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dimanche, mars 01, 2009

SIX PIEDS SOUS TERRE, PUIS … RIEN?

[Tiré d'une série de vulgarisation de concepts de philosophie en cours de rédaction]

Isabelle : Que dit mon frère ?
Claudio : Que la mort est une chose terrible.
Isabelle : Et une vie sans honneur, une chose haïssable.
Claudio : Oui ; mais mourir, et aller on ne sait où ; être gisant dans une froide tombe, et y pourrir ; perdre cette chaleur vitale et douée de sentiment, pour devenir une argile pétrie.

William Shakespeare, Mesure pour mesure, III, 1.


***
Avez-vous regardé cette série télé dont on parle tant: Six Feet Under (Six pieds sous terre), dans laquelle on suit les aventures des membres d’une famille qui possède une entreprise de pompes funèbres? Moi, oui, et c’est vraiment très bon.

La mort, on le devine, est omniprésente dans cette série. Chaque émission commence d’ailleurs par la mort d’une personne. On assiste alors à toutes sortes de morts : accidentelles et inattendues, ou au contraire prévues et attendues; des suicides; des meurtres, des morts bizarres ou malchanceuses; et bien d’autres encore.

Mais quelle que soit la manière, une chose est sûre : nous mourrons tous.

La mort a de tout temps préoccupé les philosophes et ils lui ont consacré d’innombrables pages. Cet imposant corpus comprend toutes sortes de choses; mais la recherche d’une manière de faire face à la mort, sinon sereinement du moins sans la craindre, y occupe une place prépondérante — une place si grande, en fait, que plus d’un philosophe pourrait dire, avec Michel de Montaigne (1533-1592), que «philosopher, c’est apprendre à mourir».

Considérez par exemple ce que nous dit Épicure (env.-340- env.-270) : «Habitue-toi à la pensée que la mort n'est rien pour nous, puisqu'il n'y a de bien et de mal que dans la sensation et la mort est absence de sensation. Par conséquent, si l'on considère avec justesse que la mort n'est rien pour nous, l'on pourra jouir de sa vie mortelle […] Il faut être sot pour dire avoir peur de la mort, non pas parce qu'elle serait un événement pénible, mais parce qu'on tremble en l'attendant. De fait, cette douleur, qui n'existe pas quand on meurt, est crainte lors de cette inutile attente ! Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là nous n'existons pas. Donc la mort n'est rien pour ceux qui sont en vie, puisqu'elle n'a pas d'existence pour eux, et elle n'est rien pour les morts, puisqu'ils n'existent plus. »

On voit ici qu’Épicure, en bon matérialiste, accepte le fait de la mort, puis, examinant ce qu’elle est, conclut que nous n’avons pas à la craindre. Plus d’une personne effrayée par la perspective de mourir a trouvé un certain réconfort dans ces lignes. Et vous?

D’autres philosophes abordent la question différemment. Parmi eux, Socrate et Platon. Considérez à ce propos ce dialogue appelé Phédon. Platon y raconte la mort de Socrate. Juste avant de boire la ciguë, Socrate parle de la mort avec des amis et leur explique pourquoi il ne la craint pas. En gros, Socrate soutient que l’âme est une et immatérielle et qu’en conséquence elle ne peut être détruite ou décomposée d’aucune manière, comme peut l’être un objet matériel. Il suggère donc que cette part de nous, la plus importante, est immortelle. Aux véritables philosophes, conclut Socrate, la mort ne paraît nullement terrible : elle n’est que la perte du corps, ce tombeau provisoire de l’âme.

Mais il faut bien le dire : les arguments de Socrate ne nous impressionnent pas beaucoup aujourd’hui et nous convainquent encore moins.

C’est que, pour bien des gens, la cause est désormais entendue : ce que Socrate et la tradition qui l’a suivi appelaient l’âme — c’est-à-dire la conscience, les émotions, la pensée, etc. — tout cela dépend du fonctionnement de cette masse de chair appelée cerveau et ne pourrait exister sans lui. Or, lorsque nous mourons, le cerveau cesse de fonctionner. Il s’ensuit qu’il n’y a rien après six pieds sous terre.

