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mercredi, avril 21, 2010

INTRODUCTION À L’ÉTHIQUE - 3 LA SCIENCE ET L’ÉTHIQUE – 3ème partie

[Pour Québec Sceptique. Les numéros s'obtiennent essentiellement par abonnement. Ceci est une version abrégée et sans les notes de bas de page.]


Parentèle et réciprocité sont les deux piliers de l’altruisme dans un monde darwinien : mais il se construit bien des structures secondaires sur ces deux piliers.
Richard Dawkins

(The God Delusion, 2006)

Dans cette section sur la science et l’éthique de la présente série, je veux rappeler comment la biologie contemporaine a résolu l’énigme de l’altruisme et, en en exposant quelques-unes, montrer comment cette solution a ouvert la porte à de nombreuses et possiblement éclairantes hypothèses sur les origines et la nature de l’éthique et, partant, sur sa naturalisation.

Ces analyses éparses ont bien évidemment encouragé des tentatives de synthèses, qui les placeraient dans un ensemble cohérent permettant de comprendre globalement les phénomènes liés à la moralité. De tels efforts de synthèse n’ont pas manqué depuis quelques années. Je tracerai la prochaine fois les grandes lignes de l’une d’entre elles, proposée par le bien connu Michael Shermer, fondateur du magazine Skeptic. Je poserai alors aussi la question de la signification de ces travaux pour l’éthique et la méta-éthique, tout particulièrement relativement à la guillotine de Hume que j’ai exposée dans un texte précédent (pour mémoire : est-il valide de passer des jugements descriptifs et factuels concernant l’origine de la moralité aux jugements prescriptifs de la moralité? Quelle valeur et quelle signification accorder à des travaux qui semblent s’autoriser ce saut?)

Les questions abordés ici sont vastes et le territoire en friche : ce qui suit est inévitablement partiel et fragmentaire. Pour cette raison, j’indiquerai à la fin de cette série quelques ouvrages qui aideront qui le souhaite à aller plus loin.

Le problème de l’altruisme en biologie

L’altruisme qui pose problème en biologie doit être distingué de l’altruisme au sens courant, qu’on peut appeler altruisme psychologique. L’altruisme psychologique est celui du sens commun, celui de la psychologie et de la philosophie usuelles et il qualifie un acte comme altruiste s’il est posé pour des motifs dirigés vers le bien d’autrui «et sans prise en considération d’un quelconque avantage personnel futur», comme le dit bien Christine Claven. A contrario, un acte relève de l’altruisme évolutionniste s’il a pour effet «d’augmenter la valeur de survie et de reproduction d’autrui aux dépens de sa propre valeur de survie et de reproduction ».

Des comportements altruistes entendus en ce sens sont légion dans la nature. Parmi les cas d’altruisme qui intriguaient tant Darwin figuraient notamment, on l’a vu, ceux de ces insectes de l’ordre des Hyménoptères, qui comprend les abeilles, les fourmis et les guêpes. C’est qu’on y retrouve des femelles stériles qui ne se reproduisent pas et qui passent plutôt leur vie à s’occuper des filles mises au monde par leur mère et aussi des individus (comme les abeilles) qui défendent la colonie par des comportements qui causent leur mort (par exemple, en piquant les intrus).

Mais l’existence tant de ces actes altruistes que de ces individus stériles pose une formidable énigme, déjà reconnue par Darwin, à la théorie de l’évolution. Et on comprend sans mal pourquoi, quand il présentera la sociobiologie, E.O. Wilson pourra écrire que la question de l’altruisme en constitue le problème théorique fondamental. Wilson le formulera comme suit: «[…] comment l’altruisme qui, par définition, diminue la valeur sélective de l’individu, peut-il évoluer par sélection naturelle? ». On ne saurait mieux dire.

Certains auteurs tirèrent de ces difficultés la conclusion que d’autres forces que celles postulées par la théorie de l’évolution devaient être à l’œuvre dans l’évolution; d’autres suggérèrent de sortir du cadre du darwinisme classique et de penser l’évolution à partir du groupe plutôt que de l’individu — et cette approche conserve aujourd’hui encore quelques défenseurs. Un siècle d’efforts insatisfaisants s’écoula et il fallut attendre la nouvelle synthèse, celle du néo-darwinisme incorporant la révolution génétique, pour qu’une solution apparaisse.

Dans le cadre de cette nouvelle synthèse, c’est à partir des gènes plutôt que des individus que l’évolution doit être comprise : le darwinisme classique cherchait à comprendre les caractéristiques des organismes comme conférant ou non un avantage dans la compétition avec les autres pour laisser des descendants; la nouvelle synthèse se demande comment ces caractéristiques aident (ou non) les gènes qui constituent cet organisme à assurer leur pérennité.

