méthodes utilisées ne permettent pas de garantir.
***
— Je n’accepterais jamais d’être membre d’un club qui voudrait de moi comme membre.
—Tels sont mes principes : et si vous en les aimez pas, j’en ai d’autres.
(Groucho Marx)
***
Le sondeur : — Connaissez-vous le degré d’ignorance et de désintérêt du public pour les affaires publiques? Qu’en pensez-vous?
Le sondé : — Je l’ignore et je m’en fous.
***
Des problèmes avec les mathématiques?
Appelez :
1-800-[(10x)(13i)^2]-[sin(xy)/2.362x].
***
Le saviez-vous? 87, 22369% des données statistiques prétendent parvenir à un degré de précision que les méthodes utilisées ne permettent pas de garantir.
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— Je n’accepterais jamais d’être membre d’un club qui voudrait de moi comme membre.
—Tels sont mes principes : et si vous en les aimez pas, j’en ai d’autres.
(Groucho Marx)
***
Le sondeur : — Connaissez-vous le degré d’ignorance et de désintérêt du public pour les affaires publiques? Qu’en pensez-vous?
Le sondé : — Je l’ignore et je m’en fous.
Libellés :
Humour et mathématiques,
Normand Baillageon
mercredi, mai 06, 2009
lundi, avril 06, 2009
LANCEMENT D'À BÂBORD, # 29
J'y serai!
Lancement de la revue À bâbord ! (# 29 -- avril/mai 2009)
le jeudi 9 avril de 18h à 21h.
au Bar populaire
6546 rue St-Laurent
entre Beaubien et St-Zotique
[métro Beaubien ou autobus 55, rue St-Laurent]
Dossier : Le Saint-Laurent en eaux troubles
coordonné par Sophie Vaillancourt et Normand Baillargeon
En cette année du 50e anniversaire de la Voie maritime du Saint-Laurent,
inaugurée en 1959, la majestuosité du célèbre fleuve masque sa santé
déclinante et son omniprésence dans le paysage québécois n'a d'égale que
l'ignorance des problèmes qui l'accablent.
La construction de la Voie maritime a entraîné le déplacement de milliers de
personnes et inondé des villages entiers. Alors que le contrôle de son débit
fera l'objet d'un rapport important de la Commission mixte internationale en
juin 2009, il est urgent de se pencher sur le sort du fleuve. Outre le
projet de port méthanier à Rabaska, le Saint-Laurent pâtit également des
déversements des rivières remplies de purin de porc, de produits chimiques
et de sédiments provenant de l'érosion des berges qu'on refuse de protéger.
Lancement de la revue À bâbord ! (# 29 -- avril/mai 2009)
le jeudi 9 avril de 18h à 21h.
au Bar populaire
6546 rue St-Laurent
entre Beaubien et St-Zotique
[métro Beaubien ou autobus 55, rue St-Laurent]
Dossier : Le Saint-Laurent en eaux troubles
coordonné par Sophie Vaillancourt et Normand Baillargeon
En cette année du 50e anniversaire de la Voie maritime du Saint-Laurent,
inaugurée en 1959, la majestuosité du célèbre fleuve masque sa santé
déclinante et son omniprésence dans le paysage québécois n'a d'égale que
l'ignorance des problèmes qui l'accablent.
La construction de la Voie maritime a entraîné le déplacement de milliers de
personnes et inondé des villages entiers. Alors que le contrôle de son débit
fera l'objet d'un rapport important de la Commission mixte internationale en
juin 2009, il est urgent de se pencher sur le sort du fleuve. Outre le
projet de port méthanier à Rabaska, le Saint-Laurent pâtit également des
déversements des rivières remplies de purin de porc, de produits chimiques
et de sédiments provenant de l'érosion des berges qu'on refuse de protéger.
Libellés :
À bâbord,
Fleuve St-Laurent,
Normand Baillageon,
Sophie Vaillancourt
dimanche, avril 05, 2009
SOCRATE, IRONISTE
[Ce qui suit est le premier jet d'un encadré pour le prochain volume — après Le hockey et la philosophie — de la collection Quand la Philosophie fait Pop, lequel sera consacré à l'humour. Commentaires — et corrections: je me suis à peine relu — bienvenus].
Socrate, cette figure de proue de la philosophie occidentale, celui dont la vie même en signale le véritable commencement, celui dont la mort reste emblématique des persécutions qu’on peut encourir à penser librement et à dire non, Socrate, le sait-on?, n’a rien écrit.
C’est Platon, qui fut au nombre de ces jeunes gens qui s’attachèrent au vieil home déambulant dans Athènes pour interroger les uns et les autres sur ce qu’il prétendaient savoir, qui mit Socrate en scène dans ses Dialogues et en fit ainsi l’emblème que l’on connaît.
Platon a certainement magnifié son maître et, le temps passant, Socrate devient très certainement, peu à peu, dans les Dialogues, le simple porte-voix des idées de son sur-doué disciple. Où termine le Socrate réel et où commence le Socrate platonicien? Répondre à cette question, c’est affronter ce que les philosophes appellent le «problème de Socrate». Passons outre et attardons-nous simplement au Socrate de la tradition.
Un de ses amis ayant consulté la Pythie, l'Oracle de Delphes, et appris d’elle que Socrate serait le plus sage des hommes, rapporte cette réponse à Socrate, qui en est très étonné : comment est-ce possible alors qu’il ne sait rien? Comment peut-il être le plus sage, alors que tant de gens assurent savoir ou sont simplement engagés dans des activités qui supposent un savoir?
Socrate va s'efforcer d'élucider cette énigme : le voici donc au milieu des hommes, sur la place publique, questionnant chacun sur ses activités ordinaires et quotidiennes et sur le savoir dont ils se réclament ou qu'elles présupposent. Le questionneur propose une réponse et Socrate l’examine et la réfute. Une nouvelle définition est alors mise de l’avant, et le processus recommence. Socrate interroge de la sorte le sculpteur sur la beauté, le militaire sur le courage, le sophiste sur la vertu et sur l'éducation, le politique sur la justice et ainsi de suite.
Cette méthode socratique, appelée elenchos, cherche à produire des concepts : il s’agit d’éprouver une opinion et dégager de l'examen de cas particuliers une définition universelle. En s’y adonnant, Socrate découvrira le sens de l'oracle : s’il est le plus sage, c’est parce qu'il sait qu'il ne sait rien : tandis que les autres croient savoir ce qu'ils ne savent pas.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la célèbre ironie socratique. Le mot ironie vient du grec eironeia, qui signifie «feinte ignorance». Socrate fait le modeste devant la personne qu’il s’apprête à interroger : elle sait tant de choses alors que lui est si ignare! Va-t-elle daigner l’instruire? Sûre d’elle, cette personne avance une définition. Socrate feint d’être ébloui, mais remarque une toute petite chose qui le chicote. Il formule donc une première objection, à laquelle l’interrogé va répondre. Il y en aura de nombreuses autres.
Peu à peu, notre supposé savant est empêtré dans des contradictions dont il ne pourra se sortir qu’en avouant qu’il ne sait pas.
Le type d’humour que produit l’ironie socratique est singulier.
Pour commencer, l’ironie peut échapper — et de fait, quand Socrate la pratique, elle échappe, parfois longuement — à ses victimes, qui ne voient d’abord pas qu’on se joue d’eux. Sa drôlerie augmente d’ailleurs, à tout le moins pour nous, spectateurs, à proportion que les victimes ignorent leur sort.
Ensuite, Socrate, en pratiquant l’ironie, parvient à faire tomber le masque de faux sérieux et de vraie prétention de ses adversaires, qui sont en certains cas de dangereux démagogues. L’ironique socratique est une salubre et décapante ascèse intellectuelle, qui enlève unes à unes toutes les barrières sociales et idéologiques derrière lesquelles se cachent volontiers les importants et les met ainsi à nu, face au monde, certes, mais surtout face à eux-mêmes.
Il y a enfin, pour Socrate, une manière de morale philosophique à cet exercice : confronté à son ignorance, débarrassé de ses fausse certitudes et de ses opinions que rien ne justifie, la victime de Socrate, certes secouée, est désormais prête à s’engager sur la voie de la vraie recherche et de la philosophie. En ce sens, l’ironie socratique est, ironiquement, une affaire très sérieuse!
Je terminerai comme il se doit en donnant un échantillon d’ironie socratique. J’ai choisi un texte qui me semble être d’une brûlante actualité et dans lequel le philosophe fait mine de se trouver d’accord avec son interlocuteur pour vanter le sort de ceux qui meurent à la guerre.
Écoutons-le :
— Certes, Ménexène, c'est pour plus d'une raison qu'il est beau de mourir dans les combats. Celui qui perd ainsi la vie, quelque pauvre qu'il soit, obtient des obsèques pompeuses et magnifiques; et fût-il sans mérite, il est sûr d'un éloge public, fait par des hommes habiles qui ne se fient pas à l'inspiration du hasard, mais qui composent leurs discours longtemps à l'avance, admirables panégyristes qui célébrant les qualités qu'on a et celles qu'on n'a pas, embellissant tout ce qu'ils touchent, enchantent nos âmes par les éloges de toute espèce qu'ils prodiguent à la république, et à ceux qui sont morts dans la guerre, et à tous nos ancêtres, et enfin à nous-mêmes, qui vivons encore. Aussi, Ménexène, leurs louanges me donnent une grande opinion de moi-même, et toutes les fois que je les écoute, je m'estime aussitôt plus grand, meilleur et plus vertueux. Souvent des étrangers m'accompagnent : ils écoutent, et à l'instant même je leur semble plus respectable ; ils paraissent absolument partager mes sentiments et pour moi-même et pour un pays qui n'est pas le leur; entraînés par l'orateur, ils le trouvent bien plus admirable qu'auparavant. Pour moi, cette exaltation me reste plus de trois jours ; l'harmonie du discours, et la voix de celui qui l'a prononcé, sont tellement dans mon oreille, qu'à peine le quatrième ou le cinquième jour je parviens à me reconnaître et à savoir où j'en suis : jusque-là je crois presque habiter les îles Fortunées, tant nos orateurs sont habiles ! (Ménexène, 234c- 235c)
Socrate, cette figure de proue de la philosophie occidentale, celui dont la vie même en signale le véritable commencement, celui dont la mort reste emblématique des persécutions qu’on peut encourir à penser librement et à dire non, Socrate, le sait-on?, n’a rien écrit.
C’est Platon, qui fut au nombre de ces jeunes gens qui s’attachèrent au vieil home déambulant dans Athènes pour interroger les uns et les autres sur ce qu’il prétendaient savoir, qui mit Socrate en scène dans ses Dialogues et en fit ainsi l’emblème que l’on connaît.
Platon a certainement magnifié son maître et, le temps passant, Socrate devient très certainement, peu à peu, dans les Dialogues, le simple porte-voix des idées de son sur-doué disciple. Où termine le Socrate réel et où commence le Socrate platonicien? Répondre à cette question, c’est affronter ce que les philosophes appellent le «problème de Socrate». Passons outre et attardons-nous simplement au Socrate de la tradition.
Un de ses amis ayant consulté la Pythie, l'Oracle de Delphes, et appris d’elle que Socrate serait le plus sage des hommes, rapporte cette réponse à Socrate, qui en est très étonné : comment est-ce possible alors qu’il ne sait rien? Comment peut-il être le plus sage, alors que tant de gens assurent savoir ou sont simplement engagés dans des activités qui supposent un savoir?
Socrate va s'efforcer d'élucider cette énigme : le voici donc au milieu des hommes, sur la place publique, questionnant chacun sur ses activités ordinaires et quotidiennes et sur le savoir dont ils se réclament ou qu'elles présupposent. Le questionneur propose une réponse et Socrate l’examine et la réfute. Une nouvelle définition est alors mise de l’avant, et le processus recommence. Socrate interroge de la sorte le sculpteur sur la beauté, le militaire sur le courage, le sophiste sur la vertu et sur l'éducation, le politique sur la justice et ainsi de suite.
Cette méthode socratique, appelée elenchos, cherche à produire des concepts : il s’agit d’éprouver une opinion et dégager de l'examen de cas particuliers une définition universelle. En s’y adonnant, Socrate découvrira le sens de l'oracle : s’il est le plus sage, c’est parce qu'il sait qu'il ne sait rien : tandis que les autres croient savoir ce qu'ils ne savent pas.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la célèbre ironie socratique. Le mot ironie vient du grec eironeia, qui signifie «feinte ignorance». Socrate fait le modeste devant la personne qu’il s’apprête à interroger : elle sait tant de choses alors que lui est si ignare! Va-t-elle daigner l’instruire? Sûre d’elle, cette personne avance une définition. Socrate feint d’être ébloui, mais remarque une toute petite chose qui le chicote. Il formule donc une première objection, à laquelle l’interrogé va répondre. Il y en aura de nombreuses autres.