Mais la mort est si mystérieuse, si fascinante et si terrifiante que cette conclusion, qui n’est d’ailleurs pas une preuve définitive, n’est pas facilement admise. C’est ainsi que de nombreuses personnes admettent les enseignements de la science moderne tout en conservant malgré tout une foi religieuse qui leur permet d’espérer que la mort n’est pas la fin.

Est-il possible de concilier ainsi les enseignements de la science et les croyances religieuses? Ce n’est pas évident et c’est sans doute pourquoi beaucoup de personnes attachées à la science et à la religion les situent volontiers sur deux plans différents. Il n’est pas certain que cette stratégie soit défendable.

Mais laissons cette trop vaste question. Je voudrais plutôt examiner ici trois idées qui sont avancés aujourd’hui pour défendre l’existence d’un «après six pieds sous terre», trois idées qui se veulent rationnelles. Nos modernes Socrate valent-ils mieux que l’ancien? Examinons trois de leurs arguments pour le savoir. Au passage nous apprendrons quelques stratégies utiles pour aider à raisonner juste.

Réincarnation?

De très nombreuses personnes appartenant à diverses traditions religieuses pensent qu’à notre mort, nous nous réincarnons. Qui sait? Vous étiez peut-être dans une autre vie une amérindienne du XIe siècle. Ou un pauvre paysan japonais il y a mille ans. Cette idée est-elle plausible?

Le philosophe Paul Edwards est convaincu que non, pour de nombreuses raisons. En voici trois.

D’abord, si nous avons été autrefois tant de personnes, pourquoi semble-t-il que nous renaissons à chaque nouvelle fois ignorant et sans aucune trace du savoir que ces autres vies nous apporteraient? L’argument est intéressant. Notons cependant que Platon, toujours brillant, l’a pressenti et y a répondu en disant que, tout juste avant d’être réincarnées, nos âmes s’abreuvent au fleuve de l’oubli!

Un deuxième argument d’Edwards suggère que l’accroissement de la population pose une difficulté fatale à l’hypothèse de la réincarnation. Et en effet, comment expliquer que nous soyons passés, entre 8000 av. J.C. et aujourd’hui, d’une population de 5 millions à une population de plus de 6 milliards d’être humains?

Edwards ajoute enfin et surtout qu’on n’observe aucune des conséquences qui devraient pourtant l’être, si l’hypothèse de la réincarnation était fondée. C’est que si elle l’était, des gens se souviendraient de leurs vies passées. Or la chose est rarissime; puis, quand elle est alléguée, il est très rare que le témoignage soit crédible; quand il l’est, si on pousse l’investigation plus avant, on découvre typiquement des fraudes ou des phénomènes explicables par des causes naturelles et banales; finalement, et c’est le plus grave, ces témoignages allégués ne nous apprennent jamais rien de neuf sur ces époques passées où la personne dit avoir vécu. (Eh! Si vous avez été une amérindienne du XIe siècle, racontez-moi un peu dans le détail comment vous viviez!)

Edwards est-il convaincant? Je vous laisse en juger.

Les expériences de mort imminente?

D’autres personnes croient en une vie après «six pieds sous terre» parce qu’elles pensent que des personnes déclarées cliniquement mortes sont revenues à la vie et peuvent en témoigner.

Cette thèse a été lancée par Raymond Moody, un médecin américain qui est aussi philosophe, dans un best-seller paru en 1975, Life after Life (La vie après la vie). Moody y raconte avoir interviewé des personnes ayant vécu ce qu’il a nommé des «expériences de mort imminente» (l’expression a fait fureur) et assure qu’elles lui ont rapporté des expériences similaires : la sensation de séparation d’avec leurs corps; celle de flotter; de voir d’en haut les médecins et le personnel soignant s’efforcer de les réanimer; puis un tunnel, de la lumière, une sensation de bien-être et de joie; et ainsi de suite. Ces personnes ont ensuite été «ramenées à la vie» et ont pu témoigner.

Pour certains, l’affaire serait entendue: il y a bien un après six pieds sous terre. Mais est-ce une conclusion raisonnable? Je ne pense pas.