Hamilton et la sélection de parentèle

Ce n’est qu’en 1964 que William D. Hamilton (1936-2000) donnera la réponse désormais la plus généralement admise à certaines questions que nous avons soulevées plus haut .

L’idée de base est que l’altruisme peut se développer entre des organismes qui ont des liens de parenté (on parlera pour cette raison d’altruisme de parentèle) et qui partagent donc des gènes en commun. Cet altruisme survient dès lors que les bénéfices qu’en tire le receveur sont supérieurs à ce qu’ils ont coûté au donneur. Hamilton formule une règle qui porte désormais son nom: rB > C, où B est le bénéfice pour celui qui profite du comportement altruiste, C le coût pour l’organisme altruiste et r le coefficient de proximité génétique. On comprend ainsi qu’un gène, que Dawkins appellera « égoïste » quand il vulgarisera les idées de Hamilton en 1976, peut programmer son porteur à aider des individus qui porte une de ses répliques et que cet altruisme augmente sa possibilité de proliférer. Cette idée est non seulement intuitivement convaincante quand on réfléchit à des animaux comme les humains, où les enfants possèdent la moitié des gènes de chacun de leurs parents, le quart avec leurs petits-enfants, et ainsi de suite, mais elle résolvait aussi brillamment l’énigme des insectes Hyménoptères, dont la génétique est particulière. [L’encadré qui suit fournit un début d’explication de cette question complexe].

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« Chez les abeilles, ainsi que chez la majorité des espèces de cet ordre, les femelles sont issues d'un zygote diploïde. Par contre les mâles […] se développent à partir d'un ovule haploïde non fécondé. Dans ce système haplodiploïde les valeurs des relations d'apparentement sont modifiées et la transmission des gènes devient alors différente entre les lignées maternelles et paternelles. [… La socialité des abeilles repose sur ces observations. Une femelle partage plus de gènes avec ses sœurs (3/4) qu'avec ses propres descendants (1/2). Par conséquent, on comprend qu'au niveau évolutif un système génétique conduisant à augmenter la production de sœurs au détriment d'une descendance directe puisse être sélectionné.»
Source : Insectes sociaux : [http://insectesociaux.skyrock.com/2.html]


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L’altruisme de parentèle est une première percée, un premier pilier comme dit Dawkins, vers une approche évolutionniste de l’éthique : il permet de comprendre que chez nos ancêtres était en place quelque chose qui permettra le développement de la moralité. L’altruisme réciproque fournira la deuxième percée.


L’altruisme réciproque

L’altruisme de parentèle concerne nos proches ; cependant, la moralité semble impliquer plus que cela, puisqu’existent dans nos sociétés (et déjà chez certains animaux) de multiples formes d’altruisme pratiquées envers des êtres avec lesquels nous ne partageons manifestement pas ou que bien peu de gènes.

Mais des gènes qui nous prédisposeraient à pratiquer l’altruisme envers des êtres auxquels nous ne sommes pas génétiquement liés contribueraient à la propagation de gènes égoïstes et devraient donc disparaître avec le temps. La solution de cette nouvelle énigme date de 1971 et est en grande partie l’oeuvre de Robert Trivers qui suppose que l’altruisme émerge comme stratégie de réciprocité . L’idée de départ est la suivante.

L’altruisme de réciprocité est une stratégie par laquelle un organisme fait preuve d’altruisme envers un autre organisme afin de pouvoir plus tard être à son tour le bénéficiaire de son altruisme. «Gratte-moi le dos et je gratterai le tien plus tard», en somme.


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L’altruisme réciproque chez les chauve-souris vampires





L’altruisme réciproque est pratiqué chez les chauve-souris vampires (Desmodus Rotundus), qui ont été étudiées par G. Wilkinson. Ce cas est notable puisque son apparition suppose notamment, comme on le verra, des capacités cognitives développées permettant la détection des tricheurs.
Il est fréquent pour ces animaux de ne pas parvenir à se nourrir durant une nuit donnée : or, ils mourraient s’ils ne mangeaient pas durant quelques jours de suite.
Ici, une chauve-souris affamée en sollicite une autre, d’abord en lui grattant le ventre (c) puis en lui léchant le visage (d); la donneuse, consentante, régurgite ensuite du sang à la demandeuse (e).
[Wilkinson, Gerald S., «Reciprocal Food Sharing in the Vampire Bat», Nature, 1984, 308: 181-184]
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Mais notre problème reste posé. En effet, là où l’altruisme réciproque est pratiqué, il sera avantageux de recevoir sans jamais donner et de devenir un bénéficiaire sans contrepartie (communément appelé : «free-rider»), un tricheur qui bénéficie sans jamais payer son dû des avantages de la coopération : en ce cas, l’évolution ne devrait à terme produire que de tels tricheurs et interdire l’altruisme de réciprocité : si le hasard fait apparaître ce type de gènes, l’évolution les éliminera. Comment la coopération que postulle l’altruisme réciproque et qui existe manifestement a-t-il pu se déployer ?

