[Pour Siné Hebdo]
Tu nous ferais pas un topo de 3000 signes sur les expériences économiques anarchistes dans l’Espagne révolutionnaire, Baillargeon?
Faudrait être un peu cinglé pour accepter. J’ai dit oui. Mais à une condition : je le ferai en deux coups.
C’est qu’on distinguera au moins deux cas : les campagnes et l’agriculture; les villes, avec leurs industries et leurs services publics.
Cette fois, donc, les campagnes.
Dans les campagnes (i.e. Andalousie, Aragon, Levante, Catalogne, Castille), à compter de 1936, des millions de personnes vont se réunir dans des collectivités, qui comprennent depuis des centaines jusqu’à des dizaines de milliers de membres.
La décision se prend dans des assemblées générales auxquelles, souvent, toute la population participe. Toutes les décisions importantes se prendront là. Des comités divers aux membres révocables feront la gestion au jour le jour.
Les terres, les leurs et celles reprises aux propriétaires, mais aussi le matériel, les animaux, les matières premières, etc., sont mises en commun. L’appartenance au collectif est volontaire. Qui le souhaite conserve de sa terre ce qu’il peut en cultiver. Attention, cependant : interdiction d’embaucher! Des ateliers, bouchers, coiffeurs et autres métiers rejoignent la collectivité et des villages tout entiers s’érigent ainsi en commune.
L’argent est parfois conservé, parfois aboli. On a recours à des bons, à l’échange direct, à l’octroi d’un salaire familial, à un carnet de consommation et même à la prise au tas, parfois dans l’église joyeusement transformée en entrepôt. L’ambition : rémunération selon le besoin.
Les récoltes devaient faire des profits pour les propriétaires. Avec la collectivisation, les surplus qu’ils génèrent sont échangés ou distribuées. On en envoie en ville, mais aussi au front. Les collectivités s’attaquent aussitôt à des problèmes sociaux. On crée des écoles et des services médicaux. On expérimente, aussi : des fermes et des pépinières expérimentales sont mises sur pieds.
Les collectivités ne restent pas isolées. Elles échangent avec les villes et avec les autres collectivités. Une Fédération est bientôt fondée. Elle coordonne la construction de routes, de ponts, d’écoles, de canaux. Certaines de ces réalisations existent toujours. La Fédération crée Fonds d’égalisation, pour redistribuer des collectivités plus riches vers les plus pauvres.
Résultat? Toux ceux qui se sont penchés sur cette vaste expérience, même lui étant a priori hostile, conviennent que la productivité de l’agriculture a augmenté, parfois de manière spectaculaire, en même temps que tous les parasites et intermédiaires étaient éliminés. Moralité? Plusieurs, dont celle-ci : y’ a pas que le profit qui motive.
Certes, tout avait été préparé par des décennies de militantisme et d’éducation, notamment par la CNT et la FAI. N’empêche : c’est pas mal, non, pour des paysans largement illettrés, en pleine guerre civile et alors qu’un nombre considérable de leurs jeunes étaient partis pour se battre au front. Et devant cela, on se dit que les vrais rêveurs, perdus dans l’irréel, ce sont ceux qui refusent de voir ce que la liberté peut accomplir. Et pas les anarchistes.
La prochaine fois : les villes et les services publics. C’est pas mal aussi, vous verrez…
D’ici là, on garde l’Espagne au cœur.
(En savoir plus? Filez à : [http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/] Le FAQ anar)
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lundi, mars 02, 2009
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