D’abord, on le sait bien, le simple fait de rapporter des expériences subjectives ne garantit pas qu’elles ont eu lieu exactement comme on les rapporte, ni même qu’elles ont réellement eu lieu : pensez aux rêves, aux illusions, aux hallucinations, aux oublis, etc. Ensuite, que des patients gravement malades, prenant des médicaments, vivent des expériences subjectives singulières n’a rien de surprenant; et puis, le fait que ces expériences convergeraient (ce que dit Moody) pourrait s’expliquer par divers facteurs comme ses propres biais d'interviewer et demanderait donc à être confirmé de manière indépendante; d’autres médecins-chercheurs ont d’ailleurs trouvé que leurs patients à eux vivaient des expériences de supposée mort imminente bien différentes (comprenant violence, agression, tristesse) de celles des patients de Moody.

David Hume (1711-1776) est un philosophe qui n’aurait jamais succombé à la mode Moody ou acheté son livre. Pour le comprendre, considérez attentivement ce qu’il écrivait à son époque en parlant des miracles, un sujet d’alors bien proche de nos actuelles expériences de mort imminente. Vous y apprendrez une très précieuse leçon de pensée critique.

***
HUME SUR LES MIRACLES

Un miracle est une violation des lois de la nature, et comme une expérience ferme et inaltérable a établi ces lois, la preuve que l'on oppose à un miracle, de par la nature même du fait, est aussi entière que tous les arguments empiriques qu'il est possible d'imaginer. […] Ce n'est pas un miracle qu'un homme, apparemment en bonne santé, meure soudainement, parce que ce genre de mort, bien que plus inhabituelle que d'autres, a pourtant été vu arriver fréquemment. Mais c'est un miracle qu'un homme mort revienne à la vie, parce que cet événement n'a jamais été observé, à aucune époque, dans aucun pays. Il faut donc qu'il y ait une expérience uniforme contre tout événement miraculeux, autrement, l'événement ne mérite pas cette appellation de miracle. Et comme une expérience uniforme équivaut à une preuve, il y a dans ce cas une preuve directe et entière, venant de la nature des faits, contre l'existence d'un quelconque miracle. Une telle preuve ne peut être détruite et le miracle rendu croyable, sinon par une preuve contraire qui lui soit supérieure.

La conséquence évidente (et c'est une maxime générale qui mérite notre attention) est : "Aucun témoignage n'est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d'un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il veut établir; et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c'est seulement l'argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l'argument inférieur." Quand quelqu'un me dit qu'il a vu un mort revenu à la vie, je considère immédiatement en moi-même s'il est plus probable que cette personne me trompe ou soit trompée, ou que le fait qu'elle relate ait réellement eu lieu. Je soupèse les deux miracles, et selon la supériorité que je découvre, je rends ma décision et rejette toujours le plus grand miracle. Si la fausseté de son témoignage était plus miraculeuse que l'événement qu'elle relate, alors, et alors seulement, cette personne pourrait prétendre commander ma croyance et mon opinion.
HUME, D., Enquête sur l’entendement humain, 1748.

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Parler avec les morts ?!?

Certaines personnes croient néanmoins à une vie après la mort parce qu’elles-mêmes ou des personnes qu’elles connaissent … parlent avec les morts!

Ne riez pas. Cette mode (ou cette croyance comme vous voulez) a été très répandue entre, disons, 1880 et 1930 dans le cadre de ce qu’on a appelé «le mouvement spiritualiste». Elle réapparait depuis les années 80 sous le nom de «canalisation».

Il est vrai que l’expérience que vous fait vivre un médium peut être troublante. Voici une personne qui ne vous connaît pas et qui dit entrer en contact avec, disons, votre père décédé : or celui-ci s’adresse à vous et vous dit des choses plausibles et en certains cas des choses que vous seul savez!

Qu’en penser? Ici encore, un sain scepticisme s’impose. On sait désormais que les médiums pratiquent un art appelé «lecture à froid», par quoi ils lancent des phrases plausibles, mais vagues ou ambiguës et réagissent ensuite aux réactions de leurs interlocuteurs, lesquels vont bien souvent fournir eux-mêmes l’information qu’ils diront plus tard leur avoir été révélée par le médium.