La théorie des jeux, qui pose de manière générale et formelle la question de la coopération et des conditions de sa pratique avantageuse, va permettre de poser et de résoudre cette question.

La théorie des jeux à la rescousse


La théorie des jeux, exposée en 1944 par John Von Neumann (1903-1957) [voir encadré] et Oskar Morgenstern (1902 -1977), est devenue un puissant et indispensable outil dans les sciences sociales. C’est à elle que le mathématicien John F. Nash (1928), rendu célèbre par le film A Beautiful Mind, a apporté ses plus importantes contributions scientifiques. Elle s’est avérée extrêmement utile pour cerner certains problèmes concernant l’évolution et pour étudier ces innombrables dilemmes bien réels qui apparaissent quand on doit choisir de coopérer ou non dans la poursuite de nos intérêts personnels qu’on cherche rationnellement à maximiser. Pour en avoir une idée, considérez ce qui suit.

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John von Neumann (1903-1957) a été un des plus grands scientifiques du XXe siècle. En plus de la théorie des jeux, il a contribuée de manière significative à des développements en mécanique quantique, en analyse fonctionnelle, en informatique, en théorie des ensembles, en intelligence artificielle, ainsi que dans bien d’autres domaines des mathématiques.
Les légendes qui circulent sur son intelligence et sa mémoire, qui étaient extraordinaires, abondent. En voici une.
Il est amusant de poser à des mathématiciens la petite énigme suivante. Deux cyclistes distants de 20 km partent au même moment l’un vers l’autre, tous deux roulant à 10 km/h. Toujours au même moment, une mouche quitte le guidon d’un des vélos et vole à 15 km/h vers le guidon de l’autre ; quand elle l’atteint, elle fait instantanément demi-tour et revient vers le premier vélo ; et ainsi de suite, jusqu’à ce que les deux vélos se rejoignent. On demande quelle distance la mouche a alors parcourue.
Les personnes formées en mathématiques voudront typiquement résoudre cette énigme en sommant la série des distances parcourues : ce qui est long et compliqué. Mais si on remarque que les vélos se rencontreront une heure après leur départ et que la mouche aura donc volé durant une heure, on sait donc aussitôt qu’elle aura parcouru 15 km.
On raconte qu’on posa un jour cette énigme à von Neuman. Il répondit aussitôt : «15 km». «Vous la connaissiez», dit son questionneur. «Pas du tout, répondit von Neumann. J’ai simplement sommé la série».

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Supposons que deux personnes, Jean et Thierry, ont été arrêtées par la police qui les soupçonne d’un crime grave, mais sans pouvoir le prouver. La police peut cependant prouver leur culpabilité pour un délit moins grave. On les interroge séparément, chacun étant dans une pièce différente. Chaque prisonnier peut avouer ou ne pas avouer le crime plus grave, mais il ignore ce que fera l’autre.

Si tous deux confessent, chacun fera une peine de prison de 5 ans; si aucun des deux ne confesse, ils seront incarcérés pour un an — la peine prévue pour le délit moins grave que la police peut prouver; mais on leur promet aussi que si l’un d’eux confesse, il sera libre, tandis que son partenaire écopera de dix ans de prison.
La théorie des jeux étudie de telles situations conflictuelles (les scénarii peuvent être infiniment plus complexes) et cherche, en dressant une «matrice des gains», à déterminer la stratégie rationnelle optimale.


On notera que dans le dilemme présenté ici, la poursuite par chacun de son seul intérêt maximisé (ne pas aller en prison) conduit les deux joueurs en prison pour cinq ans, tandis que s’ils coopèrent et renoncent à leur intérêt personnel maximisé, ils obtiennent le meilleur résultat collectif (chacun écopant d’une seule année de prison) et les individus s’en tirent mieux s’ils coopèrent que s’ils sont égoïstes.

Revenons à notre altruisme de réciprocité. Il s’agira de trouver comment certains animaux placés dans certaines circonstances et jouant de manière répétée à un tel dilemme du prisonnier finiront par générer un altruisme de réciprocité qui serait la stratégie la plus avantageuse. Robert Axelrod a identifié les conditions qui doivent être réunies . Les organismes doivent d’abord rencontrer souvent les mêmes autres organismes; ils doivent reconnaître ces organismes déjà croisés et les distinguer d’organismes étrangers; ils doivent enfin se rappeler comment ils ont été traités par les organismes qu’ils ont croisés, car la détection des tricheurs est cruciale. Mais si ces conditions sont réunies, à long terme, la coopération et l’altruisme réciproque vont se fixer dans les populations concernées et ceux-ci s’avèrent donc compatibles avec la sélection naturelle et pourrait avoir émergé d’elle.