Peu à peu, notre supposé savant est empêtré dans des contradictions dont il ne pourra se sortir qu’en avouant qu’il ne sait pas.
Le type d’humour que produit l’ironie socratique est singulier.
Pour commencer, l’ironie peut échapper — et de fait, quand Socrate la pratique, elle échappe, parfois longuement — à ses victimes, qui ne voient d’abord pas qu’on se joue d’eux. Sa drôlerie augmente d’ailleurs, à tout le moins pour nous, spectateurs, à proportion que les victimes ignorent leur sort.
Ensuite, Socrate, en pratiquant l’ironie, parvient à faire tomber le masque de faux sérieux et de vraie prétention de ses adversaires, qui sont en certains cas de dangereux démagogues. L’ironique socratique est une salubre et décapante ascèse intellectuelle, qui enlève unes à unes toutes les barrières sociales et idéologiques derrière lesquelles se cachent volontiers les importants et les met ainsi à nu, face au monde, certes, mais surtout face à eux-mêmes.
Il y a enfin, pour Socrate, une manière de morale philosophique à cet exercice : confronté à son ignorance, débarrassé de ses fausse certitudes et de ses opinions que rien ne justifie, la victime de Socrate, certes secouée, est désormais prête à s’engager sur la voie de la vraie recherche et de la philosophie. En ce sens, l’ironie socratique est, ironiquement, une affaire très sérieuse!
Je terminerai comme il se doit en donnant un échantillon d’ironie socratique. J’ai choisi un texte qui me semble être d’une brûlante actualité et dans lequel le philosophe fait mine de se trouver d’accord avec son interlocuteur pour vanter le sort de ceux qui meurent à la guerre.
Écoutons-le :
— Certes, Ménexène, c'est pour plus d'une raison qu'il est beau de mourir dans les combats. Celui qui perd ainsi la vie, quelque pauvre qu'il soit, obtient des obsèques pompeuses et magnifiques; et fût-il sans mérite, il est sûr d'un éloge public, fait par des hommes habiles qui ne se fient pas à l'inspiration du hasard, mais qui composent leurs discours longtemps à l'avance, admirables panégyristes qui célébrant les qualités qu'on a et celles qu'on n'a pas, embellissant tout ce qu'ils touchent, enchantent nos âmes par les éloges de toute espèce qu'ils prodiguent à la république, et à ceux qui sont morts dans la guerre, et à tous nos ancêtres, et enfin à nous-mêmes, qui vivons encore. Aussi, Ménexène, leurs louanges me donnent une grande opinion de moi-même, et toutes les fois que je les écoute, je m'estime aussitôt plus grand, meilleur et plus vertueux. Souvent des étrangers m'accompagnent : ils écoutent, et à l'instant même je leur semble plus respectable ; ils paraissent absolument partager mes sentiments et pour moi-même et pour un pays qui n'est pas le leur; entraînés par l'orateur, ils le trouvent bien plus admirable qu'auparavant. Pour moi, cette exaltation me reste plus de trois jours ; l'harmonie du discours, et la voix de celui qui l'a prononcé, sont tellement dans mon oreille, qu'à peine le quatrième ou le cinquième jour je parviens à me reconnaître et à savoir où j'en suis : jusque-là je crois presque habiter les îles Fortunées, tant nos orateurs sont habiles ! (Ménexène, 234c- 235c)
jeudi, mars 05, 2009
ALBERT EINSTEIN (1879-1955), PHYSICIEN ET REBELLE (1/8)
[Portrait d'Einstein en penseur critique paru dans Québec Sceptique] Contactez-moi si vous souhaitez le reproduire. il paraît ici sans les notes de bas de page.
***
L’homme qui a révolutionné la physique fut aussi un militant socialiste, pacifiste et anti-raciste profondément engagé dans les combats de son temps.
***
Esquissez des cheveux en broussaille, une moustache tombante, des yeux doux et il y a de fortes chances que l’on reconnaîtra Albert Einstein dans votre croquis, même malhabile.
Ou encore, écrivez simplement: E = ?. Il y a fort à parier que vos interlocuteurs compléteront: Mc2.— même s’ils n’ont aucune idée précise de ce que cela peut signifier.
Telles sont les renommées d’Einstein et de cette formule qu’on lui doit : tous deux sont devenus des icônes de la science et de l’intelligence humaine.
En 2000, l’organisation CSICOP (Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal) publiait sa liste des 10 plus éminents sceptiques du XX ème siècle. Einstein y figurait. Ce choix était légitime : tout le monde convient en effet non seulement que la physique n’a plus été la même après Einstein, mais aussi de ce qu’il a fallu d’audace intellectuelle et d’esprit critique devant les idées reçues pour concevoir et soutenir les idées qu’il a avancées. Dans le présent texte, je parlerai donc, comme il se doit, des audacieuses avancées conceptuelles d’Einstein, qui ont révolutionné la physique.
Mais il y a un deuxième Einstein, étrangement méconnu. Socialiste et pacifiste, celui-ci s’intéresse à de graves problèmes et enjeux sociaux, politiques et économiques. Mais voilà : il est généralement passé sous silence lorsqu’on fait l’éloge de la profondeur de la pensée d’Einstein, de sa rigueur et de son courage intellectuels — compliments qu’on réserve au seul physicien. Pourtant, les mêmes vertus caractérisent la pensée et les engagements du militant et complètent le tableau du penseur critique et sceptique que fut Albert Einstein, en nous donnant à voir, par-delà la légende du savant distrait et inattentif à ce qui se passe autour de lui, un être humain complexe, passionnément impliqué dans les débats de son temps et avide de justice sociale.
*
Dans les pages qui suivent, je voudrais montrer ces deux aspects, à mon sens indissociables et complémentaires, de la riche personnalité d’Einstein.
Voici comment je vais procéder.
Je commencerai par rapidement rappeler quelques indications biographiques qui nous conduiront à la fameuse année 1905.
Je consacrerai alors un assez substantiel développement à un des joyaux de la production d’Einstein cette année-là, la théorie de la Relativité restreinte. Je me suis efforcé de rendre claires et compréhensibles les idées essentielles de cette théorie sans utiliser d’outillage mathématique.
Les deux sections suivantes concernent elles aussi les idées scientifiques d’Einstein : mais j’en traiterai cette fois de manière beaucoup plus sommaire. La première section évoque la théorie de la Relativité générale; la deuxième rappelle sa défense du réalisme durant sa longue querelle avec les tenants de l’interprétation de Copenhague de la MQ en général et avec Niels Bohr en particulier.
La dernière partie de ce texte est consacrée au militant et au penseur politique.
De Ulm à Zurich
Albert Einstein est né à Ulm, en Allemagne, le 14 mars 1879, au sein d’une famille juive non pratiquante appartenant à la moyenne bourgeoisie d’affaires. Il est amusant de noter que la devise de cette ville est : «Les gens d’Ulm sont des mathématiciens». Dès l’année suivante, la famille part à Munich, où le père va tenter sa chance en lançant une nouvelle entreprise.
Le petit Albert ne parlera que très tardivement et s’en expliquera, adulte, en disant qu’il désirait former des phrases parfaites dans sa tête avant de les prononcer. Il a environ cinq ans quand son père lui montre une boussole : l’objet mystérieux produit sur lui un très profond effet.
En 1885, il commence à apprendre le violon — un instrument dont il jouera toute sa vie, allant même parfois jusqu’à se produire en spectacle pour venir en aide à certaines causes qui lui étaient chères — et entre à l’école. Mais il découvre un système scolaire autoritariste où règne une discipline de fer et qui met un accent excessif sur la mémoire: bien que bon élève, Einstein détestera profondément ces années scolaires.
D’autant que, tous les témoignages le confirment, il sera très jeune animé de ce virulent anti-militarisme qui ne le quittera plus. En anticipant sur la dernière partie de cet article, citons déjà ce passage, immensément célèbre, qu’il écrira des années plus tard :
[…] la pire des institutions grégaire est l’armée, que je haïs. Qu’un homme puisse éprouver du plaisir à défiler en rang au son d'une musique suffit pour que je le méprise. Ce ne peut être que par erreur qu’il a reçu un cerveau : une moelle épinière lui aurait amplement suffi. Nous devrions abolir le plus vite possible cette plaie de la civilisation. Héroïsme sur commande, violence démente, répugnantes bêtises qui circulent sous le nom de patriotisme : avec quelle passion je vous exècre! La guerre est une institution ignoble et abjecte et je préfèrerais me faire découper en morceaux plutôt que de prendre part à cette abomination .
Si l’école lui déplaît, le jeune Einstein a cependant la chance de trouver, à la maison, la nourriture intellectuelle dont il est affamé. Alors qu’il a dix ans, un jeune et pauvre étudiant en médecine appelé Max Tamley et auquel les Einstein viennent en aide, lui offre des ouvrages de vulgarisation scientifique : ceux-ci l’enchantent littéralement. Puis, son oncle Jacob, qui a commencé à lui enseigner l’algèbre, lui fait cadeau d’un ouvrage de géométrie. Le jeune Albert s’y plonge avec passion et, dès l’âge de 12 ans, il étudie seul le calcul différentiel et intégral. À 13 ans, avec l’aide de Tamley, il lit Emmanuel Kant et découvre les conceptions du philosophe sur l’espace et le temps, données pour les formes a priori de notre sensibilité.
De la même époque datent l’éloignement de la religion, la découverte de la libre-pensée, ainsi que le développement d’une méfiance critique à l’endroit du politique. Ces trois traits de caractère resteront permanents chez lui. Dans des notes autobiographiques publiées quand il a 67 ans, il racontera:
Par la lecture d’ouvrages de vulgarisation scientifique, j'eus bientôt eu la conviction que bien des choses dans les histoires de la Bible ne pouvaient pas être vraies. Cela m’a donné un véritable et frénétique appétit pour la libre-pensée accompagné de l'impression que l'État trompe sciemment la jeunesse par des mensonges. Cette impression était écrasante. Cette expérience m'a amené à me méfier de toutes les formes d'autorité et à considérer avec scepticisme les convictions qu’on entretient dans quelque milieu social que ce soit: cette attitude ne m'a jamais quitté […] .
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L’homme qui a révolutionné la physique fut aussi un militant socialiste, pacifiste et anti-raciste profondément engagé dans les combats de son temps.
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Esquissez des cheveux en broussaille, une moustache tombante, des yeux doux et il y a de fortes chances que l’on reconnaîtra Albert Einstein dans votre croquis, même malhabile.
Ou encore, écrivez simplement: E = ?. Il y a fort à parier que vos interlocuteurs compléteront: Mc2.— même s’ils n’ont aucune idée précise de ce que cela peut signifier.
Telles sont les renommées d’Einstein et de cette formule qu’on lui doit : tous deux sont devenus des icônes de la science et de l’intelligence humaine.
En 2000, l’organisation CSICOP (Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal) publiait sa liste des 10 plus éminents sceptiques du XX ème siècle. Einstein y figurait. Ce choix était légitime : tout le monde convient en effet non seulement que la physique n’a plus été la même après Einstein, mais aussi de ce qu’il a fallu d’audace intellectuelle et d’esprit critique devant les idées reçues pour concevoir et soutenir les idées qu’il a avancées. Dans le présent texte, je parlerai donc, comme il se doit, des audacieuses avancées conceptuelles d’Einstein, qui ont révolutionné la physique.
Mais il y a un deuxième Einstein, étrangement méconnu. Socialiste et pacifiste, celui-ci s’intéresse à de graves problèmes et enjeux sociaux, politiques et économiques. Mais voilà : il est généralement passé sous silence lorsqu’on fait l’éloge de la profondeur de la pensée d’Einstein, de sa rigueur et de son courage intellectuels — compliments qu’on réserve au seul physicien. Pourtant, les mêmes vertus caractérisent la pensée et les engagements du militant et complètent le tableau du penseur critique et sceptique que fut Albert Einstein, en nous donnant à voir, par-delà la légende du savant distrait et inattentif à ce qui se passe autour de lui, un être humain complexe, passionnément impliqué dans les débats de son temps et avide de justice sociale.
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Dans les pages qui suivent, je voudrais montrer ces deux aspects, à mon sens indissociables et complémentaires, de la riche personnalité d’Einstein.
Voici comment je vais procéder.
Je commencerai par rapidement rappeler quelques indications biographiques qui nous conduiront à la fameuse année 1905.
Je consacrerai alors un assez substantiel développement à un des joyaux de la production d’Einstein cette année-là, la théorie de la Relativité restreinte. Je me suis efforcé de rendre claires et compréhensibles les idées essentielles de cette théorie sans utiliser d’outillage mathématique.
Les deux sections suivantes concernent elles aussi les idées scientifiques d’Einstein : mais j’en traiterai cette fois de manière beaucoup plus sommaire. La première section évoque la théorie de la Relativité générale; la deuxième rappelle sa défense du réalisme durant sa longue querelle avec les tenants de l’interprétation de Copenhague de la MQ en général et avec Niels Bohr en particulier.
