[Pour Siné Hebdo]
Retour vers le futur. C’est en Espagne, en 1936. Après les campagnes, nous parlons cette fois des villes. Et pour commencer, des industries.
Dans la zone révolutionnaire, en particulier en Catalogne, les patrons ont souvent décampé : alors on s’empare des usines abandonnées. Et puis on prend les autres et on collectivise le tout. À Barcelone seulement, 3000 entreprises sont ainsi collectivisées. Les inefficientes, les malsaines, les dangereuses sont fermées.
Les assemblées générales de travailleurs deviennent souveraines et ils élisent des comités qui gèrent les affaires quotidiennes. Ceux-ci sont imputables, rendent des comptes (typiquement à chaque mois) et leurs membres sont révocables. Ces collectifs sont ensuite regroupés en fédérations, qui vont peu à peu prendre plus d’importance dans la coordination de l’activité économique. Conformément à la démocratie libertaire, tout part ainsi du bas pour aller vers le haut — au lieu du contraire. Et ça marche. Opinion universellement admise : la productivité de la Catalogne industrielle a augmenté de manière spectaculaire entre 1936 et 1937.
La collectivisation se fait aussi au niveau plus micro des ateliers et des petites entreprises (cinémas, théâtres, etc.). Voyez les coiffeurs de Barcelone. Il existe en 1936 quelque 1 100 salons, souvent minables, appartenant à leurs propriétaires qui emploient quelque 5 000 employés aux salaires de famine. Tous se réunissent en collectif, ramènent à 235 le nombre de salons, qu’ils modernisent et embellissent. Les salaires augmentent de 40% et tous touchent désormais le même. Opinion universellement admise : c’était très agréable d’aller chez le coiffeur à Barcelone en 1937.
Dans la zone révolutionnaire, tous les services publics — trains, eau, électricité gaz, taxis, autobus, métros — sont eux aussi collectivisés. Cas exemplaire, celui des tramways de Barcelone. Les combats ont immobilisé tous les trains, qui appartenaient à des intérêts privés étrangers. Mais sur 7 000 employées, en 1936, 6500 étaient à la CNT. Ils collectivisent aussitôt et les propriétaires sont renvoyés. Cinq jours plus tard, des beaux véhicules rouges et noirs, couleurs de la CNT, sillonnent la ville.
Opinion universellement admise : le service est immensément meilleur, le nombre d’accidents chute, le prix du billet aussi. Le nombre de passagers transportés décuple. Les salaires des travailleurs, eux, augmentent. Tous gagnent à peu près le même. Comme beaucoup d’autres travailleurs, ceux-là donnent aussi bénévolement du temps à l’effort de guerre.
Sur le plan social, les retombées de la collectivisation sont également remarquables. Des couvertures médicales, des garderies, des services d’aide à domicile sont mis sur pieds en même temps qu’on encourage l’éducation, la recherche, l’innovation et le partage des idées.
Bémol, cependant : la collectivisation des usines et au sein des villes ne sera pas aussi profonde que celle des villages — guerre civile et échange économiques nationaux et internationaux obligent. Mais les résultats restent étonnants. Tellement que capitalistes, nazis, fachos et cocos se ligueront pour mettre un terme à ce mauvais exemple, qui pourrait donner des idées.
Z’ont pas réussi : on est encore nombreux à en avoir.
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dimanche, mars 08, 2009
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