Un des plus intéressant des travaux réalisés dans ce contexte a justement été accompli par Robert Axelrod. Nombreux sont ceux qui y voient une prometteuse avenue vers une gauche néo-darwinienne — comme une sorte de mise à jour de la réflexion de Kropotkine .

En un mot, il a organisé des tournois dans lesquels diverses stratégies de comportement à adopter dans des situations de possible compétition ou coopération s’affrontaient — des stratégies pouvant aller de coopérer toujours, ne jamais coopérer et couvrant un immense spectre d’autres options entre les deux . De nombreuses personnes étaient invitées à rédiger un programme informatique prescrivant à des créatures leurs comportements en réaction au comportement d’autres créatures avec lesquelles ils interagissent. Axelrod les fit ensuite entrer en compétition chacune contre chacune des autres afin de voir laquelle aurait le plus de succès. C’est le plus simple et le plus court de tous les programmes qui concourut dans cette compétition qui l’emporta. Appelé Tit-for-tat, c’est-à-dire donnant-donnant, il préconise de commencer par coopérer avec l’autre créature que l’on vient de rencontrer et de continuer à coopérer si l’autre coopère , mais de ne pas coopérer si l’autre ne coopère pas et de continuer à réagir de la sorte lors des rencontres subséquentes, en répondant par de la coopération à de la coopération et à un refus de coopérer par un refus de coopérer.

Ces deux piliers en place, on devine sans doute qu’ils invitent à construire un très grand nombre de ces «structures secondaires» dont parle Dawkins et qui concernent non seulement la moralité, mais de très nombreux autres sujets.


Une pléthore de travaux et d’avenues de recherche



Les recherches en question sont aujourd’hui réalisées en sociobiologie, en psychologie (évolutionniste), en anthropologie, en biologie, en philosophie et en théorie des jeux. Ils portent sur l’évolution des comportements sociaux et altruistes, et sur les conditions nécessaires à leur apparition.

Claven en dresse le sommaire inventaire suivant: «En réalité, elles donnent des interprétations de la fonction et des conditions nécessaires à l’apparition de phénomènes liés à la moralité : sentiments sociaux, capacité de réflexion, transmission culturelle, propension à sanctionner certains comportements, normes de conduite, etc. Ce domaine d’investigation, quoique encore largement inexploré, est à la fois foisonnant et prometteur. Voici quelques résultats qui me paraissent particulièrement intéressants. Tout d’abord un bon nombre de recherches montrent que pour être efficaces, les normes sociales doivent être renforcées par la sanction ou par des émotions suffisamment fortes pour motiver l’action. D’autre part, il semblerait que la stabilité des groupes sociaux dépende de la présence, chez leurs membres, de certaines tendances à caractère social ; notamment la tendance à se conformer à la majorité ou à imiter les individus prestigieux. Enfin, de manière plus générale, l’apparition et la stabilisation du comportement et de la pensée morale trouvent diverses explications: la moralité aurait par exemple été sélectionnée parce qu’elle favorise la coordination et la coopération entre les individus d’une société ; selon d’autres auteurs, elle aurait été sélectionnée parce qu’elle permet d’établir une certaine égalité entre les membres d’une société .»

Étant donné ces faits, que s’ensuit-il pour la compréhension de ce que nous sommes et pour l’éthique en particulier ? Dawkins a formulé de manière remarquable cette question en ouverture de l’ouvrage désormais classique dans lequel il vulgarisait les idées que je viens d’exposer. Il nous demande d’imaginer un homme dont on saurait qu’il a longtemps survécu, et même vécu en étant très prospère, dans le milieu des gangsters de Chicago. Ce serait, dit-il, raisonnable de conclure que cet homme possède certaines caractéristiques — disons : qu’il est dur, impitoyable, qu’il a la détente facile, etc.

Dawkins poursuit : «Comme les gangsters de Chicago triomphants, nos gènes ont survécu, dans certains cas pendant des millions d'années, dans un monde hautement concurrentiel. Cela nous laisse en droit d'attendre certaines qualités dans nos gènes. J'indiquerai que la qualité prédominante escomptée dans un gène triomphant est l'égoïsme impitoyable. Cet égoïsme génétique suscitera habituellement de l'égoïsme dans le comportement individuel. Cependant, comme nous le verrons, il existe des circonstances spéciales dans lesquelles un gène peut mieux atteindre ses propres buts égoïstes en encourageant une forme limitée d'altruisme au niveau des animaux individuels .».

La prochaine fois, j’examinerai la synthèse de ces travaux tentée par Michael Shermer et proposerai un recul critique sur ces efforts de naturalisation de l’éthique, sur leur portée et leur signification.