La dernière partie de ce texte est consacrée au militant et au penseur politique.
De Ulm à Zurich
Albert Einstein est né à Ulm, en Allemagne, le 14 mars 1879, au sein d’une famille juive non pratiquante appartenant à la moyenne bourgeoisie d’affaires. Il est amusant de noter que la devise de cette ville est : «Les gens d’Ulm sont des mathématiciens». Dès l’année suivante, la famille part à Munich, où le père va tenter sa chance en lançant une nouvelle entreprise.
Le petit Albert ne parlera que très tardivement et s’en expliquera, adulte, en disant qu’il désirait former des phrases parfaites dans sa tête avant de les prononcer. Il a environ cinq ans quand son père lui montre une boussole : l’objet mystérieux produit sur lui un très profond effet.
En 1885, il commence à apprendre le violon — un instrument dont il jouera toute sa vie, allant même parfois jusqu’à se produire en spectacle pour venir en aide à certaines causes qui lui étaient chères — et entre à l’école. Mais il découvre un système scolaire autoritariste où règne une discipline de fer et qui met un accent excessif sur la mémoire: bien que bon élève, Einstein détestera profondément ces années scolaires.
D’autant que, tous les témoignages le confirment, il sera très jeune animé de ce virulent anti-militarisme qui ne le quittera plus. En anticipant sur la dernière partie de cet article, citons déjà ce passage, immensément célèbre, qu’il écrira des années plus tard :
[…] la pire des institutions grégaire est l’armée, que je haïs. Qu’un homme puisse éprouver du plaisir à défiler en rang au son d'une musique suffit pour que je le méprise. Ce ne peut être que par erreur qu’il a reçu un cerveau : une moelle épinière lui aurait amplement suffi. Nous devrions abolir le plus vite possible cette plaie de la civilisation. Héroïsme sur commande, violence démente, répugnantes bêtises qui circulent sous le nom de patriotisme : avec quelle passion je vous exècre! La guerre est une institution ignoble et abjecte et je préfèrerais me faire découper en morceaux plutôt que de prendre part à cette abomination .
Si l’école lui déplaît, le jeune Einstein a cependant la chance de trouver, à la maison, la nourriture intellectuelle dont il est affamé. Alors qu’il a dix ans, un jeune et pauvre étudiant en médecine appelé Max Tamley et auquel les Einstein viennent en aide, lui offre des ouvrages de vulgarisation scientifique : ceux-ci l’enchantent littéralement. Puis, son oncle Jacob, qui a commencé à lui enseigner l’algèbre, lui fait cadeau d’un ouvrage de géométrie. Le jeune Albert s’y plonge avec passion et, dès l’âge de 12 ans, il étudie seul le calcul différentiel et intégral. À 13 ans, avec l’aide de Tamley, il lit Emmanuel Kant et découvre les conceptions du philosophe sur l’espace et le temps, données pour les formes a priori de notre sensibilité.
De la même époque datent l’éloignement de la religion, la découverte de la libre-pensée, ainsi que le développement d’une méfiance critique à l’endroit du politique. Ces trois traits de caractère resteront permanents chez lui. Dans des notes autobiographiques publiées quand il a 67 ans, il racontera:
Par la lecture d’ouvrages de vulgarisation scientifique, j'eus bientôt eu la conviction que bien des choses dans les histoires de la Bible ne pouvaient pas être vraies. Cela m’a donné un véritable et frénétique appétit pour la libre-pensée accompagné de l'impression que l'État trompe sciemment la jeunesse par des mensonges. Cette impression était écrasante. Cette expérience m'a amené à me méfier de toutes les formes d'autorité et à considérer avec scepticisme les convictions qu’on entretient dans quelque milieu social que ce soit: cette attitude ne m'a jamais quitté […] .
Libellés :
Albert Einstein,
Normand Baillageon,
penseurs critiques,
Québec sceptique
vendredi, février 20, 2009
QUAND LES CANADIENS FONT DU MATÉRIEL PÉDAGOGIQUE AVEC LA BÉNÉDICTION DU MELS
Quand j'ai été sur le site du matériel pédagogique des Canadiens (sic!), j'ai trouvé un erreur en mathématiques après avoir farfouillé deux minutes. Mais je n'avais accès qu'au matériel offert aux parents. Christian Rioux, du Devoir, a eu accès au site entier et il en ramène de jolies perles. C'est ici.
Libellés :
hockey,
Les Canadiens,
mels,
Normand Baillageon,
pédagogie
jeudi, février 19, 2009
BONS D’ÉDUCATION ET ÉCOLE MARCHANDE ? NON MERCI …
[Un texte paru il y a quelques années dans PIOTTE, J.M. (dir.), Le programme de l'ADQ expliqué,au moment où ce parti politique proposait d'instaurer au Québec un programme de bons d'éducations . Il est reproduit ici sans ses notes. Si vous voulez le reproduire,contactez-moi à [baillargeon.normand@uqam.ca]]
Un principe de pédagogie que devraient surtout avoir devant les yeux les hommes qui font des plans d'éducation, c'est qu'on ne doit pas élever les enfants d'après l'état présent de l’espèce humaine, mais d'après un éclat meilleur, possible dans l'avenir, c'est-à-dire d'après l'idée de l'humanité et de son entière destination. Ce principe est d’une grande importance. Les parents n'élèvent ordinairement leurs enfants qu'en vue du monde actuel, si corrompu qu'il soit. Ils devraient au contraire leur donner une éducation meilleure, afin qu'un meilleur état en pût sortir dans l'avenir. Mais deux obstacles se rencontrent ici : premièrement, les parents n'ont ordinairement souci que d'une chose, c'est que leurs enfants fassent bien leur chemin dans le monde, et deuxièmement, les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour leurs desseins.
Emmanuel Kant (1724-1804)
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L’observateur le moins attentif aura remarqué qu’au Québec, comme à vrai dire dans l’ensemble des démocraties libérales occidentales, l’école et l’éducation sont actuellement au cœur de débats nombreux et passionnés. Certaines des questions soulevées dans ces débats sont aussi fondamentales que difficiles et elles témoignent de ce qu’au fond ce sont les idées mêmes d’éducation et d’école qui sont actuellement en jeu. Qu’est-ce donc que l’éducation? Quelles finalités doit-elle viser? Comment l’école peut-elle contribuer à l’atteinte de ces finalités? Quelles autres finalités, compatibles avec celles-là, est-il souhaitable et légitime de confier à l’école et aux autres institutions d’éducation? À qui revient-il de définir et de présenter l’offre d’éducation? Quels principes devraient présider à sa distribution?
À qui douterait encore de l’actualité de ces questions et de l’urgence avec laquelle elles sont parfois posées, il suffira sans doute de rappeler quelques-unes des réponses qui leur sont données, en montrant combien elles sont diverses et concurrentes.
C’est ainsi qu’au nom de la globalisation et de la compétitivité qu’induirait la nouvelle ‘économie du savoir’, d’aucuns souhaitent que l’éducation soit désormais essentiellement pensée et orientée en fonction des demandes de cette économie. La définition et la distribution de l’offre pédagogique devraient en outre être progressivement soustraites des mains de l’État et régulées selon une dynamique de marché.
D’autres, par contre, sensibles à l’assaut soutenu que cette même globalisation a lancé contre les services publics, se portent à la défense du système public d’éducation, qui serait entre autres garant d’une éducation démocratique, de l’égalité des chances, d’une visée du Bien commun et de la protection des cultures nationales.
D’autres encore s’inquiètent pour leur part — et il arrive que les médias se fassent, en les dramatisant, l’écho de ces inquiétudes — d’une présumée baisse de niveau dont témoignerait l’instrumentalisation de l’éducation et le recul de la transmission des savoirs fondamentaux et ils réclament en conséquence un recentrement de l’éducation sur ceux-ci.
D’autres enfin évoquent l’épuisement de ce modèle traditionnel d’éducation, épuisement dont témoignerait notamment la hausse désormais dramatique du décrochage scolaire et qu’exacerberait l’obligation faite à l’école d’accueillir des populations de plus en plus hétérogènes. On trouvera parmi eux, très minoritaires certes mais aussi de plus en plus nombreux, des adeptes de l’éducation à domicile qui, par des argumentaires variés, arrivent à la conclusion que le retrait de leurs enfants de tout système scolaire constitue leur meilleure garantie d’obtenir une éducation digne de ce nom : ceux-là, en somme, portent au rang de vertu la non-fréquentation scolaire que d’autres perçoivent comme un terrible drame.
Trop rapidement esquissé, ce contexte conflictuel et incertain est pourtant celui dans lequel ont lieu nos discussions sur l’éducation et se prennent des décisions la concernant. Il est celui dans lequel s’inscrit l’intervention de l’ADQ. La proposition principale que ce parti avance, celle sur laquelle, avec raison, le débat public s’est concentré aussitôt que son programme a commencé à être discuté, est de mettre sur pieds un programme de bons d’étude (ou bons d’éducation). C’est aussi sur ce point que je veux centrer le présent texte. Après avoir rappelé en quoi consiste le programme de bons d’étude que propose l’ADQ et d’où vient cette idée, je propose un bilan de l’expérience américaine : tout cela invite à refuser de toutes nos forces la proposition adéquiste. Mais on aurait tort de restreindre aux seuls bons d’éducation la discussion des propositions de ce parti en matière d’éducation. Celles-ci s’inscrivent, plus largement mais aussi très profondément, dans une conception marchande de l’éducation qu’il est important de mettre à jour et de critiquer : ce sera l’objet de la dernière partie de ce texte.
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Il est récemment arrivé à certains commentateurs de vanter le programme de l’ADQ, qui aurait le mérite, devenu rare en politique, d’annoncer explicitement et sans détour ses couleurs. C’est bien le cas lorsqu’il s’agit d’éducation. Le programme du parti précise : “Nous proposons donc la mise en place d’un régime de bons d’étude (ou school vouchers) en vertu duquel chaque parent recevra un bon correspondant à la subvention gouvernementale accordée pour leur enfant. Il s’agit d’un système qui s’apparente au système de bon de garde proposé par l’Action démocratique du Québec en matière de politique familiale. Les parents auront alors la liberté de choisir, tout comme les garderies avec les bons de garde, à quelle école primaire ou secondaire, publique ou privée, de leur quartier ou d’un autre, avec un projet pédagogique particulier ou non, ils inscriront leur enfant et remettront ce bon lors de l’inscription. Les écoles recevront par conséquent autant de financement gouvernemental qu’elles auront accumulé de bons d’étude. ” Mais, comme on va le voir, on aurait tort de confondre cette vertu avec la clarté, avec la rigueur ou avec une information riche et impartiale. En effet, si le programme promet qu’un gouvernement adéquiste “remplacera graduellement le système de financement actuel au primaire et au secondaire par un système de bons d’étude afin de démocratiser le système d’éducation et enfin donner le libre choix aux parents ”, il reste muet quant aux modalités d’application de ce système, trompeur sur sa portée et son exacte signification, en plus de cacher des informations cruciales concernant les résultats qu’ont donné des programmes similaires là où leur application a été tentée.
Au moment où je rédige ces lignes, cette idée semble pourtant recueillir les suffrages d’une majorité de Québécois : selon un sondage Léger Marketing- le Devoir-TVA- The Globe and Mail mené entre le 9 et le 13 octobre 2002, 60% des personnes interrogées appuieraient l’introduction du programme de bons d’étude que préconise l’ADQ (Dutrisac, 2002). Je soumets qu’une telle adhésion ne peut résulter que d’une profonde ignorance de ce que signifie concrètement la proposition adéquiste et qu’elle cessera dès que ses tenants et aboutissants seront connus.
***
L’idée de bons d’éducation — ou bons d’étude, ces deux expressions étant utilisées pour traduire le mot vouchers — est en son principe très simple à comprendre. Il s’agit en effet, comme on l’a vu, de donner directement aux parents un bon qui représente un montant d’argent déterminé et qu’ils peuvent ensuite donner à l’école de leur choix pour l’éducation de leur enfant. Si on peut trouver des antécédents à cette idée dans l’Europe du XIX è siècle, c’est aux États-Unis, sous la plume de l’économiste Milton Friedman, le bien connu chef de file de l’École de Chicago, qu’elle a récemment reçu sa formulation la plus explicite et la plus influente. Comme on sait, lui et les théoriciens de cette école sont des défenseurs du libre marché, de la concurrence, de la dérégularisation et de la privatisation, en quoi ils voient la solution à tous nos maux et ils ont exercé, au cours des trois dernières décennies, une influence prépondérante sur les politiques publiques et sur la globalisation de l’économie. Les bons d’éducation tel que Friedman les décrit s’inscrivent dans cette logique et il a commencé à en émettre l’idée à partir de la fin des années cinquante (Friedman, 1962). Laissons ici parler Friedman lui-même. Dans leur best-seller, Free to Choose (1980, pp.160-161), Milton et Rose Friedman (sa femme) écrivent :
“ Supposons que votre enfant fréquente une école publique primaire ou secondaire. En moyenne, au pays, cela coûte au payeur de taxes — c’est-à-dire à vous et moi — environ $2 000 par an (en 1978) pour chaque enfant. Si vous retirez votre enfant de l’école publique et l’inscrivez à une école privée, vous faites faire aux contribuables une économie annuelle de $ 2 000 — mais vous ne recevez aucune part de cette économie si ce n’est celle qui vous revient alors qu’elle se répercute sur tous les contribuables, ce qui signifie tout au plus quelques sous de moins sur votre facture d’impôt. Mais vous devez payer l’école privée en sus de vos taxes — ce qui constitue un fort incitatif à laisser votre enfant à l’école publique.