C’est un art complexe et savant, mais d’une redoutable efficacité. On l’utilise typiquement avec un autre, qui consiste à utiliser des phrases dont le contenu pourrait s’appliquer à n’importe qui (on appelle cela : l’effet Forer). C’est ainsi que procède le médium (ou l’astrologue, le lecteur de paumes de la main et ainsi de suite; c’est toujours la même technique) pour faire en sorte que ses propos (prédictions ou dialogue avec un mort) sont jugés convaincants.

Pour constater de vos yeux l’efficacité de ces procédés, je vous invite d’ailleurs à aller sur You Tube voir ce document,— c’est en anglais: [http://fr.youtube.com/watch?v=haP7Ys9ocTk].

Alors? Six pieds sous terre, puis… rien? Voilà une question à laquelle vous devrez répondre par vous-même.



Normand Baillargeon
Baillargeon.normand@uqam.ca

mercredi, avril 02, 2008

CONTRE LA PEINE DE MORT

[J'étais, il y a environ trois ans, impliqué dans une campagne pour obtenir la grâce de Farley Matchett, condamné à mort par l'État du Texas. Malgré nos efforts, Farley a été exécuté le 12 septembre 2006 . Il avait 43 ans. J'ai été surpris quand on m'a envoyé le texte suivant, repiqué sur Internet, et qui reprend, autant que je m'en souvienne, un texte que j'ai effectivement lu au Cabaret La Tulipe, à Montréal, le 4 décembre 2005. ]


En 1976, la Cour Suprême des Etats-Unis a rétabli la peine de mort. Le 2 décembre dernier, Kenneth Lee Boyd, 57 ans, a été exécuté.

Il était la 1000e personne à être mise à mort aux Etats-Unis, depuis 1976

Prenons le temps de ressentir le poids terrible de ces chiffres, de ce meurtre et des 999 autres qui l’ont précédé.

***

Le meurtre judiciaire est un affront à la dignité humaine, une sordide loi du Talion, indigne de nous, mais qui traverse, hélas, toute l’histoire humaine

Cela perdurera jusqu’en 1786. C’est en effet cette année-là que le Grand Duché de Toscane devient le premier État souverain à abolir la peine de mort.

On peut n’y voir, sans doute, qu’un mince trait de lumière dans la sombre nuit de la vengeance: mais il ne va plus cesser de grandir, de s’amplifier et de faire reculer les ténèbres.

En 1945, 13 États abolissent à leur tour la peine de mort. Aujourd’hui, 120 pays et Territoires l’ont abolie, de jure ou de facto. Ce sont là 120 traits de lumière lancés contre la nuit, 120 étincelles qui composent un vibrant brasier qui, si nous le voulons, finira par éclairer le monde comme un jour neuf. Si nous le voulons; et si nous luttons.

Car il ne faut pas se le cacher : la situation reste sombre et l’avenir incertain.

Aujourd’hui encore, hélas, 76 pays maintiennent la peine de mort. En 2004, au moins 3797 personnes dans 25 pays et territoires ont été exécutées. Et 7395 personnes ont été condamnées à mort dans 64 pays. 97% des exécutions, en 2004, ont eu lieu en Chine, en Iran, au Vietnam et aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis où, justement, Farley Matchett, pour qui nous sommes réunis ce soir, croupit, depuis 13 ans, dans une cellule du couloir de la mort, aux États-Unis où le système d’imposition de la peine capitale n’est pas seulement et comme toujours ignoble et inhumain, mais est aussi notoirement arbitraire et discriminatoire.

Il tue, de manière disproportionnée, des Afro-Américains et des pauvres

Il a tué des déficients intellectuels, il a tué des mineurs

Il condamne très certainement à mort des innocents — comme le montre le fait que 122 personnes ont été relâchées des couloirs de la mort en raison d’erreurs judiciaires

Sachez aussi que près de la moitié de ces 1000 exécutions qui ont été perpétrées aux États-Unis depuis 1976 ont eu lieu au Texas et en Virginie.