Supposons maintenant que le Gouvernement vous dise : “ Si vous nous soulagez de la dépense de scolarisation de votre enfant, on vous octroiera un bon d’éducation, un morceau de papier échangeable contre une somme d’argent convenue si et seulement si cette somme est utilisée pour payer le coût de la scolarisation de votre enfant dans une école reconnue” . Cette somme peut-être de $ 2 000 ou peut être moindre, disons $ 1 500 ou $ 1 000 de manière que soient partagées entre vous et les autres contribuables les économies réalisées. Mais quel que soit le montant, il éliminerait d’autant la pénalité monétaire qui limite actuellement le choix des parents. […]
On pourrait et on devrait permettre aux parents d’utiliser ces bons non seulement dans les écoles privées mais aussi dans les écoles publiques — et pas seulement dans les écoles de leur district, de leur ville ou de leur province, mais dans toute école qui est disposée à admettre leur enfant. Cela permettra de donner à chaque parent une plus grande liberté de choix et en même temps obligerait les écoles publiques à se financer elles-mêmes en facturant des droits de scolarité (entièrement, si le bon correspond au coût total; partiellement, dans le cas contraire). De cette manière, les écoles publiques seraient en compétition à la fois entre elles et avec les écoles privées.
Un tel programme ne soulagerait personne du fardeau de l’impôt destiné à financer l’éducation. Mais il offrirait aux parents un choix plus étendu quant à la forme que prendra cette éducation que la communauté s’est engagée à fournir à leur enfant. […] ”
Friedman argue donc que dans ce système les écoles sont en concurrence les unes avec les autres, ce qui introduit une dynamique de marché en éducation, dynamique posée a priori comme une excellente chose. Ensuite, ce système donnera du pouvoir et la possibilité de choisir aux “consommateurs ” d’éducation plutôt qu’aux “producteurs ”, aux parents et à leurs enfants plutôt qu’aux écoles, aux fonctionnaires et aux syndicats. Enfin, il permettra d’introduire un vrai pluralisme là où règne l’immuable et monolithique unité de pensée et d’action créée et maintenue par le monopole public actuel.
Lorsqu’il les formule pour la première fois, à la fin des années cinquante, ces idées ne trouvent guère d’écho, si ce n’est de la part de ségrégationnistes du Sud en lutte contre la récente décision de la Cour Suprême dans la cause Brown vs Board of Education, décision qui marquait l’entrée dans l’ère de la déségrégation. S’inspirant de Friedman — qui ne partage pas ces idées racistes, il faut le souligner — la législature de Virginie mit sur pieds des programmes autorisant l’octroi de bourses permettant à des élèves de fréquenter des écoles ségrégationnistes.
À partir de la fin des années soixante, cependant, l’idée de bons d’éducation commença progressivement à faire son chemin : née des idéaux économiques libertariens les plus extrêmes et accueillie d’abord dans les recoins les plus sombres des politiques racistes, son parcours l’amène aujourd’hui, aux États-Unis et au Québec, au cœur des débats courants en matière de politiques publiques. Plusieurs raisons expliquent cet étonnant parcours.
Il y a d’abord l’insatisfaction — fondée ou largement exagérée, quand ce n’est pas fabriquée de toutes pièces : je n’entrerai pas ici dans ces considérations — à l’endroit du système public, insatisfaction exprimée par un éventail de gens allant de la droite conservatrice à une certaine gauche lyrique (par exemple Ivan Illich ou Paul Goodman). Il y a ensuite, particulièrement aux Etats-Unis, la volonté de certains parents de soustraire leur enfant, le plus souvent au nom de croyances religieuses ou sectaires, à l’influence jugée néfaste du système scolaire public. Il y a enfin l’énorme pression exercée par le monde des affaires pour transformer l’éducation en un marché toujours publiquement subventionné mais au service de ses propres fins. Dans chacun de ces cas, l’idée de bons d’éducation a pu être perçue comme une manière d’assurer un financement public à une conception et à une pratique de l’éducation pouvant se vivre à l’écart du réseau public.
Sous la présidence de Ronald Reagan, dont Friedman était le gourou économique, l’idée de bons d’éducation fait aux États-Unis sa véritable entrée dans les débats publics, poussée et défendue notamment par des idéologues conservateurs, par des catholiques sectaires, par le monde des affaires, par le Parti Républicain, par des adeptes de l’éducation à domicile et par des économistes d’inspiration libertarienne. À compter de ce moment, cependant, et comme le montre bien Hening (1993, chap.4), la rhétorique employée pour la défendre subit une profonde mutation : on abandonne progressivement le langage de l’économie, on cesse de parler en termes de libre marché, pour évoquer au contraire la liberté de choix que donnerait un système de bons, pour vanter les avantages qu’en tireraient en priorité les plus pauvres et ceux qui bénéficieraient le moins du système public (minorités raciales, élèves en difficulté, etc.) et en assurant en outre qu’il est un moyen d’améliorer le système public. Cette rhétorique oppose volontiers d’une part un monopole public décrit comme peuplé de bureaucrates et de fonctionnaires qui imposent uniformément une vision et une pratique uniques de l’éducation et, d’autre part, un programme de bons qui seul donnerait du pouvoir aux parents en leur offrant la liberté de choisir ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants dans un marché libre, compétitif et diversifié de l’offre d’éducation. Cette rhétorique est celle du programme de l’ADQ : “Redonner le pouvoir aux citoyens, voilà un des principes à la base du programme et de la philosophie de l’Action démocratique du Québec. Pourquoi appliquer ce principe à l’éducation? Parce que nous croyons fermement que c’est aux parents de décider de ce qui est bon pour leurs enfants et non au gouvernement ou pire, à la bureaucratie gouvernementale. ” Si elle peut paraître séduisante à certains observateurs pressés, elle est sur tous les plans hautement trompeuse et mensongère, notamment parce qu’elle occulte la variété de l’offre éducative qui existe déjà et qui donne aux parents une véritable liberté de choix aussi bien chez nos voisins du Sud (Sugarman et Kemerer, 1999, Chap. 1) qu’ici. Tout cela, qui est reconnu dans notre Loi sur l’Instruction publique, se concrétise au Québec dans une grande variété de projets éducatifs et de programmes qui sont proposés au sein de l’école publique, mais aussi dans l’existence d’un système d’enseignement privé qui jouit d’un taux de subvention qui n’a que peu d’équivalent dans le monde.
***
Un principe élémentaire exige qu’une affirmation hors de l’ordinaire soit étayée d’un argumentaire lui-même hors de l’ordinaire. Or en avançant son extraordinaire proposition de bons d’éducation, l’ADQ est bien loin d’avoir respecté ce principe. En quelques paragraphes de son programme, on accumule erreurs, omissions et contresens. Il est par exemple très étonnant de lire que le régime de bons d’étude est utilisé depuis plusieurs années en Californie, alors que cet État l’a massivement et tout récemment refusé par référendum. Il est encore très étonnant de lire que l’Ontario a entrepris de mettre en place un régime de bons d’étude, puisque tout ce que l’Ontario de Mike Harris a péniblement réussi à imposer est plus simplement, et à l’instar de ce que s’apprête à faire George Bush dans le budget fédéral de 2003, un programme de crédit d’impôt permettant de déduire une partie des frais de scolarité payés à une école privée.
Mais le pire est de lire que “dans l’ensemble, tous s’entendent pour dire que l’implantation des bons d’étude a été non seulement bénéfique pour les familles mais aussi pour les écoles publiques et les communautés ” puisque cette affirmation est fausse et ne reflète aucunement les conclusions des recherches qui ont été menées sur les programmes de bons d’étude existant. Plus pernicieux encore est de laisser croire que ce que propose l’ADQ a déjà été implanté en maints endroits aux États-Unis. En fait, ce que Friedman envisage, et que l’ADQ semble ambitionner d’appliquer ici, à savoir des bons publics universels, n’est, stricto sensu, implanté nulle part (Sugarman et Kemerer, 1999, p. 27) et les rares et partielles applications auxquelles une telle proposition a donné lieu n’ont concerné et ne concernent toujours qu’un très petit nombre de personnes, elles-mêmes sélectionnées selon des critères très contraignants.
Sans prétendre être exhaustif, tentons un bilan sommaire de l’expérience américaine. On y trouve d’abord, à côté de bons subventionnés par les fonds publics, un assez large éventail de programmes de bons d’éducation privés . Ceux-ci ne rencontrent évidemment pas les mêmes embûches légales et politiques rencontrées par les programmes publics de bons et leur nombre est relativement important: on en dénombrait plus de 65 en 1999, subventionnés par des fondations et des corporations et promus par les mêmes groupes qui défendent les bons publics d’éducation auxquels ils servent de vitrine (Sugarman et Kemerer, 1999, p. 28).
Les programmes de bons publics les plus importants sont ceux de Milwaukee (créé en 1990 et prorogé en 1995), de Cleveland (1996) et de Floride (1999). Les deux premiers s’adressent à un nombre très limité d’enfants (environ 8000 et 4000, respectivement, ceci en 2000) de familles à faible revenu qui peuvent utiliser leur bon (valant jsuqu’à $5 106 dans le premier cas et jusqu’à $2 250 dans le deuxième) à l’école (publique, privée ou religieuse) de leur choix. Le dernier vise les enfants qui fréquentent des écoles publiques identifiées comme ayant des résultats particulièrement pitoyables : ici encore ces bons sont en nombre très limité et permettent à ceux qui les obtiennent de fréquenter l’école (publique, privée ou religieuse) de leur choix (en 1999, 800 enfants étaient éligibles et 152 ont obtenu un bon d’une valeur approximative de $3 400). D’autres programmes de promotion du libre choix existent (notamment : Minnesota (1997), Arizona (1997), Illinois (1999)) mais ceux-ci sont des programmes de déduction d’impôt et pas des programmes restreints de bons publics d’éducation, encore moins des programmes universels de bons publics d’éducation tels que Friedman et l’ADQ les envisagent.
Que sait-on des effets des trois programmes qui s’apparentent à ce que l’ADQ souhaite implanter? Le plus étudié des trois et celui à propos duquel les conclusions des recherches sont les plus disputées est de loin celui de Milwaukee. Je n’entrerai pas ici dans la petite histoire de ces disputes mais, au total, les résultats obtenus par les chercheurs ayant trouvé un très minuscule avantage au programme semblent au moins en partie conditionnés par leurs propres convictions. Il reste que, dans tous les cas, rien de remarquable ou de tranché ne paraît pouvoir être affirmé avec conviction par quiconque. John Witte (1991, 1992, 1993, 1994) argue qu’il n’y a pas de différence statistiquement significative entre les résultats des élèves participant au programme et ceux d’élèves comparables fréquentant le réseau public ; il affirme que le degré de satisfaction des parents est plus élevé si leur enfant participe au programme; enfin, il remarque que le nombre d’enfants quittant annuellement le programme est proportionnellement supérieur à celui des enfants du système public qui changent d’école. Ces conclusions sont contestées par Paul Peterson, mais il n’argue de manière convaincante qu’en faveur d’une légère amélioration des résultats académiques. Ces données sont encore rendues plausibles au vu des résultats de recherche portant plus largement sur les effets des tentatives de constitutions de marchés ou de quasi-marchés de l’éducation. Whitty (1997) a procédé à une méta analyse des données concernant divers efforts entrepris aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne pour créer des quasi-marchés de l’éducation : sa conclusion est qu’il n’y a guère de base empirique permettant de soutenir qu’ils amélioreraient la réussite des étudiants, mais que les données disponibles suggèrent qu’ils créent de nouvelles inégalités dans da distribution de l’éducation. Cette conclusion rejoint celle de Carnoy (1995) qui s’est penché sur les effets de la privatisation au Chili et ailleurs. Elle confirme aussi les résultats obtenus par la Carnegie Foundation en 1992 qui concluait, après une revue systématique des programmes de libre choix en application aux Etats-Unis, que si ces programmes étaient bénéfiques pour certains enfants, c’était pour ceux dont les parents étaient eux-mêmes plus éduqués; qu’ils coûtaient plus cher à opérer; qu’ils menaçaient d’accroître le fossé entre districts scolaires pauvres et riches et que leur impact positif sur la réussite scolaire des élèves n’était pas établi. (Canargie Foundation for the Advencement of Learning, 1992) L’ensemble de la littérature existante incite à accepter la conclusion suivante de Jonathan (1997. P. 42) qui a en outre le mérite d’expliquer l’attrait que peuvent exercer dans un premier temps des politiques semblables à celle que propose l’ADQ :
Parler en termes de droits, de choix, de contrôle et de responsabilité individuelle conforte l’intuition qu’a le public des conditions formelles de la justice distributive. Cependant, cette même rhétorique conduit le public à se méprendre sur le fait que ce sont également là les conditions même de substantielles injustices de distribution lorsque les biens dont il est question sont sociaux et que le contexte de leur distribution est compétitif. […] Une liberté formelle de choix pour tous entraîne nécessairement des opportunités limitées pour certains.
Et c’est loin d’être tout. Car tous ces programmes ont fait et continuent de faire aux États-Unis l’objet d’incessantes contestations devant les tribunaux et on regrette que l’ADQ ait occulté cette vaste bataille juridique. Ce qui est en jeu ici est crucial, puisqu’il s’agit de la question de la séparation de l’Église et de l’État garantie par le premier amendement de la Constitution américaine. Or, on l’aura compris, ce sont, dans une proportion importante, des écoles privées confessionnelles qui cherchent, par le biais de bons d’éducation, à obtenir un financement public. En juin 2002, la Cour suprême des États-Unis a rendu, à 5 voix contre 4, un jugement reconnaissant la constitutionnalité des vouchers mis en place dans la ville de Cleveland et offrant un choix entre école privées confessionnelles et écoles publiques laïques. Mais, peu de temps après, un tribunal de la Floride invalidait pour sa part les vouchers de cet État qui permettent l’utilisation de fonds publics à des fins religieuses : ces bons, tranchait le Tribunal, sont inconstitutionnels parce qu’ils violent la séparation de l’Église et de l’État. Il est à prévoir que le dossier juridique est loin d’être clos et que le New York Times (1 juillet 2002) a été bon prophète en écrivant au lendemain du jugement concernant Cleveland qu’il “amenait le débat dans l’arène politique, où il est à prévoir qu’il sera partout un sujet de controverses et de discorde”. Si on a suivi les déchirants débats des dernières années entourant la confessionnalité du système scolaire québécois, si on s’inquiète de l’immense fragilité de l’idée de laïcité chez nous au moment où cette notion est de plus en plus nécessaire pour une école devant accueillir des populations d’une si grande hétérogénéité, on ne peut manquer d’être estomaqué de la légèreté de l’ADQ qui n’envisage pas que sa proposition de bons d’études pourrait avoir d’explosive en multipliant les écoles confessionnelles.
On regrette aussi que l’ADQ ait passé sous silence le fait que l’idée de bons d’études, chez nos voisins du Sud, a été systématiquement rejetée par les citoyens aussi bien lors de référendums que de sondages. Car le fait est que l’argumentaire des opposants aux vouchers est particulièrement solide (DOERR, Edd et al, 1996, pp.13-16).
Les opposants sont ici aussi nombreux que variés. Commençons par des arguments peut-être moins attendus. Des penseurs libertariens ou plus simplement libéraux s’y opposent en effet vertement parce qu’ils voient dans ce système une forme de socialisme d’État voué à l’échec : ceux-là arguent qu’un marché suppose pour son fonctionnement des droits de propriété privée et ne peut pas s’établir sur la base de bons donnés par la collectivité et dont l’État seul préciserait (et pourrait modifier à sa guise) les conditions d’utilisation. Ils craignent aussi la multiplication de start-ups de l’éducation, aux pratiques parfois douteuses. Ils pensent encore que cet afflux artificiel de monnaie fera monter les coûts et laissera sur le pavé encore plus de parents. Ils craignent également les effets de ce système … sur l’école privée. D’un côté, disent-ils, les bons vont accroître le contrôle de l’État sur ces écoles (c’est la théorie du cheval de Troie); de l’autre, ils rappellent (c’est la théorie de la capture, bien connue des économistes) que les firmes réglementées finissent par capturer le processus de réglementation : le monopole public (syndicats, fonctionnaires, etc.) s’associera à des écoles privées et éliminera toute dynamique de marché.
Mais les arguments des opposants qui sont les plus convaincants sont avancés par ceux qui craignent que ce projet n’aboutisse à la création d’un système d’éducation à deux vitesses. Ceux-là rappellent, avec raison, que la véritable liberté de choisir sera celle des écoles bien plus que des parents. D’un côté, le transport scolaire et le lieu de résidence limiteront fortement la liberté de choisir des parents; de l’autre, les écoles pourront, à leurs conditions, accepter qui elles veulent et refuser qui elles veulent. Ils rappellent, encore une fois avec raison, que les écoles de l’élite pourront demander de substantiels montants en sus des bons et qu’elles n’admettront que les cas faciles, laissant aux écoles publiques désormais privées de financement l’obligation d’ accepter tout le monde (cas problèmes, difficultés d’apprentissage et ainsi de suite). Ils prédisent aussi que les valeurs démocratiques et égalitaires (accueil de chacun, création d’une culture commune, respect des différences, égalité des chances etc.) seront très fortement mises à mal par ce système, s’il en vient à être appliqué. Ils soulèvent enfin la question, difficile mais cruciale, de la reddition de comptes, aussi bien pédagogique que financière. Car il ne fait aucun doute que cette mesure aura un impact financier important. Le gouvernement du Québec verse une subvention d’environ $5000 pour chaque élève qui fréquente le réseau public, et une subvention de près de $3 300 par élève fréquentant le réseau privé, ne laissant aux parents de ces élèves, en moyenne, que le tiers du coût total de leur scolarisation. Les coûts additionnels ne sont pas faciles à évaluer, mais en l’absence de travaux sérieux de la part de l’ADQ, à qui il revenait pourtant de les mener, force est de se rabattre sur les chiffres disponibles ailleurs. Pour le moment, au ministère de l’éducation, on établit ces côuts à $174 millions (Chouinard, 2002).
Tout cela invite à poser à l’ADQ des questions urgentes. De quel montant serait ce bon? Quelles seraient ses conditions d’utilisation? Quelles formes de transport scolaire seront proposées? Quelles exigences, notamment pédagogiques et institutionnelles, seront faites aux écoles susceptibles de l’encaisser? Quelles balises et conditions seront posées pour garantir l’accessibilité et le libre choix des parents ayant des enfants en difficulté d’apprentissage, handicapés ou ayant des besoins particuliers? Quelles formes de contrôle de la société sur ces écoles assurera-t-on, aussi bien sur le plan financier (reddition de comptes) que curriculaire? Quelle place un tel programme conférera-t-il aux diverses formes d’enseignement religieux et éventuellement à l’enseignement religieux sectaire et dogmatique? Quel sont les effets prévisibles de ce programme sur le réseau public et comment répondre à ceux qui y voient, avec un argumentaire solide, une manière de favoriser encore plus un réseau privé déjà hautement subventionné et ceux qui ont déjà les moyens de s’y inscrire et une grave menace au réseau public et aux plus démunis de ceux qui le fréquentent? Comment assurera-t-on le maintien d’école de qualité et dignes de ce nom desservant de petites communautés et comment répondre à ceux qui arguent, avec des arguments plausibles, qu’un tel projet entraînera la fermeture de quelque 400 écoles de village?
Au moment de rédiger ces lignes, sur toutes ces questions et sur de nombreuses autres, l’ADQ se contente de dire que la réflexion se poursuit, en précisant qu’il n’est pas question de reculer sur le principe même des bons (Chouinard, 2002) et en promettant de ne pas les implanter sans les avoir au préalable mis à l’épreuve dans des projets pilote. Rien de cela ne doit occulter le fait qu’on nous incite à nous engager dans une voie imprécise mais surtout extrêmement dangereuse, dans une voie que personne, hormis quelques doctrinaires néo-libéraux, n’a sérieusement osé proposer et qu’on le fait sans même avoir fait ses devoirs, sans même, semble-t-il, avoir pris la mesure de ce que cela implique et signifie. Il faut, je pense, une singulière méconnaissance de ce qu’est l’éducation et de ce que signifient précisément l’idée de bons d’éducation pour en arriver là, pour en arriver là dans un programme politique dont le chapitre consacrée à l’éducation s’intitule, sans rire : “Pour l’égalité des chances ” et la section que je viens de discuter: “Une école pour tous : démocratiser notre système d’éducation ”.
Je soutiens que s’engager dans cette voie pourra causer au système d’éducation du Québec un tort immense et peut-être irréversible.
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L’ADQ place au cœur de sa réflexion une vision résolument fonctionnaliste et marchande de l’éducation qui, si elle s’inscrit parfaitement dans la foulée de l’assaut néolibéral lancé contre l’éducation publique, ne peut manquer de troubler profondément quiconque persiste à défendre un idéal que je me contenterai d’appeler ici humaniste. Selon ce point de vue, si on doit le dire en un mot, c’est moins l’école qui doit se définir en fonction de la société ou, pire, de l’économie, mais la société et l’économie qui doivent s’organiser en fonction de l’école, qui a à charge de former des êtres libres et capables de penser par eux-mêmes.
La réflexion sur l’éducation de l’ADQ place au sommet des défis que le Québec devra affronter au cours de années qui viennent “celui d’avoir une main-d’œuvre qualifiée et compétente ” dans une économie de “plus en plus compétitive ” où il sera une société “parmi les plus performantes ”. Au moment où notre système scolaire s’est déjà profondément engagé dans une réécriture de ses programmes les propulsant dans la voie trouble et nébuleuse des compétences, des savoirs-faire, des savoirs-être et autres sornettes qui instrumentalisent l’éducation au profit des institutions économiques, une telle vision a de quoi engendrer de profondes inquiétudes. Le reste du programme n’a rien pour rassurer. Par exemple, si la valorisation de la formation professionnelle est sans doute un objectif louable, on se demande ce que signifiera concrètement l’accroissement de “son accessibilité” quand elle devra passer par “une véritable filière professionnelle décloisonnée qui permettra à l’élève d’effectuer des stages en milieu de travail dès le secondaire” surtout lorsque cela est envisagé par des gens qui, voulant assurer à tous, minimalement, un diplôme d’études secondaires, concluent qu’il faudra pour ce faire “rétablir un programme d’études professionnelles dès la fin du deuxième secondaire” et “une formation plus adaptée aux nouvelles réalités. ”
De même, qui s’opposera à l’idée de mettre “un maximun de ressources sur le terrain ”, de viser à “l’embauche de professeurs supplémentaires et de spécialistes ” ou à une “décentralisation importante ”? Mais outre le fait que l’article central du programme adéquiste en éducation garantit une diminution des ressources allouées à l’école publique, comment ne pas s’inquiéter de lire cette candide affirmation que pour l’ADQ tout cela “pourrait permettre le développement d’écoles à chartes ”, c’est à dire de ces écoles qui sont, comme les bons, un autre cheval de Troie néo-libéral pour parvenir au démantèlement du réseau public?
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J’ai commencé ce texte en évoquant quelques-uns des débats concernant l’éducation actuellement en cours dans les démocraties libérales. Je souhaite y revenir au moment de le conclure. Je pense en effet qu’une bonne part de ces différends peuvent commodément se rattacher à une tension fondamentale qui concerne l’idée même d’éducation et sa pratique au sein de telles sociétés. D’un côté, ces sociétés sont libérales et elles reposent donc sur la culture et la promotion d’un certain nombre de valeurs qui s’articulent autour de l’idée d’individualisme (libéral), notamment la liberté et l’initiative individuelles ainsi que l’autonomie calculatrice. D’un autre côté cependant, à proportion que le projet démocratique y est pris au sérieux, elles supposent aussi la culture d’un esprit civique, de la citoyenneté participative, la promotion de l’égalité et l’abolition des privilèges illégitimes. Envisagée du pôle libéral de cette tension, l’idée d’une éducation dispensée par l’État est fortement problématique puisqu’elle semble en effet devoir porter en elle une intolérable atteinte à la liberté et la menace d’un inadmissible modelage des jeunes esprits. Et c’est bien pourquoi tant de libéraux (à commencer par Wilhelm Von Humboldt) et tant de penseurs de gauche (à commencer par les anarchistes) ont entretenu à l’endroit de l’idée d’une implication de l’État en éducation une suspicion qui débouchera, en certain cas, sur son refus en principe. Et c’est sans doute pourquoi les idées comme celles de déscolarisation ou de bons d’étude ont pu paraître attrayantes à des gens appartenant à tout le spectre des idéologies politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Mais envisagée cette fois à partir de son pôle démocratique, la tension évoquée plus haut invite à exiger de l’éducation qu’elle soit un lieu qui se définisse à la fois en fonction du Bien commun et à partir de ses propres normes internes, qui sont celles de la vie de l’esprit et du savoir et de ses indispensables conditions, lesquelles ne peuvent être définies à partir des normes qui prévalent dans le monde extérieur et qui, souvent, entrent même en conflit avec elles. Cette tension travaille constamment les démocraties libérales qui ont cherché des accommodements permettant en pratique de naviguer entre ces deux pôles et de satisfaire les exigences qu’ils portent. Le cas de Humboldt est exemplaire : hostile dans son premier écrit à l’idée d’une intervention de l’État en éducation jusqu’à la proscrire absolument, il finit, en pratique, par diriger le ministère de l’éducation qui mettra sur pied l’Université de Berlin telle qu’il l’aura imaginée.