Que 80% d’entre elles ont eu lieu dans le Sud du pays.

Songez enfin que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif particulier.

Vous comprenez alors, en partie, les raisons de lutter contre le meurtre légal, froid, planifié.

Mais en partie seulement. Car il y a plus important encore. C’est que, répétons-le, le meurtre judiciaire est un affront à la dignité humaine. Lors d’une exécution capitale, certains n’entendent résonner qu’un seul glas. C’est une erreur. Écoutez mieux. Il y en a deux. Le glas sonne d’abord pour le condamné à mort. Puis il sonne pour la société qui le tue, qui meurt elle aussi, à chaque fois, un peu, de ce meurtre qu’elle commet.

C’est que le meurtre judiciaire ne fait jamais une seule victime et le sang des condamnés à mort rejaillit sur chacun de nous. C’est ainsi qu’à chaque exécution, c’est un peu de notre humanité commune qui est mise à mort.

Chaque échafaud que l'on dresse, chaque guillotine que l’on monte, chaque chambre de mort que l’on prépare, retarde le jour où le sombre rocher de Sisyphe cessera de rouler et le fait s’abattre lourdement sur nous, fait grossir ce bloc de haine, de misère, de malheur et d'ignorance qui nous oppresse depuis trop longtemps.

Vous voulez absolument éliminer des coupables? Prenez vous–en a ceux-là! Tuez la misère! Tuez l’ignorance!

Tant que la peine de mort existera, il fera nuit. Nuit dans les tribunaux. Nuit sur la justice. Nuit sur nos vies. Nuit sur la Terre.

Arrivera-t-on bientôt à la levée du jour? Il y a des raisons de l’espérer. Il y a des raisons de le penser. Il y a des raisons de le croire. Notre présence ici ce soir en est une. Chaque geste posé, chaque note chantée, chaque mot prononcé contre la peine de mort fait grandir le rayon de lumière.Nous ne sommes d’ailleurs pas les premiers abolitionnistes.

D’autres, hier, aux Etats-Unis justement, luttaient pour abolir l’esclavage, cet autre crime suprême contre l’humanité.

Quand William Lloyd Garrison fonde sa société anti-esclavagiste, il est à toutes fins utiles seul. Dix ans plus tard, le nombre d’adhérents est énorme, de nombreux journaux et organisations existent, se battent, espèrent, se battent en espérant, espèrent parce qu’ils se battent. À une vitesse fulgurante, les idées abolitionnistes gagnent du terrain. Bientôt le mouvement est irrésistible et irréversible.Et il vaincra.Le fait est qu’il y eut un 13 juillet 1789, qu’il y eût une jour d’avant l’abolition de l’esclave, un jour d’avant la fin de chaque guerre. Qu’il y aura, demain, un jour d’avant la fin de la peine de mort, un jour d’avant le Jour.

La leçon des abolitionnistes d’hier vaut pour ceux d’aujourd’hui. Et c’est même à d’ex-esclaves ayant lutté pour l’abolition de la sordide institution que je demanderai de nous le rappeler, en leurs mots, comme autant d’encouragements à lutter à notre tour, sans désespérer et parce que la vérité et la justice finiront par l'emporter.

Voici Frederick Douglass, ex-esclave s’étant appris lui-même à lire et à écrire et devenu orateur, philosophe et homme politique : «Toute l’histoire des progrès de la liberté humaine démontre que chacune des concessions qui ont été faites à ses nobles revendications a été conquise de haute lutte. Là où il n'y a pas de lutte, il n'y a pas de progrès. »

Voici Harriett Tubman, ex-esclave étant retourné à de très nombreuses reprise dans le Sud, au risque de sa liberté et de sa vie, pour ramener au Nord des esclaves : «Je ne laisserai personne derrière moi, je n’abandonnerai personne»Nous non plus!

Je vous propose de laisser le mot de la fin à un proverbe africain qui nous dit sagement que «La meilleure façon de prédire l’avenir est de travailler à le faire advenir.»

Laissez-moi donc vous prédire l’avenir.La peine de mort sera universellement abolie.

La nuit finira.

Le jour se lève.