La manière adéquiste de résoudre cette tension est simple : elle consiste à toutes fins utiles à nier l’un des deux termes pour tout miser sur l’individualisme libéral le plus exacerbé. Elle consiste à refuser de penser l’éducation comme un Bien commun et à ce titre, si je peux le dire ainsi, comme un bien ontologiquement non marchand.
On ne peut en arriver là qu’en oubliant ce qui, pour les êtres humains vivant en société, se joue en éducation. Hannah Arendt a exprimé cela mieux que je ne pourrais le faire : “L'éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité, et de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus. C'est également avec l'éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter dans le monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d'entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n'avions pas prévu, mais les préparer d'avance à la tâche de renouveler un monde commun. ”
Au risque de paraître cavalier, je ne peux m’empêcher de conclure ce texte en disant qu’il est hautement déplorable de voir un parti qui aspire à gouverner le Québec se présenter devant l’opinion publique avec un dossier aussi mal préparé, avec un argumentaire si peu crédible et truffé d’informations fausses ou tendancieuses.
Des bons d’éducation? Une école marchande? Non, merci.
BIBLIOGRAPHIE
La section du Programme de l’ADQ consacrée à l’éducation s’intitule : Éducation : Pour l’égalité des chances. Ce Programme est disponible sur Internet à l’adresse suivante : []
ACTION DÉMOCRATIQUE DU QUÉBEC, “Respecter le libre choix des parents et de leurs enfants. Avis de l’Action Démocratique du Québec en réponse en réponse au Rapport Proulx : Laïcité et religions, perspective nouvelle pour l’école québécoise ”. Ce document est disponible sur le site Internet de l’ADQ .
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Un principe de pédagogie que devraient surtout avoir devant les yeux les hommes qui font des plans d'éducation, c'est qu'on ne doit pas élever les enfants d'après l'état présent de l’espèce humaine, mais d'après un éclat meilleur, possible dans l'avenir, c'est-à-dire d'après l'idée de l'humanité et de son entière destination. Ce principe est d’une grande importance. Les parents n'élèvent ordinairement leurs enfants qu'en vue du monde actuel, si corrompu qu'il soit. Ils devraient au contraire leur donner une éducation meilleure, afin qu'un meilleur état en pût sortir dans l'avenir. Mais deux obstacles se rencontrent ici : premièrement, les parents n'ont ordinairement souci que d'une chose, c'est que leurs enfants fassent bien leur chemin dans le monde, et deuxièmement, les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour leurs desseins.
Emmanuel Kant (1724-1804)
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L’observateur le moins attentif aura remarqué qu’au Québec, comme à vrai dire dans l’ensemble des démocraties libérales occidentales, l’école et l’éducation sont actuellement au cœur de débats nombreux et passionnés. Certaines des questions soulevées dans ces débats sont aussi fondamentales que difficiles et elles témoignent de ce qu’au fond ce sont les idées mêmes d’éducation et d’école qui sont actuellement en jeu. Qu’est-ce donc que l’éducation? Quelles finalités doit-elle viser? Comment l’école peut-elle contribuer à l’atteinte de ces finalités? Quelles autres finalités, compatibles avec celles-là, est-il souhaitable et légitime de confier à l’école et aux autres institutions d’éducation? À qui revient-il de définir et de présenter l’offre d’éducation? Quels principes devraient présider à sa distribution?
À qui douterait encore de l’actualité de ces questions et de l’urgence avec laquelle elles sont parfois posées, il suffira sans doute de rappeler quelques-unes des réponses qui leur sont données, en montrant combien elles sont diverses et concurrentes.
C’est ainsi qu’au nom de la globalisation et de la compétitivité qu’induirait la nouvelle ‘économie du savoir’, d’aucuns souhaitent que l’éducation soit désormais essentiellement pensée et orientée en fonction des demandes de cette économie. La définition et la distribution de l’offre pédagogique devraient en outre être progressivement soustraites des mains de l’État et régulées selon une dynamique de marché.
D’autres, par contre, sensibles à l’assaut soutenu que cette même globalisation a lancé contre les services publics, se portent à la défense du système public d’éducation, qui serait entre autres garant d’une éducation démocratique, de l’égalité des chances, d’une visée du Bien commun et de la protection des cultures nationales.
D’autres encore s’inquiètent pour leur part — et il arrive que les médias se fassent, en les dramatisant, l’écho de ces inquiétudes — d’une présumée baisse de niveau dont témoignerait l’instrumentalisation de l’éducation et le recul de la transmission des savoirs fondamentaux et ils réclament en conséquence un recentrement de l’éducation sur ceux-ci.
D’autres enfin évoquent l’épuisement de ce modèle traditionnel d’éducation, épuisement dont témoignerait notamment la hausse désormais dramatique du décrochage scolaire et qu’exacerberait l’obligation faite à l’école d’accueillir des populations de plus en plus hétérogènes. On trouvera parmi eux, très minoritaires certes mais aussi de plus en plus nombreux, des adeptes de l’éducation à domicile qui, par des argumentaires variés, arrivent à la conclusion que le retrait de leurs enfants de tout système scolaire constitue leur meilleure garantie d’obtenir une éducation digne de ce nom : ceux-là, en somme, portent au rang de vertu la non-fréquentation scolaire que d’autres perçoivent comme un terrible drame.
Trop rapidement esquissé, ce contexte conflictuel et incertain est pourtant celui dans lequel ont lieu nos discussions sur l’éducation et se prennent des décisions la concernant. Il est celui dans lequel s’inscrit l’intervention de l’ADQ. La proposition principale que ce parti avance, celle sur laquelle, avec raison, le débat public s’est concentré aussitôt que son programme a commencé à être discuté, est de mettre sur pieds un programme de bons d’étude (ou bons d’éducation). C’est aussi sur ce point que je veux centrer le présent texte. Après avoir rappelé en quoi consiste le programme de bons d’étude que propose l’ADQ et d’où vient cette idée, je propose un bilan de l’expérience américaine : tout cela invite à refuser de toutes nos forces la proposition adéquiste. Mais on aurait tort de restreindre aux seuls bons d’éducation la discussion des propositions de ce parti en matière d’éducation. Celles-ci s’inscrivent, plus largement mais aussi très profondément, dans une conception marchande de l’éducation qu’il est important de mettre à jour et de critiquer : ce sera l’objet de la dernière partie de ce texte.
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Il est récemment arrivé à certains commentateurs de vanter le programme de l’ADQ, qui aurait le mérite, devenu rare en politique, d’annoncer explicitement et sans détour ses couleurs. C’est bien le cas lorsqu’il s’agit d’éducation. Le programme du parti précise : “Nous proposons donc la mise en place d’un régime de bons d’étude (ou school vouchers) en vertu duquel chaque parent recevra un bon correspondant à la subvention gouvernementale accordée pour leur enfant. Il s’agit d’un système qui s’apparente au système de bon de garde proposé par l’Action démocratique du Québec en matière de politique familiale. Les parents auront alors la liberté de choisir, tout comme les garderies avec les bons de garde, à quelle école primaire ou secondaire, publique ou privée, de leur quartier ou d’un autre, avec un projet pédagogique particulier ou non, ils inscriront leur enfant et remettront ce bon lors de l’inscription. Les écoles recevront par conséquent autant de financement gouvernemental qu’elles auront accumulé de bons d’étude. ” Mais, comme on va le voir, on aurait tort de confondre cette vertu avec la clarté, avec la rigueur ou avec une information riche et impartiale. En effet, si le programme promet qu’un gouvernement adéquiste “remplacera graduellement le système de financement actuel au primaire et au secondaire par un système de bons d’étude afin de démocratiser le système d’éducation et enfin donner le libre choix aux parents ”, il reste muet quant aux modalités d’application de ce système, trompeur sur sa portée et son exacte signification, en plus de cacher des informations cruciales concernant les résultats qu’ont donné des programmes similaires là où leur application a été tentée.
Au moment où je rédige ces lignes, cette idée semble pourtant recueillir les suffrages d’une majorité de Québécois : selon un sondage Léger Marketing- le Devoir-TVA- The Globe and Mail mené entre le 9 et le 13 octobre 2002, 60% des personnes interrogées appuieraient l’introduction du programme de bons d’étude que préconise l’ADQ (Dutrisac, 2002). Je soumets qu’une telle adhésion ne peut résulter que d’une profonde ignorance de ce que signifie concrètement la proposition adéquiste et qu’elle cessera dès que ses tenants et aboutissants seront connus.
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L’idée de bons d’éducation — ou bons d’étude, ces deux expressions étant utilisées pour traduire le mot vouchers — est en son principe très simple à comprendre. Il s’agit en effet, comme on l’a vu, de donner directement aux parents un bon qui représente un montant d’argent déterminé et qu’ils peuvent ensuite donner à l’école de leur choix pour l’éducation de leur enfant. Si on peut trouver des antécédents à cette idée dans l’Europe du XIX è siècle, c’est aux États-Unis, sous la plume de l’économiste Milton Friedman, le bien connu chef de file de l’École de Chicago, qu’elle a récemment reçu sa formulation la plus explicite et la plus influente. Comme on sait, lui et les théoriciens de cette école sont des défenseurs du libre marché, de la concurrence, de la dérégularisation et de la privatisation, en quoi ils voient la solution à tous nos maux et ils ont exercé, au cours des trois dernières décennies, une influence prépondérante sur les politiques publiques et sur la globalisation de l’économie. Les bons d’éducation tel que Friedman les décrit s’inscrivent dans cette logique et il a commencé à en émettre l’idée à partir de la fin des années cinquante (Friedman, 1962). Laissons ici parler Friedman lui-même. Dans leur best-seller, Free to Choose (1980, pp.160-161), Milton et Rose Friedman (sa femme) écrivent :
“ Supposons que votre enfant fréquente une école publique primaire ou secondaire. En moyenne, au pays, cela coûte au payeur de taxes — c’est-à-dire à vous et moi — environ $2 000 par an (en 1978) pour chaque enfant. Si vous retirez votre enfant de l’école publique et l’inscrivez à une école privée, vous faites faire aux contribuables une économie annuelle de $ 2 000 — mais vous ne recevez aucune part de cette économie si ce n’est celle qui vous revient alors qu’elle se répercute sur tous les contribuables, ce qui signifie tout au plus quelques sous de moins sur votre facture d’impôt. Mais vous devez payer l’école privée en sus de vos taxes — ce qui constitue un fort incitatif à laisser votre enfant à l’école publique.
Supposons maintenant que le Gouvernement vous dise : “ Si vous nous soulagez de la dépense de scolarisation de votre enfant, on vous octroiera un bon d’éducation, un morceau de papier échangeable contre une somme d’argent convenue si et seulement si cette somme est utilisée pour payer le coût de la scolarisation de votre enfant dans une école reconnue” . Cette somme peut-être de $ 2 000 ou peut être moindre, disons $ 1 500 ou $ 1 000 de manière que soient partagées entre vous et les autres contribuables les économies réalisées. Mais quel que soit le montant, il éliminerait d’autant la pénalité monétaire qui limite actuellement le choix des parents. […]
On pourrait et on devrait permettre aux parents d’utiliser ces bons non seulement dans les écoles privées mais aussi dans les écoles publiques — et pas seulement dans les écoles de leur district, de leur ville ou de leur province, mais dans toute école qui est disposée à admettre leur enfant. Cela permettra de donner à chaque parent une plus grande liberté de choix et en même temps obligerait les écoles publiques à se financer elles-mêmes en facturant des droits de scolarité (entièrement, si le bon correspond au coût total; partiellement, dans le cas contraire). De cette manière, les écoles publiques seraient en compétition à la fois entre elles et avec les écoles privées.
Un tel programme ne soulagerait personne du fardeau de l’impôt destiné à financer l’éducation. Mais il offrirait aux parents un choix plus étendu quant à la forme que prendra cette éducation que la communauté s’est engagée à fournir à leur enfant. […] ”
Friedman argue donc que dans ce système les écoles sont en concurrence les unes avec les autres, ce qui introduit une dynamique de marché en éducation, dynamique posée a priori comme une excellente chose. Ensuite, ce système donnera du pouvoir et la possibilité de choisir aux “consommateurs ” d’éducation plutôt qu’aux “producteurs ”, aux parents et à leurs enfants plutôt qu’aux écoles, aux fonctionnaires et aux syndicats. Enfin, il permettra d’introduire un vrai pluralisme là où règne l’immuable et monolithique unité de pensée et d’action créée et maintenue par le monopole public actuel.
Lorsqu’il les formule pour la première fois, à la fin des années cinquante, ces idées ne trouvent guère d’écho, si ce n’est de la part de ségrégationnistes du Sud en lutte contre la récente décision de la Cour Suprême dans la cause Brown vs Board of Education, décision qui marquait l’entrée dans l’ère de la déségrégation. S’inspirant de Friedman — qui ne partage pas ces idées racistes, il faut le souligner — la législature de Virginie mit sur pieds des programmes autorisant l’octroi de bourses permettant à des élèves de fréquenter des écoles ségrégationnistes.
À partir de la fin des années soixante, cependant, l’idée de bons d’éducation commença progressivement à faire son chemin : née des idéaux économiques libertariens les plus extrêmes et accueillie d’abord dans les recoins les plus sombres des politiques racistes, son parcours l’amène aujourd’hui, aux États-Unis et au Québec, au cœur des débats courants en matière de politiques publiques. Plusieurs raisons expliquent cet étonnant parcours.
Il y a d’abord l’insatisfaction — fondée ou largement exagérée, quand ce n’est pas fabriquée de toutes pièces : je n’entrerai pas ici dans ces considérations — à l’endroit du système public, insatisfaction exprimée par un éventail de gens allant de la droite conservatrice à une certaine gauche lyrique (par exemple Ivan Illich ou Paul Goodman). Il y a ensuite, particulièrement aux Etats-Unis, la volonté de certains parents de soustraire leur enfant, le plus souvent au nom de croyances religieuses ou sectaires, à l’influence jugée néfaste du système scolaire public. Il y a enfin l’énorme pression exercée par le monde des affaires pour transformer l’éducation en un marché toujours publiquement subventionné mais au service de ses propres fins. Dans chacun de ces cas, l’idée de bons d’éducation a pu être perçue comme une manière d’assurer un financement public à une conception et à une pratique de l’éducation pouvant se vivre à l’écart du réseau public.
Sous la présidence de Ronald Reagan, dont Friedman était le gourou économique, l’idée de bons d’éducation fait aux États-Unis sa véritable entrée dans les débats publics, poussée et défendue notamment par des idéologues conservateurs, par des catholiques sectaires, par le monde des affaires, par le Parti Républicain, par des adeptes de l’éducation à domicile et par des économistes d’inspiration libertarienne. À compter de ce moment, cependant, et comme le montre bien Hening (1993, chap.4), la rhétorique employée pour la défendre subit une profonde mutation : on abandonne progressivement le langage de l’économie, on cesse de parler en termes de libre marché, pour évoquer au contraire la liberté de choix que donnerait un système de bons, pour vanter les avantages qu’en tireraient en priorité les plus pauvres et ceux qui bénéficieraient le moins du système public (minorités raciales, élèves en difficulté, etc.) et en assurant en outre qu’il est un moyen d’améliorer le système public. Cette rhétorique oppose volontiers d’une part un monopole public décrit comme peuplé de bureaucrates et de fonctionnaires qui imposent uniformément une vision et une pratique uniques de l’éducation et, d’autre part, un programme de bons qui seul donnerait du pouvoir aux parents en leur offrant la liberté de choisir ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants dans un marché libre, compétitif et diversifié de l’offre d’éducation. Cette rhétorique est celle du programme de l’ADQ : “Redonner le pouvoir aux citoyens, voilà un des principes à la base du programme et de la philosophie de l’Action démocratique du Québec. Pourquoi appliquer ce principe à l’éducation? Parce que nous croyons fermement que c’est aux parents de décider de ce qui est bon pour leurs enfants et non au gouvernement ou pire, à la bureaucratie gouvernementale. ” Si elle peut paraître séduisante à certains observateurs pressés, elle est sur tous les plans hautement trompeuse et mensongère, notamment parce qu’elle occulte la variété de l’offre éducative qui existe déjà et qui donne aux parents une véritable liberté de choix aussi bien chez nos voisins du Sud (Sugarman et Kemerer, 1999, Chap. 1) qu’ici. Tout cela, qui est reconnu dans notre Loi sur l’Instruction publique, se concrétise au Québec dans une grande variété de projets éducatifs et de programmes qui sont proposés au sein de l’école publique, mais aussi dans l’existence d’un système d’enseignement privé qui jouit d’un taux de subvention qui n’a que peu d’équivalent dans le monde.
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Un principe élémentaire exige qu’une affirmation hors de l’ordinaire soit étayée d’un argumentaire lui-même hors de l’ordinaire. Or en avançant son extraordinaire proposition de bons d’éducation, l’ADQ est bien loin d’avoir respecté ce principe. En quelques paragraphes de son programme, on accumule erreurs, omissions et contresens. Il est par exemple très étonnant de lire que le régime de bons d’étude est utilisé depuis plusieurs années en Californie, alors que cet État l’a massivement et tout récemment refusé par référendum. Il est encore très étonnant de lire que l’Ontario a entrepris de mettre en place un régime de bons d’étude, puisque tout ce que l’Ontario de Mike Harris a péniblement réussi à imposer est plus simplement, et à l’instar de ce que s’apprête à faire George Bush dans le budget fédéral de 2003, un programme de crédit d’impôt permettant de déduire une partie des frais de scolarité payés à une école privée.
Mais le pire est de lire que “dans l’ensemble, tous s’entendent pour dire que l’implantation des bons d’étude a été non seulement bénéfique pour les familles mais aussi pour les écoles publiques et les communautés ” puisque cette affirmation est fausse et ne reflète aucunement les conclusions des recherches qui ont été menées sur les programmes de bons d’étude existant. Plus pernicieux encore est de laisser croire que ce que propose l’ADQ a déjà été implanté en maints endroits aux États-Unis. En fait, ce que Friedman envisage, et que l’ADQ semble ambitionner d’appliquer ici, à savoir des bons publics universels, n’est, stricto sensu, implanté nulle part (Sugarman et Kemerer, 1999, p. 27) et les rares et partielles applications auxquelles une telle proposition a donné lieu n’ont concerné et ne concernent toujours qu’un très petit nombre de personnes, elles-mêmes sélectionnées selon des critères très contraignants.
Sans prétendre être exhaustif, tentons un bilan sommaire de l’expérience américaine. On y trouve d’abord, à côté de bons subventionnés par les fonds publics, un assez large éventail de programmes de bons d’éducation privés . Ceux-ci ne rencontrent évidemment pas les mêmes embûches légales et politiques rencontrées par les programmes publics de bons et leur nombre est relativement important: on en dénombrait plus de 65 en 1999, subventionnés par des fondations et des corporations et promus par les mêmes groupes qui défendent les bons publics d’éducation auxquels ils servent de vitrine (Sugarman et Kemerer, 1999, p. 28).
Les programmes de bons publics les plus importants sont ceux de Milwaukee (créé en 1990 et prorogé en 1995), de Cleveland (1996) et de Floride (1999). Les deux premiers s’adressent à un nombre très limité d’enfants (environ 8000 et 4000, respectivement, ceci en 2000) de familles à faible revenu qui peuvent utiliser leur bon (valant jsuqu’à $5 106 dans le premier cas et jusqu’à $2 250 dans le deuxième) à l’école (publique, privée ou religieuse) de leur choix. Le dernier vise les enfants qui fréquentent des écoles publiques identifiées comme ayant des résultats particulièrement pitoyables : ici encore ces bons sont en nombre très limité et permettent à ceux qui les obtiennent de fréquenter l’école (publique, privée ou religieuse) de leur choix (en 1999, 800 enfants étaient éligibles et 152 ont obtenu un bon d’une valeur approximative de $3 400). D’autres programmes de promotion du libre choix existent (notamment : Minnesota (1997), Arizona (1997), Illinois (1999)) mais ceux-ci sont des programmes de déduction d’impôt et pas des programmes restreints de bons publics d’éducation, encore moins des programmes universels de bons publics d’éducation tels que Friedman et l’ADQ les envisagent.
Que sait-on des effets des trois programmes qui s’apparentent à ce que l’ADQ souhaite implanter? Le plus étudié des trois et celui à propos duquel les conclusions des recherches sont les plus disputées est de loin celui de Milwaukee. Je n’entrerai pas ici dans la petite histoire de ces disputes mais, au total, les résultats obtenus par les chercheurs ayant trouvé un très minuscule avantage au programme semblent au moins en partie conditionnés par leurs propres convictions. Il reste que, dans tous les cas, rien de remarquable ou de tranché ne paraît pouvoir être affirmé avec conviction par quiconque. John Witte (1991, 1992, 1993, 1994) argue qu’il n’y a pas de différence statistiquement significative entre les résultats des élèves participant au programme et ceux d’élèves comparables fréquentant le réseau public ; il affirme que le degré de satisfaction des parents est plus élevé si leur enfant participe au programme; enfin, il remarque que le nombre d’enfants quittant annuellement le programme est proportionnellement supérieur à celui des enfants du système public qui changent d’école. Ces conclusions sont contestées par Paul Peterson, mais il n’argue de manière convaincante qu’en faveur d’une légère amélioration des résultats académiques. Ces données sont encore rendues plausibles au vu des résultats de recherche portant plus largement sur les effets des tentatives de constitutions de marchés ou de quasi-marchés de l’éducation. Whitty (1997) a procédé à une méta analyse des données concernant divers efforts entrepris aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne pour créer des quasi-marchés de l’éducation : sa conclusion est qu’il n’y a guère de base empirique permettant de soutenir qu’ils amélioreraient la réussite des étudiants, mais que les données disponibles suggèrent qu’ils créent de nouvelles inégalités dans da distribution de l’éducation. Cette conclusion rejoint celle de Carnoy (1995) qui s’est penché sur les effets de la privatisation au Chili et ailleurs. Elle confirme aussi les résultats obtenus par la Carnegie Foundation en 1992 qui concluait, après une revue systématique des programmes de libre choix en application aux Etats-Unis, que si ces programmes étaient bénéfiques pour certains enfants, c’était pour ceux dont les parents étaient eux-mêmes plus éduqués; qu’ils coûtaient plus cher à opérer; qu’ils menaçaient d’accroître le fossé entre districts scolaires pauvres et riches et que leur impact positif sur la réussite scolaire des élèves n’était pas établi. (Canargie Foundation for the Advencement of Learning, 1992) L’ensemble de la littérature existante incite à accepter la conclusion suivante de Jonathan (1997. P. 42) qui a en outre le mérite d’expliquer l’attrait que peuvent exercer dans un premier temps des politiques semblables à celle que propose l’ADQ :
Parler en termes de droits, de choix, de contrôle et de responsabilité individuelle conforte l’intuition qu’a le public des conditions formelles de la justice distributive. Cependant, cette même rhétorique conduit le public à se méprendre sur le fait que ce sont également là les conditions même de substantielles injustices de distribution lorsque les biens dont il est question sont sociaux et que le contexte de leur distribution est compétitif. […] Une liberté formelle de choix pour tous entraîne nécessairement des opportunités limitées pour certains.
Et c’est loin d’être tout. Car tous ces programmes ont fait et continuent de faire aux États-Unis l’objet d’incessantes contestations devant les tribunaux et on regrette que l’ADQ ait occulté cette vaste bataille juridique. Ce qui est en jeu ici est crucial, puisqu’il s’agit de la question de la séparation de l’Église et de l’État garantie par le premier amendement de la Constitution américaine. Or, on l’aura compris, ce sont, dans une proportion importante, des écoles privées confessionnelles qui cherchent, par le biais de bons d’éducation, à obtenir un financement public. En juin 2002, la Cour suprême des États-Unis a rendu, à 5 voix contre 4, un jugement reconnaissant la constitutionnalité des vouchers mis en place dans la ville de Cleveland et offrant un choix entre école privées confessionnelles et écoles publiques laïques. Mais, peu de temps après, un tribunal de la Floride invalidait pour sa part les vouchers de cet État qui permettent l’utilisation de fonds publics à des fins religieuses : ces bons, tranchait le Tribunal, sont inconstitutionnels parce qu’ils violent la séparation de l’Église et de l’État. Il est à prévoir que le dossier juridique est loin d’être clos et que le New York Times (1 juillet 2002) a été bon prophète en écrivant au lendemain du jugement concernant Cleveland qu’il “amenait le débat dans l’arène politique, où il est à prévoir qu’il sera partout un sujet de controverses et de discorde”. Si on a suivi les déchirants débats des dernières années entourant la confessionnalité du système scolaire québécois, si on s’inquiète de l’immense fragilité de l’idée de laïcité chez nous au moment où cette notion est de plus en plus nécessaire pour une école devant accueillir des populations d’une si grande hétérogénéité, on ne peut manquer d’être estomaqué de la légèreté de l’ADQ qui n’envisage pas que sa proposition de bons d’études pourrait avoir d’explosive en multipliant les écoles confessionnelles.
On regrette aussi que l’ADQ ait passé sous silence le fait que l’idée de bons d’études, chez nos voisins du Sud, a été systématiquement rejetée par les citoyens aussi bien lors de référendums que de sondages. Car le fait est que l’argumentaire des opposants aux vouchers est particulièrement solide (DOERR, Edd et al, 1996, pp.13-16).
Les opposants sont ici aussi nombreux que variés. Commençons par des arguments peut-être moins attendus. Des penseurs libertariens ou plus simplement libéraux s’y opposent en effet vertement parce qu’ils voient dans ce système une forme de socialisme d’État voué à l’échec : ceux-là arguent qu’un marché suppose pour son fonctionnement des droits de propriété privée et ne peut pas s’établir sur la base de bons donnés par la collectivité et dont l’État seul préciserait (et pourrait modifier à sa guise) les conditions d’utilisation. Ils craignent aussi la multiplication de start-ups de l’éducation, aux pratiques parfois douteuses. Ils pensent encore que cet afflux artificiel de monnaie fera monter les coûts et laissera sur le pavé encore plus de parents. Ils craignent également les effets de ce système … sur l’école privée. D’un côté, disent-ils, les bons vont accroître le contrôle de l’État sur ces écoles (c’est la théorie du cheval de Troie); de l’autre, ils rappellent (c’est la théorie de la capture, bien connue des économistes) que les firmes réglementées finissent par capturer le processus de réglementation : le monopole public (syndicats, fonctionnaires, etc.) s’associera à des écoles privées et éliminera toute dynamique de marché.
Mais les arguments des opposants qui sont les plus convaincants sont avancés par ceux qui craignent que ce projet n’aboutisse à la création d’un système d’éducation à deux vitesses. Ceux-là rappellent, avec raison, que la véritable liberté de choisir sera celle des écoles bien plus que des parents. D’un côté, le transport scolaire et le lieu de résidence limiteront fortement la liberté de choisir des parents; de l’autre, les écoles pourront, à leurs conditions, accepter qui elles veulent et refuser qui elles veulent. Ils rappellent, encore une fois avec raison, que les écoles de l’élite pourront demander de substantiels montants en sus des bons et qu’elles n’admettront que les cas faciles, laissant aux écoles publiques désormais privées de financement l’obligation d’ accepter tout le monde (cas problèmes, difficultés d’apprentissage et ainsi de suite). Ils prédisent aussi que les valeurs démocratiques et égalitaires (accueil de chacun, création d’une culture commune, respect des différences, égalité des chances etc.) seront très fortement mises à mal par ce système, s’il en vient à être appliqué. Ils soulèvent enfin la question, difficile mais cruciale, de la reddition de comptes, aussi bien pédagogique que financière. Car il ne fait aucun doute que cette mesure aura un impact financier important. Le gouvernement du Québec verse une subvention d’environ $5000 pour chaque élève qui fréquente le réseau public, et une subvention de près de $3 300 par élève fréquentant le réseau privé, ne laissant aux parents de ces élèves, en moyenne, que le tiers du coût total de leur scolarisation. Les coûts additionnels ne sont pas faciles à évaluer, mais en l’absence de travaux sérieux de la part de l’ADQ, à qui il revenait pourtant de les mener, force est de se rabattre sur les chiffres disponibles ailleurs. Pour le moment, au ministère de l’éducation, on établit ces côuts à $174 millions (Chouinard, 2002).
Tout cela invite à poser à l’ADQ des questions urgentes. De quel montant serait ce bon? Quelles seraient ses conditions d’utilisation? Quelles formes de transport scolaire seront proposées? Quelles exigences, notamment pédagogiques et institutionnelles, seront faites aux écoles susceptibles de l’encaisser? Quelles balises et conditions seront posées pour garantir l’accessibilité et le libre choix des parents ayant des enfants en difficulté d’apprentissage, handicapés ou ayant des besoins particuliers? Quelles formes de contrôle de la société sur ces écoles assurera-t-on, aussi bien sur le plan financier (reddition de comptes) que curriculaire? Quelle place un tel programme conférera-t-il aux diverses formes d’enseignement religieux et éventuellement à l’enseignement religieux sectaire et dogmatique? Quel sont les effets prévisibles de ce programme sur le réseau public et comment répondre à ceux qui y voient, avec un argumentaire solide, une manière de favoriser encore plus un réseau privé déjà hautement subventionné et ceux qui ont déjà les moyens de s’y inscrire et une grave menace au réseau public et aux plus démunis de ceux qui le fréquentent? Comment assurera-t-on le maintien d’école de qualité et dignes de ce nom desservant de petites communautés et comment répondre à ceux qui arguent, avec des arguments plausibles, qu’un tel projet entraînera la fermeture de quelque 400 écoles de village?
Au moment de rédiger ces lignes, sur toutes ces questions et sur de nombreuses autres, l’ADQ se contente de dire que la réflexion se poursuit, en précisant qu’il n’est pas question de reculer sur le principe même des bons (Chouinard, 2002) et en promettant de ne pas les implanter sans les avoir au préalable mis à l’épreuve dans des projets pilote. Rien de cela ne doit occulter le fait qu’on nous incite à nous engager dans une voie imprécise mais surtout extrêmement dangereuse, dans une voie que personne, hormis quelques doctrinaires néo-libéraux, n’a sérieusement osé proposer et qu’on le fait sans même avoir fait ses devoirs, sans même, semble-t-il, avoir pris la mesure de ce que cela implique et signifie. Il faut, je pense, une singulière méconnaissance de ce qu’est l’éducation et de ce que signifient précisément l’idée de bons d’éducation pour en arriver là, pour en arriver là dans un programme politique dont le chapitre consacrée à l’éducation s’intitule, sans rire : “Pour l’égalité des chances ” et la section que je viens de discuter: “Une école pour tous : démocratiser notre système d’éducation ”.
Je soutiens que s’engager dans cette voie pourra causer au système d’éducation du Québec un tort immense et peut-être irréversible.
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L’ADQ place au cœur de sa réflexion une vision résolument fonctionnaliste et marchande de l’éducation qui, si elle s’inscrit parfaitement dans la foulée de l’assaut néolibéral lancé contre l’éducation publique, ne peut manquer de troubler profondément quiconque persiste à défendre un idéal que je me contenterai d’appeler ici humaniste. Selon ce point de vue, si on doit le dire en un mot, c’est moins l’école qui doit se définir en fonction de la société ou, pire, de l’économie, mais la société et l’économie qui doivent s’organiser en fonction de l’école, qui a à charge de former des êtres libres et capables de penser par eux-mêmes.
La réflexion sur l’éducation de l’ADQ place au sommet des défis que le Québec devra affronter au cours de années qui viennent “celui d’avoir une main-d’œuvre qualifiée et compétente ” dans une économie de “plus en plus compétitive ” où il sera une société “parmi les plus performantes ”. Au moment où notre système scolaire s’est déjà profondément engagé dans une réécriture de ses programmes les propulsant dans la voie trouble et nébuleuse des compétences, des savoirs-faire, des savoirs-être et autres sornettes qui instrumentalisent l’éducation au profit des institutions économiques, une telle vision a de quoi engendrer de profondes inquiétudes. Le reste du programme n’a rien pour rassurer. Par exemple, si la valorisation de la formation professionnelle est sans doute un objectif louable, on se demande ce que signifiera concrètement l’accroissement de “son accessibilité” quand elle devra passer par “une véritable filière professionnelle décloisonnée qui permettra à l’élève d’effectuer des stages en milieu de travail dès le secondaire” surtout lorsque cela est envisagé par des gens qui, voulant assurer à tous, minimalement, un diplôme d’études secondaires, concluent qu’il faudra pour ce faire “rétablir un programme d’études professionnelles dès la fin du deuxième secondaire” et “une formation plus adaptée aux nouvelles réalités. ”
De même, qui s’opposera à l’idée de mettre “un maximun de ressources sur le terrain ”, de viser à “l’embauche de professeurs supplémentaires et de spécialistes ” ou à une “décentralisation importante ”? Mais outre le fait que l’article central du programme adéquiste en éducation garantit une diminution des ressources allouées à l’école publique, comment ne pas s’inquiéter de lire cette candide affirmation que pour l’ADQ tout cela “pourrait permettre le développement d’écoles à chartes ”, c’est à dire de ces écoles qui sont, comme les bons, un autre cheval de Troie néo-libéral pour parvenir au démantèlement du réseau public?
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J’ai commencé ce texte en évoquant quelques-uns des débats concernant l’éducation actuellement en cours dans les démocraties libérales. Je souhaite y revenir au moment de le conclure. Je pense en effet qu’une bonne part de ces différends peuvent commodément se rattacher à une tension fondamentale qui concerne l’idée même d’éducation et sa pratique au sein de telles sociétés. D’un côté, ces sociétés sont libérales et elles reposent donc sur la culture et la promotion d’un certain nombre de valeurs qui s’articulent autour de l’idée d’individualisme (libéral), notamment la liberté et l’initiative individuelles ainsi que l’autonomie calculatrice. D’un autre côté cependant, à proportion que le projet démocratique y est pris au sérieux, elles supposent aussi la culture d’un esprit civique, de la citoyenneté participative, la promotion de l’égalité et l’abolition des privilèges illégitimes. Envisagée du pôle libéral de cette tension, l’idée d’une éducation dispensée par l’État est fortement problématique puisqu’elle semble en effet devoir porter en elle une intolérable atteinte à la liberté et la menace d’un inadmissible modelage des jeunes esprits. Et c’est bien pourquoi tant de libéraux (à commencer par Wilhelm Von Humboldt) et tant de penseurs de gauche (à commencer par les anarchistes) ont entretenu à l’endroit de l’idée d’une implication de l’État en éducation une suspicion qui débouchera, en certain cas, sur son refus en principe. Et c’est sans doute pourquoi les idées comme celles de déscolarisation ou de bons d’étude ont pu paraître attrayantes à des gens appartenant à tout le spectre des idéologies politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Mais envisagée cette fois à partir de son pôle démocratique, la tension évoquée plus haut invite à exiger de l’éducation qu’elle soit un lieu qui se définisse à la fois en fonction du Bien commun et à partir de ses propres normes internes, qui sont celles de la vie de l’esprit et du savoir et de ses indispensables conditions, lesquelles ne peuvent être définies à partir des normes qui prévalent dans le monde extérieur et qui, souvent, entrent même en conflit avec elles. Cette tension travaille constamment les démocraties libérales qui ont cherché des accommodements permettant en pratique de naviguer entre ces deux pôles et de satisfaire les exigences qu’ils portent. Le cas de Humboldt est exemplaire : hostile dans son premier écrit à l’idée d’une intervention de l’État en éducation jusqu’à la proscrire absolument, il finit, en pratique, par diriger le ministère de l’éducation qui mettra sur pied l’Université de Berlin telle qu’il l’aura imaginée.
La manière adéquiste de résoudre cette tension est simple : elle consiste à toutes fins utiles à nier l’un des deux termes pour tout miser sur l’individualisme libéral le plus exacerbé. Elle consiste à refuser de penser l’éducation comme un Bien commun et à ce titre, si je peux le dire ainsi, comme un bien ontologiquement non marchand.
On ne peut en arriver là qu’en oubliant ce qui, pour les êtres humains vivant en société, se joue en éducation. Hannah Arendt a exprimé cela mieux que je ne pourrais le faire : “L'éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité, et de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus. C'est également avec l'éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter dans le monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d'entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n'avions pas prévu, mais les préparer d'avance à la tâche de renouveler un monde commun. ”
Au risque de paraître cavalier, je ne peux m’empêcher de conclure ce texte en disant qu’il est hautement déplorable de voir un parti qui aspire à gouverner le Québec se présenter devant l’opinion publique avec un dossier aussi mal préparé, avec un argumentaire si peu crédible et truffé d’informations fausses ou tendancieuses.
Des bons d’éducation? Une école marchande? Non, merci.
BIBLIOGRAPHIE
La section du Programme de l’ADQ consacrée à l’éducation s’intitule : Éducation : Pour l’égalité des chances. Ce Programme est disponible sur Internet à l’adresse suivante : []
ACTION DÉMOCRATIQUE DU QUÉBEC, “Respecter le libre choix des parents et de leurs enfants. Avis de l’Action Démocratique du Québec en réponse en réponse au Rapport Proulx : Laïcité et religions, perspective nouvelle pour l’école québécoise ”. Ce document est disponible sur le site Internet de l’ADQ .
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